« Pour parler », Américains et Iraniens ne se retrouvent pas au Pakistan, mais ne cessent de discuter

On oublie trop souvent le sens des mots, les « pourparlers » actuels entre les États-Unis et l’Iran sont essentiels mais ne garantissent pas l’issue de ces discussions, si ce n’est la volonté des deux côtés de ne pas répéter la « guerre de 40 jours ». En effet, dans ce deuxième temps du conflit qui les oppose, les protagonistes sont essorés chacun à leur manière. Et, à défaut de se retrouver formellement au Pakistan, ils ne cessent de se parler.

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Le régime iranien, désormais assuré par les Gardiens de la révolution, est très durement affaibli par ces 25 000 frappes aériennes et maintenant par le blocus opéré par les États-Unis qui les étouffe financièrement et politiquement. Les tensions au sein de régime sont d’autant plus fortes que ce dernier joue sa survie, et il ne peut pas espérer de mansuétude des Etats-Uniens qui ont bien trop « investi » – ou plutôt dépensé – dans ce conflit pour se replier sans quelques acquis substantiels, suffisants pour être qualifiés de « victoires ».

Donald Trump, pour les Etats-Unis, s’était laissé convaincre par son ministre de la défense notamment, Pete Hegseth, que leur adversaire était à genoux et capitulerait sans condition. Le président américain supporte désormais un risque politique majeur face à un électorat largement opposé aux « aventures militaires ».

Alors que le prix du carburant « à la pompe » augmente aux Etats-Unis comme dans le reste du monde, le spectre de l’inflation ressurgit après les années Covid, menaçant le pouvoir d’achat et donc le niveau de vie dans toutes les sociétés.

Trouver une porte de sortie, mais pas à n’importe quel prix

Donald Trump doit donc trouver une porte de sortie tandis que l’opération militaire avait été planifiée pour sept semaines et qu’à l’aube de la huitième, le commandement états-unien est obligé d’organiser ses premières relèves. Un nouveau groupe aéronaval arrive dans la région, probablement moins pour renforcer les deux présents que pour en replier un, voire le désengager. Dans cette période compliquée de négociation, les Etats-Unis ne peuvent pas désarmer leur dispositif sur place, sauf à relâcher la pression militaire sur l’Iran.

Il faut noter cependant que depuis le cessez-le-feu décrété par Trump le 8 avril, aucun combat n’a été engagé entre les belligérants, à ne pas confondre avec les actions de force conduites par leurs armées respectives pour bloquer le détroit d’Ormuz du côté iranien et bloquer l’accès aux ports iraniens du côté états-unien.

Blocage du détroit d’Ormuz et étouffement du régime des Gardiens de la révolution

Une épreuve de force pour bloquer la circulation maritime sans pour autant revenir à un affrontement militaire. Les vedettes rapides des Gardiens de la révolution menacent les navires civils essayant de traverser le détroit, tandis que l’US Navy exerce un blocus dans la profondeur, allant même arraisonner des pétroliers iraniens jusque dans le Golfe indien.

En prétendant « avoir le temps avec lui », Donald Trump montre surtout sa volonté de solder cette crise, qui atteint les deux mois le 28 avril, mais pas à n’importe quel prix. Les Gardiens de la révolution, en traversant l’épreuve des bombardements, pouvaient penser avoir renforcé leur pouvoir mais le blocus maritime des États-Unis les fragilise de même que l’épreuve des négociations qui mettent en exergue les dissensions au sein du régime iranien.

Alors que le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghtchi, voulait annoncer l’ouverture du détroit d’Ormuz au début du cessez-le-feu, la marine des Gardiens de la révolution s’est empressée de faire mitrailler quelques navires qui le traversaient pour les obliger à faire demi-tour.

Dès lors, le blocus états-unien du blocus iranien apparaît comme une réponse adaptée et relativement proportionnée à la stratégie iranienne consistant à normaliser de son fait ou à bloquer par sa seule volonté – il n’y a probablement jamais eu de mines – le détroit d’Ormuz. Ce serait plutôt l’œuvre du ministre des Affaires étrangères de Donald Trump, Marco Rubio, qui a défendu cette option nettement plus intelligente que le bombardement à outrance prôné par cet abruti de Pete Hegseth qui croyait obtenir ainsi la reddition des Gardiens de la révolution…

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Des pourparlers qui démontrent une réelle volonté de négociation

Et le fait que ce ministre iranien, Abbas Araghtchi, se rende au Pakistan pour un cycle de « pourparlers » le 25 avril – ajournés mais l’on d’être terminés – signe une volonté de négociation qui pourrait aboutir assez rapidement sur un accord de fin de guerre. La principale difficulté dans ces discussions n’est pas le détroit d’Ormuz qui réouvrira tout seul, sans réel besoin d’accompagnement militaire, dès lors que les deux belligérants se seront accordés, mais bien la question nucléaire qui est à l’origine même de cette crise.

