Hubert Védrine veut « faire taire » son rôle dans l’affaire du Rwanda

Le rapport Duclert, publié en mars 2021, sur le rôle de la France au Rwanda a conclu à un « désastre français » pour lequel la responsabilité de l’Elysée d’alors était « accablante ».

Le président de la République Emmanuel Macron l’a reconnu publiquement, dans un discours à Kigali en mai 2021, qu’il a prononcé dans la capitale du Rwanda, un pays dévasté par le génocide contre les Tutsi de 1994 et reconstruit aujourd’hui. 

Certains décideurs de l’époque, comme Alain Juppé, ont tenté de se remettre en question, tandis que Nicolas Sarkozy ne cachait pas sa satisfaction qu’une telle affaire soit enfin réglée. D’autres comme l’amiral Jacques Lanxade se sont enfermés dans le silence. Hubert Védrine a choisi sa propre voie, celle de « faire taire ». 

Hubert Védrine était en effet secrétaire général de l’Elysée de 1991 à 1995, il était un des hommes clefs de la politique menée par la France, sans doute le plus proche conseiller de François Mitterrand. Il affirme d’ailleurs volontiers avoir été « au cœur du pouvoir ». Certes, les décisions étaient prises par le président de la République, mais son rôle clef de coordinateur de la politique au Rwanda a été rappelé encore par le général Patrice Sartre.

Le rôle clef du secrétaire général dans la coordination de cette politique désastreuse de l’Elysée au Rwanda

Hubert Védrine était donc le coordinateur à l’Elysée de cette politique désastreuse qui a rendu possible un génocide prévisible au Rwanda. Comme l’a rappelé Antoine Anfré, l’ambassadeur de France à Kigali, dans une dédicace au mémorial, « le génocide des Tutsi n’aurait pas eu lieu si nous avions eu une autre politique ».

En effet, jusqu’en 1994, nous avons soutenu les forces qui préparaient ce massacre, nous les avons préparées, armées, conseillées et parfois même commandées, avant qu’elles ne se lancent dans cette « solution finale » qu’elles évoquaient pourtant devant nous. Mais nous ne voulions pas l’entendre.

Au déclenchement de ce génocide, qui a duré 100 jours à raison de 10 000 morts par jour, nous avons aidé à constituer dans des locaux de l’ambassade de France, le « gouvernement intérimaire » qui allait conduire ce massacre sans précédent, en totale violation des accords de paix d’Arusha que M. Védrine prétend défendre. 
Et nous avons continué à soutenir ces forces devenues folles, nous avons reçu officiellement leurs émissaires à l’Elysée, nous leur avons livré des armes et nous sommes finalement intervenus militairement sur place pour les aider : sous couvert d’une opération « strictement humanitaire », l’Elysée a lancé l’opération Turquoise pour tenter de remettre au pouvoir les forces qui menaient ce génocide, mais qui ne faisaient pas le poids face aux soldats du Front patriotique rwandais (FPR). Nous avons alors stoppé ce FPR, en créant une « zone humanitaire sûre » qui fut en réalité un sanctuaire pour les génocidaires, avant de les installer dans des camps de réfugiés au Zaïre pour qu’ils puissent continuer leurs combats.

Et nous avons continué à leur livrer des armes, ce qui était impossible sans l’ordre de l’Elysée. Ces livraisons ont duré même après le génocide, alors que nous savions tout désormais de ceux que nous soutenions, puisque nous les avions vus sur le terrain de leurs massacres, au Rwanda où ils se vantaient de « leur travail ».


Cette politique désastreuse de l’Elysée reste à ce jour inexpliquée dans ses motivations 

Personne ne doute qu’aucun esprit sensé, même à l’Elysée, n’a jamais souhaité contribuer à un génocide. Mais pourtant, les décisions qui ont été prises par la présidence de la République ont apporté un soutien réel et substantiel aux génocidaires du Rwanda.

L’amiral Lanxade a reconnu que c’était une « faute politique » d’avoir reçu les émissaires des génocidaires à l’Elysée. Après le rapport Duclert, plus personne ne croit à la fable humanitaire de l’intervention de la France au Rwanda, et même les faits les plus controversés, comme l’assassinat du président Habyarimana, sont désormais établis.

Alors pourquoi Hubert Védrine s’acharne-t-il à défendre cette politique avec des thèses négationnistes qu’il laisse d’ailleurs le soin à d’autres d’écrire, en parfait diplomate ? Pourquoi soutenir que l’actuel président Kagamé aurait déclenché le génocide alors que les expertises judiciaires comme les analyses de la DGSE ont établi que les missiles – qui ont abattu l’avion du président Habyarimana et enclenché cette mécanique infernale – étaient partis de la base des unités d’élite de l’armée gouvernementale, qui furent aussi le fer de lance des massacres ?

