
Alors que le conflit contre l’Iran aborde sa treizième semaine, Donald Trump a renoncé à se rendre au mariage de son fils (Donald Trump Junior) et même à sa partie de golf pour rester à Washington ce week-end. Il devra en effet décider, au énième tournant de cette affaire contre l’Iran, de la suite à donner sur la route chaotique qu’il a entamée.
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Les Gardiens de la révolution veulent esquiver la question du nucléaire alors qu’elle est au cœur du conflit
On peut finir par le perdre de vue, tant les déclarations du président américain sont chaotiques et contradictoires, mais le point central de cette affaire dans le Golfe, le cœur de ce conflit est la possibilité pour l’Iran de fabriquer une arme nucléaire. Rappelons que l’uranium enrichi à plus de 5% n’a pas d’usage civil et que les 440 kg d’uranium enrichis à 60% dont disposent les Iraniens (notamment ) leur permettraient, au terme du processus de fabrication, d’obtenir une dizaine de bombe nucléaire, une arme non pas de guerre mais de destruction massive, une arme de suicide collectif.
Or le régime des gardiens de la révolution refuse de se défaire de ce stock d’uranium enrichi, un « graal géostratégique » s’il aboutissait, un risque existentiel pour ses ennemis. Un accord sur le sujet ne sera pas simple, d’autant que le régime iranien a brillé par sa duplicité en la matière, contournant sans beaucoup de difficulté les contrôles de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pendant toutes ces années…
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En affirmant que le guide suprême aurait interdit de se séparer de ce trésor (au conditionnel car personne ne sait si celui-ci vit encore), les gardiens de la révolution affichent une forme de déni et un véritable jusqu’au-boutisme sur la question : plutôt sacrifier le peuple iranien que se séparer du potentiel de fabriquer cette arme cataclysmique. Le pouvoir de menacer le monde est devenu le cœur de leur ambition « stratégique ».
Sans accord crédible sur le nucléaire, le président Trump n’aura pas d’autre choix que de reprendre cette guerre
Face à un tel refus et à la résistance de ce régime dont les Etats-Uniens ont clairement surestimé leur pouvoir de destruction aérienne et sous-estimé la préparation des gardiens de la révolution à cette confrontation, Donald Trump n’a plus vraiment d’alternative que de faire céder « à tout prix » le pouvoir iranien. Il avait repoussé ce mardi 19 mai une reprise des bombardements, « pour quelques jours seulement », selon ses dires auxquels plus personne ne porte de crédit, mais désormais le président des Etats-Unis est acculé.

Aussi, probablement autour de ce dimanche 24 mai, Donald Trump est obligé de choisir entre poursuivre les discussions avec le régime iranien ou le frapper aussi longtemps que ce dernier refusera de lâcher sur la question centrale du nucléaire. Les militaires états-uniens et israéliens se sont largement préparés à cette reprise d’une action militaire qui consisterait pour l’essentiel à des bombardements.
Les plus extrêmes, les faucons qui n’ont jamais fait la guerre et Benyamin Netanyahou qui vit de la guerre, veulent « terminer le travail », mais l’efficacité réelle de ces bombardements est un puits sans fond, dont les Etats-Unis ont pourtant fait l’amère expérience l’expérience, de la guerre du Vietnam à celle d’Afghanistan. Une nouvelle vague de bombardements, pour faire pression sur le régime iranien, devrait en premier lieu prendre directement pour cible ses dirigeants, de premier ou de second ordre.
Viser des cibles moins militaires qu’indispensables à la vie de la société
Quant aux cibles militaires de nouvelles frappes aériennes, elles sont assez limitées car elles sont censées avoir déjà été traitées lors des 25 000 frappes de la guerre des 40 jours en mars, sauf à reproduire la tentative de destruction d’installations souterraines (comme les missiles) ou très largement dispersées (comme les drones). Une option assez vaine, en particulier en termes d’effets sur le régime iranien.
La logique voudrait alors, pour « impressionner » ce pouvoir iranien, de détruire des infrastructures civiles cruciales (centrales électriques et ponts) en nombre limité, mais suffisamment nombreuses et sensibles pour que les gardiens de la révolution ne puissent rester dans le déni et cèdent enfin. Qu’ils soient sous la pression d’une société iranienne qui ne pourrait pas vivre dans de telles conditions.
Notons sur le sujet que Donald Trump a interdit de s’en prendre aux installations pétrolières, un tabou chez cet homme aux convictions liées d’abord au business et la richesse, il vient même de décréter que lui et sa famille ne pourraient pas être poursuivis par l’administration fiscale aux Etats-Unis, rien de moins !
La logique voudrait aussi, si Trump réutilisait la pression militaire, que celle-ci s’exerce cette fois jusqu’à une quasi-capitulation du régime iranien, de bombarder jusqu’à ce que les gardiens de la révolution supplient et se plient aux exigences du président des Etats-Unis. La réouverture du détroit d’Ormuz ne serait dans ce cadre là qu’une formalité, une conséquence de l’affrontement, une annexe d’une forme de reddition.
L’Iran dispose d’une capacité de riposte… en attaquant ses voisins
Une reprise des bombardements se heurtera à un obstacle majeur : les ripostes, bien préparées, des gardiens de la révolution. Le régime iranien n’a pas les moyens de s’en prendre aux armées des États-Unis, mais l’expérience de la « guerre des 40 jours » leur a montré une capacité de nuisance considérable contre les pays du Golfe qui ont accueilli des bases américaines en croyant se protéger…

