
Dans la laborieuse recherche d’un accord de sortie de guerre contre l’Iran, depuis le 8 avril 2026 soit un mois désormais, les Etats-Unis essaient de montrer qu’ils ont toujours l’initiative – au moins dans le domaine militaire – tandis que l’Iran s’efforce de démontrer qu’elle conserve une capacité de riposte et de nuisance.
Nous assistons donc à des « jeux de guerre » autour du détroit d’Ormuz avec des engagements militaires limités, sans rapport avec la puissance et les dévastations de la guerre des 40 jours qui ont précédé cette période de négociation, mais interdisant concrètement tout retour à « une vie normale ».
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Ces actions, somme toute limitées, ne sont pas pour autant le signe d’un retour à la guerre mais d’une impasse militaire dont Donald Trump essaie de s’extraire, sans craindre de faire diversion par ailleurs, pour contourner son impatience et celle de son électorat. Son secrétaire d’Etat à la guerre, Pete Hegseth, lui avait annoncé une quasi-reddition des Gardiens de la révolution « grâce » à la guerre des 40 jours et ses 25 000 bombardements, mais il n’en est rien.

Donald Trump continue par conséquent à occuper le terrain médiatique, en dévalorisant un peu plus chacune de ses prises de parole qui ne brillent que par leur incohérence, tandis que le monde entier attend désormais, avec une forme de patience, qu’un accord soit trouvé.

Une impasse militaire qui fait craindre un « conflit non résolu »
Si nous prenons un tant soit peu de distance par rapport à ces événements qui rythment l’actualité, il apparaît que la guerre en Iran, comme la guerre en Ukraine, sont dans des impasses militaires. Les arsenaux militaires surpuissants des Etats-Unis comme ceux de la Russie sont « impuissants » à faire capituler ces régimes.
Ces régimes ciblés sont certes de nature très différente, mais leur capacité de résistance et de riposte est liée notamment à « l’explosion » d’armes dissymétriques, la combinaison de drones, de robotisation et d’Intelligence Artificielle, qui leur permettent de tenir partiellement en échec l’objectif de leur adversaire d’imposer leur volonté par la seule force.
Si Trump peut forcer le passage militaire du détroit d’Ormuz avec quelques puissants navires de guerre états-uniens, au prix d’échanges de tir et d’accrochages limités (missiles anti navires, attaques de vedettes rapides et drones), le rétablissement de la circulation maritime « normale » reste inenvisageable dans ce contexte, tant que la zone sera considérée comme un espace d’affrontement militaire et, par conséquent, portera un risque inacceptable pour des déplacements civils.
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Malgré les rodomontades de Donald Trump, les États-Unis n’ont pas fait capituler le régime des Gardiens de la révolution en Iran. Malgré l’importance des moyens de la Russie dédiés par Poutine à son « opération militaire spéciale » contre l’Ukraine, le président Zelensky n’a pas capitulé en plus de quatre années de guerre.
Les risques d’une « paix hybride »
Le risque dans les deux cas est aussi qu’au lieu d’une « guerre hybride », – une guerre qui ne se mène pas seulement sur le champ de bataille militaire –, nous soyons confrontés désormais à un phénomène de « paix hybride ». Une quasi-paix dans le cadre de ces conflits militaires non « résolus », nous obligeant à vivre dans un contexte qui ne soit pas tout à fait une guerre, ni réellement une paix.

Le dévoiement à ce sujet de la notion de « cessez-le-feu » – initialement une suspension des combats –, montre en particulier à Gaza et au Liban comment le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou continue à mener ses guerres, avec plusieurs morts par jour, alors qu’il n’y a officiellement plus de guerre. Serait-ce l’avènement d’une « paix hybride » où la menace et les agressions seraient quasi-permanentes, ou les affrontements seraient une forme de constante ?
Avec une paix hybride installée dans cette immense région du Moyen-Orient, la présence d’une force aéro-navale internationale deviendrait alors une forme de nécessité coûteuse et à l’efficacité limitée qui devrait nous faire espérer revenir enfin au règne du droit international plutôt qu’à celui de la force.

La situation pourrait évoluer de la même manière en Ukraine où les Européens seraient alors confrontés à une menace permanente de Poutine dans le cadre d’une « paix hybride », tandis que paradoxalement cette menace est limitée aujourd’hui par la persistance de la guerre ouverte des Russes contre les Ukrainiens… Les « jeux de guerre » sont d’une rare perversité et doivent nous interroger sur ce que nous voulons sécuriser.
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