Pourquoi Poutine redouble de violence dans sa guerre contre l’Ukraine ?

Le Monde

Dans la nuit du mercredi 13 mai, la Russie de Poutine a déclenché un lourd bombardement contre Kiev avec plus de 600 drones et 50 missiles, causant la mort de 24 personnes. Impressionnant de la part de ce « maître du Kremlin » qui proclamait au cours des commémorations de la grande victoire patriotique du 9 mai dernier à Moscou que cette guerre contre l’Ukraine allait bientôt se terminer.

N’allez pas imaginer que Poutine est aussi incohérent que Trump et se contredit à chaque prise de parole : dans son esprit, trouver une issue à ce conflit qu’il a déclenché en février 2022 pour soumettre l’Ukraine nécessite la négociation d’un accord. Il sait en effet que son armée n’est pas capable d’achever un tel objectif. La guerre russe contre l’Ukraine est dans une impasse militaire et seule une issue négociée peut lui permettre d’en sortir sans y laisser son pouvoir et probablement sa vie…

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La négociation pour mettre fin à cette guerre a repris, mais elle reviendra à un haut niveau seulement lorsque les envoyés spéciaux de Donald Trump, son gendre Jared Kushner et le parrain de ce dernier, Steve Witkoff, auront enfin débouché sur un autre accord, celui pour mettre fin à la guerre déclenchée par le président états-unien contre l’Iran en février 2026…

La discussion sur l’Ukraine ira alors très vite, avant l’été, pour plier cette guerre dans le sillage du détroit d’Ormuz qui devrait se réouvrir lui avec la fin de la confrontation militaire dans le Golfe.

Poutine prépare la fin de son « opération militaire spéciale » contre l’Ukraine

Pour préparer cette négociation, Poutine a besoin d’envoyer des signaux positifs à son ami Donald Trump, en proposant par exemple un cessez-le-feu pendant la commémoration du 9 mai (qu’importe s’il n’a pas été respecté), mais aussi d’exercer une violence sans limite contre la capitale ukrainienne. Il estime en effet nécessaire pour discuter que sa capacité de nuisance soit largement amplifiée, notamment par la couverture médiatique qui n’a pas manqué.

En réalité, ce « grand bombardement » de la capitale ukrainienne n’est que l’équivalent de quelques jours de bombardements quotidiens contre Kiev et à peine 5% du déluge quotidien sur la ligne de front, où la Russie tire entre 10 et 15 000 drones par jour (l’Ukraine en fait quasiment autant). Autrement dit, ce sont les opinions publiques du monde entier qui sont marquées par ce genre de « grande offensive russe », bien plus que l’Ukraine qui le vit au quotidien.

Par ailleurs, les lourdes pertes humaines dans cette vague de bombardement contre Kiev sont liées autant à la saturation du bouclier de défense anti-aérienne (comme dans le Golfe où les Iraniens mêlent habilement des vecteurs très différents, missiles de tous types et drones aux trajectoires chaotiques) qu’à la profonde lassitude d’une population civile ukrainienne excédée par ces plus de quatre années de guerre et qui rechigne désormais à s’abriter chaque fois qu’une alerte retentit.

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Des bombardements meurtriers de Poutine contre l’Ukraine, auxquels leur président Zelensky a l’interdiction formelle de riposter par la pareille s’il ne veut pas perdre le soutien de ses alliés, européens en particulier. L’Ukraine se concentre donc en Russie sur des cibles énergétiques (pétrole, gaz et électricité), quelques cibles militaires et sur des usines d’armement ou indispensables à celles-ci. Leurs effets sont spectaculaires aussi, des images saisissantes de dépôts en flammes à plus de 1 500 km de l’Ukraine, mais des effets limités sur une population russe qui n’a pas le droit de s’exprimer.

