La guerre des 40 jours est déclenchée par Donald Trump, en coalition avec Israël, le 28 février 2026. Elle débute par une frappe massive (et par surprise) contre le pouvoir iranien qui est littéralement décapité… mais pas détruit. Ce que Trump n’arrivera jamais à réaliser, il affirmera même que « le pouvoir iranien a été renouvelé » alors qu’il s’agit clairement du même régime qui perdure en Iran après cette campagne de bombardements.
A une différence près cependant, et pas des moindres, les mollahs ont laissé la place aux Gardiens de la révolution, redoutable mafia militaire qui n’est pas sans faire penser à celle qui règne sur la Russie de Poutine, issue de la domination du KGB/FSB sur la société. Propriétaires de larges pans de l’économie, de l’éducation et bien sûr de « l’appareil sécuritaire », les Gardiens de la révolution sont un cancer, ils se battront jusqu’au bout pour conserver le pouvoir et éviter la vengeance de la population iranienne qu’ils martyrisent depuis des décennies.
La « guerre des 40 jours », premier temps de cet affrontement
La campagne de bombardements de la coalition israélo états-unienne a été d’une extrême puissance : 25 000 frappes en 40 jours, soit environ 600 frappes au quotidien, ce qui a été permis par un regroupement impressionnant de moyens militaires sur les bases terrestres et en mer dans toute la région du Moyen-Orient. Mais aussi par l’utilisation de l’Intelligence Artificielle pour décupler la capacité à définir des cibles et à les attaquer.
Des bombardements massifs, relativement ciblés mais finalement assez limités si on se rappelle que l’Iran est trois fois plus vaste que la France, que sa population est de l’ordre de 90 millions d’habitants et que ce régime des Gardiens de la révolution se préparait depuis des décennies à un affrontement de ce type.
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Après 40 jours de frappes intenses, y compris contre les milices du pouvoir chargées de faire peur à la population dans les grands centres urbains, le régime iranien est considérablement affaibli, mais personne ne sait réellement à quel point. Ce régime est resté en place et a conservé une capacité de nuisance importante grâce à ses drones mixés aux missiles et disponibles en nombre largement supérieur, probablement entre 10 et 100 fois plus.
Ces drones combinés à des missiles saturent les dispositifs d’interception pourtant largement déployés sur tout ce « théâtre » d’opérations et paralysent en particulier des activités économiques cruciales que sont la production d’hydrocarbures et d’énergie.
Ultime menace et fin de la « guerre des 40 jours » le 8 avril 2026
Au quarantième jour de bombardements, Donald Trump va d’ailleurs menacer ces infrastructures énergétiques et de transport de l’Iran, prenant le risque de ripostes destructrices sur le même type d’installations dans les pays du Golfe persique. Un ultimatum lié probablement à la déception de Trump que le régime iranien n’ait pas capitulé lors de cette opération qui avait été planifiée pour durer moins de sept semaines.
Trump lance donc un ultimatum d’une rare violence, menaçant « d’effacer une civilisation », mais qu’il lèvera lui-même le 8 avril quelques heures avant son échéance, en échange de promesses de concessions par les tenants du pouvoir en Iran. Soulagement général et questionnement sur la suite, car les objectifs de cette opération de bombardements semblent avoir été ensevelis sous les ruines qu’ils ont laissées.

Le premier acte de cet affrontement contre l’Iran se termine ainsi le 8 avril avec la fin de cette « guerre des 40 jours » déclenchée et arrêtée par Trump. Une grande partie du monde exprime son soulagement, à l’exception notable d’Israël, alors que le risque d’embrasement menaçait toute la région et impactait déjà la vie économique de l’ensemble de la planète.
Malheureusement, le Liban est exclu de ce premier cessez-le-feu, et Netanyahou poursuit avec acharnement sa guerre contre le Hezbollah (inféodé au régime iranien) en dévastant le pays du Cèdre. Il faudra attendre le 16 avril pour qu’une trêve précaire s’établisse enfin, sous la pression des Etats-Unis et de l’Iran dans sa négociation.
Deuxième temps avec l’ouverture de négociations et la focalisation sur le détroit d’Ormuz
Les discussions entre les Etats-Unis et l’Iran n’ont probablement jamais cessé, les premiers exerçant une pression de tous les instants sur le régime iranien et ce dernier cherchant des alliés – notamment la Russie de Poutine – pour s’en prémunir. Il est intéressant d’observer dans ce deuxième temps de cet affrontement que le Pakistan joue un rôle décisif. Puissance nucléaire, forte d’une relation étroite avec les deux protagonistes principaux et voulant jouer un rôle clé dans la région, le pouvoir pakistanais assure le « go between » et accueille le premier round officiel de la négociation entre les Etats-Unis et l’Iran.