De la même manière, pourquoi Hubert Védrine fait-il encore la promotion des thèses négationnistes de Judi Rever, cette « investigatrice » qui ose écrire, sans autres preuves que ses délires nauséabonds, que les Tutsi se seraient infiltrés dans les milices pour inciter aux massacres des leurs ?


Pouvons-nous laisser Hubert Védrine faire taire ce débat sur cette politique désastreuse qu’il a coordonnée ?

Hubert Védrine est sans doute un des derniers responsables politiques de cette époque qui pourrait expliquer comment nous avons pu commettre de telles erreurs, car c’est la France qu’ils ont engagée dans cette politique effarante.

Pourquoi avoir soutenu cette junte monstrueuse jusqu’au pire, et même après ? Quels pouvaient être les intérêts qu’ils croyaient défendre « au nom de la France » et qui ont pu ainsi les égarer ? Et le déni dans lequel Hubert Védrine s’enferme nous empêche de comprendre et de nous assurer qu’un tel désastre ne puisse se reproduire. 

En m’attaquant en justice, Hubert Védrine ne cache pas son intention de me faire taire, mais aussi de menacer désormais tout questionnement concernant son rôle dans ce désastre du Rwanda. Faire taire son rôle dans l’affaire du Rwanda deviendrait ainsi sa voie…

Comment peut-il échapper à sa responsabilité dans cette affaire ? Le comportement qu’il adopte est inapproprié au fonctionnement de notre démocratie. Les questions que je continue à poser ne sont pas seulement celles d’un ancien officier qui n’accepte pas d’avoir été instrumentalisé dans une politique désastreuse, elles sont aussi les interrogations d’une société qui découvre après trois décennies que son pays a joué un rôle dans le dernier génocide du XXe siècle : le seul génocide que nous aurions pu empêcher et ce n’est pas ce que nous avons fait. 


Lire aussi : Ce génocide fut le seul que nous – Français – aurions pu empêcher et ce n’est pas ce que nous avons fait.

7 commentaires sur “Hubert Védrine veut « faire taire » son rôle dans l’affaire du Rwanda

  1. Bonjour Monsieur ANCEL,

    Tout d’abord merci, merci, merci, merci d’avoir eu le courage de nommer Mr Védrine de « collaborateur avec les génocideurs des Tutsis » et de l’avoir comparé à Maurice Papon – c’est un euphémisme.
    Je suis méticuleusement le procès qui vous amène devant la 17ème chambre du tribunal correctionnel, qui pour moi est un non-sens…

    Aujourd’hui tous ces « génocideurs comme l’a si bien dit Patrick de Saint-Exupéry » s’affichent sans vergogne.
    Les Mitterrand ( père et fils J-c), Juppé, Lanxade, Huchon, Marlaud, Barril, pour ne citer que ceux-là et qui devraient être devant le T.P.I.R. Sans parler de cette honte d’avoir sur la terre de France celle qui fut l’instigatrice de ce Génocide, je veux parler D’Agathe Habyarimana née Kansiga que les services de Mitterand ont exflltré durant les premières heures qui ont suivi ce 6 Avril 1994, à qui l’on a donné asile avec 100 000 francs s’il vous plaît, et qui, depuis, habite une demeure au frais de l’état… ! Et qui finira tranquillement sa vie sans avoir rendu de compte.

    J’ai lu avec attention votre livre « Rwanda la fin du silence » J’ai lu également :
    Au nom de la France de Benoit Collombat et David Servenay
    Imprescriptible de Géraud de La Pradelle
    Devant le mal de Rony Brauman
    La Traversée de Patrick de Saint-Exupéry
    L’Inavouable également de Patrick de Saint-Exupéry
    De la guerre au génocide D’André Guichaoua
    Et d’autres dont ma bibliothèque regorge.
    Sans oublier le rapport MUCYIO du 15 novembre 2007 dont peu de personnes ont pris connaissance, il est vrai que 317 pages pour un non connaisseur, c’est long.

    La nuit Rwandaise de Jean-Paul Gouteux ou il dénonce également la famille Védrine dont Jean Védrine le père qui fut chef du secrétariat particulier de Philippe Pétain.

    Aussi Monsieur ANCEL, je vous apporte tout mon soutien – aussi petit qu’il soit- dans cette épreuve, ou la justice aura du mal à ce parer de ses plus beaux atours, face à ces assassins de la première heure, dont aujourd’hui, encore, on sollicite l’avis.

    Alors tenez bon Monsieur ANCEL.

    Solidairement votre.

    Sylvain BARRÉ

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  2. Ce soir,dimanche 13 Février,le PAF c’est Védrine, invité de Delahousse sur France 2,et Zemmour, invité du journal de TF1.Pauvre France!Deux né gationnistes en prime Time! Et dire que l’on
    demande encore à Védrine de nous expliquer la géopolitique.C’est pitoyable !

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