Les Iraniens pourraient abîmer, avec leurs drones, ces mêmes installations sensibles qui seraient visées chez eux, les centrales électriques en particulier, les centrales nucléaires étant les plus sensibles. C’est pour cette raison que des drones iraniens ont visé des installations périphériques d’une centrale nucléaire aux Émirats Arabes Unis ces derniers jours. Une démonstration de leur capacité de nuisance contre les pays voisins, alliés jusqu’ici des États-Unis.
Manifestement, la première campagne de bombardement contre l’Iran n’a pas suffi à faire capituler le régime iranien sur ce point central du nucléaire, mais le refus de ce dernier de lâcher le morceau, y compris en confiant leur stock d’uranium enrichi à un pays tiers, oblige Donald Trump à agir :
Soit un accord est enfin trouvé, grâce notamment à l’entremise du Pakistan dont le chef d’état-major est actuellement en Iran. Cet accord serait probablement partiel, un cadre pour organiser les nombreux points qui resteront à régler avec un calendrier pour en limiter la durée.
Soit Donald Trump donne son feu vert à une nouvelle option militaire dont les conséquences sont imprévisibles dans ce contexte…
La réponse à ces questions risque d’être rapide, vraisemblablement ces prochains jours.

Post-Scriptum :
Un mot trop court pour rappeler que le Liban est bombardé quotidiennement par Israël, Benyamin Netanyahou n’ayant que faire du « cessez-le-feu » demandé par Trump, remis en cause chaque jour aussi par le Hezbollah dont l’armée israélienne poursuit vainement la destruction par… des bombardements.
La situation est dramatique aussi à Gaza, où le « cessez-le-feu » n’a pas plus aucune réalité. Les Gazaouis sont à l’agonie sous le regard d’un gouvernement israélien d’extrême droite dont toute trace d’humanité a disparu et dont l’objectif d’accaparer l’intégralité de ce territoire est devenu aussi le cœur de sa stratégie… avec le soutien des Etats-Unis.
En Ukraine enfin, la situation se renverse au détriment de Poutine, dont l’opération militaire spéciale commencée depuis plus de quatre ans lui revient à la figure comme un boomerang. Grace à la production massive d’une nouvelle génération de drones, les frappes quotidiennes des Ukrainiens en territoire russe menacent désormais le pouvoir du maître du Kremlin qui cherche maintenant une voie de sortie, un peu comme son ami Trump…
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Autrement dit, Trump essaie de sortir du merdier qu’il a créé, et Poutine de l’imiter.

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Et au plaisir.
Alain Clavet alain.r.clavet@gmail.com
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