Le 11 avril Donald Trump envoie dans la capitale pakistanaise Islamabad son vice-président, JD Vance, mais lui donne également l’ordre d’abréger la discussion après 21 heures « seulement » de négociation. Il semblerait que Trump ne souhaitait pas déboucher trop vite et éviter aussi que Vance puisse bénéficier d’un succès personnel, en devenant celui ayant mis fin à ce conflit auquel par ailleurs, il s’opposait.
Les négociateurs quittent le Pakistan mais la discussion continue évidemment, Trump voulant conclure un accord même imparfait avant un nouvel ultimatum qu’il a fixé au 22 avril. Les Gardiens de la révolution, jouant leur survie, font montre d’une nette volonté de négocier même s’ils clament leur volonté de résister farouchement…

Une partie de poker menteur s’entame donc autour de ces négociations, dont le détroit d’Ormuz est la partie apparente et voyante de l’iceberg, mais dont l’essentiel est l’accord sur le nucléaire. Un accord d’autant plus difficile à trouver que jusqu’ici le régime iranien a toujours réussi à tromper la surveillance internationale pour avancer dans l’élaboration d’armes nucléaires. La seule vraie garantie serait un véritable changement de régime, pour qui l’acquisition d’une bombe nucléaire – qui n’est pas une arme de guerre, mais un système de destruction suicidaire – ne serait plus un objectif politique et qui souhaiterait encore moins vouloir / pouvoir détruire l’Etat hébreu.
Un accord partiel est dans les tuyaux, mais chacun des protagonistes essaie de peser sur la négociation. Pour l’Iran en faisant peser la menace que le conflit et ses conséquences s’éternisent, pour les Etats-Uniens en menaçant de reprendre leurs bombardements destructeurs alors qu’aucune explosion n’a eu lieu depuis le 8 avril. Le détroit d’Ormuz ne joue en réalité qu’un rôle de carte dans ce jeu de poker, une partie en trois mouvements où Donald Trump sème la plus grande confusion avec ses déclarations incohérentes et trop fréquentes.

Les trois mouvements autour du détroit d’Ormuz
Le premier mouvement est évidemment sa fermeture de fait avec la guerre, puisque la circulation commerciale (110 navires par jour en temps « normal ») ne peut pas continuer en temps de guerre. L’utilisation de quelques drones par les Iraniens a suffi pour donner une image évidente des risques encourus, comme ces tankers qui ont brûlé pendant 48 heures aux portes de l’Irak, à l’autre bout du Golfe persique, à 1 100 km du détroit d’Ormuz. Autrement dit, dans le premier mouvement, ce n’est pas tant le détroit d’Ormuz qui est bloqué que l’intégralité du Golfe persique qui est fermé à la circulation maritime.


Le second mouvement commence avec le cessez-le-feu du 8 avril, le régime iranien organisant une circulation sous son contrôle du trafic maritime en décrétant que la partie sud du détroit n’est pas sûre, comprendre « qu’elle pourrait être minée ». Et qu’ainsi pour traverser le détroit de « manière sécurisée », il faut emprunter le couloir de navigation à proximité des côtes iraniennes et acquitter « au passage » un droit estimé entre un et deux millions $, soit de l’ordre du milliard $ de péages par semaine de circulation.