La négociation sur l’Ukraine peut déboucher sur deux situations contradictoires

Cette négociation sur l’Ukraine que Poutine a concrètement initiée avec Donald Trump lors de leur rencontre à Anchorage en Alaska en août dernier peut déboucher sur deux situations assez contradictoires :

Soit Trump obtient (impose ?) que l’Ukraine cède ce que réclame Poutine, dont 5 000 km2 du Donbass que son armée est incapable de conquérir avant plusieurs années tant elle peine à avancer. Et cette guerre là se terminera formellement mais sans vraiment ramener la paix, si ce n’est sous la forme d’une « paix hybride », caractérisée par une agressivité et une menace de tous les instants de la Russie contre l’ensemble des pays européens et plus encore contre tout ce qui les unit, en particulier l’OTAN et l’Union européenne. C’est l’option que poursuit Trump, pour lui permettre de se vanter d’avoir stopper une guerre (de plus) et réclamer son prix Nobel.

Soit l’Ukraine reste en guerre, avec le soutien des Européens qui financent désormais quasiment seuls une résistance ukrainienne aussi courageuse que désespérée, sans perspective réaliste de vaincre l’armée de Poutine, sauf si ce dernier était enfin renversé. C’est l’option défendue par le président Zelensky qui n’aurait ainsi pas à supporter le poids politique de concessions de fait à la Russie, notamment les 20% de territoire ukrainien occupé.

Prolonger la guerre contre l’Ukraine pour occuper Poutine ?

Cette deuxième option, – de continuer la guerre –, est soutenue par de nombreux dirigeants politiques et responsables militaires européens, avec une certaine dose de cynisme et d’égoïsme : Poutine risquant fort de s’attaquer à eux dès lors qu’il en aurait fini avec l’Ukraine, prolonger ce conflit permet dans leur esprit de repousser l’échéance d’un affrontement direct avec la Russie, de gagner du temps.

La Russie de Poutine est devenue en effet un empire menaçant dont les visées guerrières sur le continent européen ne seront plus limitées par les garanties de sécurité qu’apportait jusqu’ici la puissance des Etats-Unis, bien au contraire.

Quand l’Iran fait danser Donald Trump dans le Golfe

Dans ce contexte de reprise des négociations sur l’Ukraine, l’Iran semble faire danser Donald Trump dans le Golfe. Mais la Russie n’est pas absente de cette partie, d’autant que la Chine montre une intention de la remplacer, en particulier dans le réarmement et la dépendance de l’Iran.

La réouverture partielle du détroit d’Ormuz aux seuls « amis de l’Iran » n’est qu’une situation transitoire destinée à faire pression tandis que les négociations avec les Etats-Unis battent leur plein et que Trump veut sortir lui aussi de cette impasse militaire, comme son ami Poutine.

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Des signes de mobilisation des pays européens

Du côté européen, la France et le Royaume-Uni, à la tête d’une coalition maritime d’une quarantaine de pays non belligérants, proposent une mission multinationale pour sécuriser le détroit d’Ormuz lorsque l’Iran et les Etats-Unis accepteront enfin de lever leur blocus respectif, après donc un premier accord.

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C’est le signe d’une réaction européenne qui se manifeste enfin et qui sera majeure pour sécuriser la région, pour pousser Israël à refuser l’extrémisme de ses ennemis et arrêter de dévaster chacun de ses voisins. Une mobilisation européenne indispensable aussi pour garantir un éventuel accord de sécurité sur l’Ukraine qui dépassera largement les limites de ce pays et concernera probablement la plus grande partie de l’Europe.

En cela, les prochaines élections en France et en Grande-Bretagne seront cruciales pour organiser une politique de sécurité commune au continent européen et repousser les partis d’extrême-gauche et d’extrême-droite, Mélenchon et Le Pen/Bardella en France, qui prônent la soumission aux empires menaçants, de la Russie de Vladimir Poutine aux Etats-Unis d’Amérique de Donald Trump. Ces partis extrémistes, sous leur discours populiste, sont extrêmement dangereux.



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