Les Etats-Unis réagissent donc, dans un troisième mouvement, en organisant un blocus naval qui empêche les navires de desservir les ports iraniens. En fait, quelques-uns semblent passer, mais la menace suffit pour interrompre l’essentiel de la circulation et bloquer largement la capacité d’exportation et d’importation iranienne… en même temps que les échanges cruciaux pour le reste du monde. Les prix du baril flambent ou plutôt oscillent autour de la barre des 100 $ comme un baromètre de l’inquiétude des marchés mondiaux.
« Le prix du baril de pétrole devient le baromètre de l’inquiétude des marchés mondiaux »

Un accord est donc tout proche, tandis qu’aucun coup de feu n’a été tiré dans le Golfe pas plus que sur le détroit d’Ormuz, ce deuxième temps est en effet celui de la négociation, pas de la destruction militaire. Il devrait aboutir avant fin avril pour déboucher sur une reprise d’un trafic quasi normal n’ayant pas besoin d’une grande opération militaire de sécurisation du détroit puisque la menace réelle – celle de la continuation de la guerre – aura enfin disparu.
Ce sera l’amorce du troisième temps de ce conflit qui n’est pas achevé pour autant. Mais seul un accord entre les deux protagonistes en guerre mettra un terme au « blocage » du détroit d’Ormuz.
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Le troisième temps sera celui de la recherche d’une paix durable dans la région, en commençant par l’Iran et le Liban
Au Liban, le Hezbollah va devoir affronter une population excédée par son activisme pro-iranien qui est allé jusqu’à enclencher un nouvel affrontement meurtrier contre Israël au début de la guerre contre l’Iran. Là où les Houthis au Yemen ont plutôt attendu l’issue du conflit, le Hezbollah a tiré au quotidien contre Israël, pourtant conscient de son incapacité à mettre en danger l’Etat hébreu. Une provocation suicidaire qui fait le jeu de Netanyahou.
Et en effet, la riposte israélienne se révèle encore une fois une dévastation, alors que la volonté affichée du gouvernement Netanyahou d’en finir avec la menace armée du Hezbollah va à l’encontre de l’analyse militaire : une nouvelle opération militaire ne peut qu’affaiblir cette menace fantôme sans être capable de la détruire, comme lors des affrontements précédents et de la guerre contre l’Iran…

La violence de l’offensive israélienne, en particulier dans le sud du Liban, oblige plus d’un million de Libanais à quitter leur vie, à « migrer ». Ce serait en proportion de la population du pays l’équivalent de 14 millions de Français qui auraient à s’enfuir de chez eux… L’armée israélienne reçoit l’ordre de tout dévaster sur une bande d’au moins 10 km au-delà de la frontière, de constituer un glacis, ce mot terrible qui consiste à tout détruire.

Pourtant la menace principale exercée par le Hezbollah repose désormais sur ses drones – comme l’Iran – et rend dérisoire une bande de protection de 10 km de large, ces « bombes volantes » pouvant en effet décoller de l’autre bout du Liban et même d’un bateau au large d’Israël. Seul un accord politique permettrait d’exercer le désarmement du Hezbollah.
Et même si Trump a imposé à Netanyahou de cesser de bombarder le Liban, le Hezbollah est très fragilisé par les coups portés par Israël, par la disparition de son allié et voisin syrien, et désormais par la nécessité pour l’Iran de s’accorder avec les Etats-Unis. En tuant dans une embuscade un casque bleu français de la FINUL venu déminer un itinéraire, le Hezbollah s’est même aliéné l’ONU qui tentait de rester neutre dans ce conflit.
« le troisième temps de ce conflit contre l’Iran sera une confrontation interne qui va bouleverser ce pays »
Ce changement profond d’environnement et cette fuite en avant suicidaire de ce mouvement « libanais » aux ordres de l’Iran constitue peut-être une occasion historique pour le gouvernement libanais de se débarrasser enfin de la milice armée du Hezbollah, à condition que Netanyahou cesse de liguer la population libanaise contre Israël avec ses opérations militaires aveugles et sans limites…
Mais c’est en Iran que le troisième temps de cet affrontement va se jouer principalement, entre des Gardiens de la révolution très affaiblis, en particulier sur les plans militaires et financiers, et une population iranienne contrainte de supporter leur joug dans un pays mis en ruines par cette guerre. Cette affrontement interne est probablement la menace la plus importante pour les Gardiens de la révolution, dans un après-guerre où il leur faudrait des centaines de milliards $ simplement pour reconstruire ce qui a été détruit. Ce sera le troisième temps de ce conflit contre l’Iran, une confrontation interne qui va bouleverser ce pays.
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PS : entre-temps, la Hongrie a choisi de se débarrasser de Viktor Orban, sanctionnant durement son soutien à Vladimir Poutine et sa volonté de bloquer l’Europe, à l’instar des mouvements d’extrême-droite.

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Trois temps, une valse ? Ou plutôt vaste blague, funèbre tragédie ?
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