Toute la question sera alors de savoir si cet accord permet effectivement de garantir que le régime iranien renonce à acquérir des armes nucléaires – système de destruction massive – et si celui-ci pourra résister à une forme de neutralisation de sa politique de guerre permanente contre Israël. Ce sera alors le troisième temps de cette guerre contre les Gardiens de la révolution, un temps où le peuple iranien pourra enfin jouer un rôle.

Plantu

PS : Au Liban, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou continue « tranquillement » à faire la guerre contre le Hezbollah, cette milice aux ordres de l’Iran. Le cessez-le-feu pourtant décrété et prolongé n’est pour lui qu’une vague notion de communication. D’ailleurs c’est à peu près la même situation à Gaza, où les frappes israéliennes font un peu plus d’une centaine de morts par mois, depuis le « cessez-le-feu » d’octobre 2025…



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23 commentaires sur “« Pour parler », Américains et Iraniens ne se retrouvent pas au Pakistan, mais ne cessent de discuter

  1. l argent , va être le grand promoteur de la paix qui va (doit) s’imposer .
    Pas grace à l’obscurantisme de trump « ta nouille » , ni à l’alcoolisme du ministre  » de la guerre » ,et encore moins à la vacuité du pouvoir iranien : sans la rente pétroliére ,l’ institution des gardiens de la « révolution » est morte . Il faut donc que le petrole circule pour l’argent circule …
    Mais l’eau , et donc la vie , nous raméne à une autre échelle , beaucoup plus incertaine …
    Oserai je pousser le raisonnement à se demander , comment , aprés 10 ans de bouleversement climatique , tout cette comedie pourra encore fonctionner?

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    1. La grande « démocratie » chinoise qui a « libéré » le Tibet et  Hong-Kong des griffes des Occidentaux ,qui  fait tout pour militariser les îlots en mer de Chine qui ne lui appartiennent pas, qui convoite le détroit de Taïwan et l’île du même nom, proposerait  ses  » bons offices  »  pour résoudre l’épineux problème d’Ormuz : vous faites confiance à son   » soft power  » ? 

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  2. Vous dîtes que les Etats Unis ont vu « fondre » leurs stocks de missiles variés et divers dans des proportions plus qu’inquiétantes. D’autant que certaines pièces vont être plus difficiles à se procurer – comme les semi-conducteurs – suite au blocage du Détroit d’Ormuz.
    Mais les américains ont aussi vu l’addition de pertes en avions grimper, avec la destruction d’un AWACS E3 Sentry ( sur la base Prince Sultan en Arabie Saoudite, coût 700 millions d’Euros), 4 F-15 ( dont trois abattus par la DCA Koweitienne, Un A-10 et un KC 135 de ravitaillement. ( En gros l’US Air force a perdu 7 appareils en 40 jours)

    Trump veut « discuter » ou « palabrer » mais Trump a oublié qu’au Moyen Orient, les apparences comptent énormément. Il a traités les Iraniens de « tarés » et autres joyeusetés. Même les « amis » des Etats Unis n’ont pas été épargnés, puisque Trump s’est vanté que MBS soit venu lui « cirer les pompes »…Or chez les arabes les pieds ( et les chaussures) sont des sujets extrêmement insultants !

    Cela peut expliquer aussi la réticence des Iraniens a venir « négocier » devant un type qui les méprise aussi ouvertement ? En allant à ces « négociations » les Iraniens ont l’impression de passer – déjà – sous les fourches caudines de l’homme en orange !

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  3. Trump et Israël envisagent-ils d’utiliser l’arme nucléaire tactique contre l’Iran, malgré l’enlisement actuel ? La Chine et la Russie ont averti, par les canaux diplomatiques, de ce danger.

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      1. Je comprends ce que vous dites, mais si l’on regarde l’attitude des Américains en 1945 face au Japon, ou aujourd’hui celle d’Israël à Gaza, on voit qu’ils sont capables de tout. Avec Trump et l’extrême droite israélienne, cette capacité pourrait encore s’aggraver.

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      2. Août 1945 : bombes atomiques  sur Hiroshima et Nagasaki. Le président US  ( Roosevelt ) qui a initié ce projet d’arme et celui qui a donné l’ordre de l’utiliser sur le Japon ( Truman ) étaient-ils des  » toqués d’extrême droite »  ?  Non : des démocrates de gauche qui , en temps de guerre , ont délibérément choisi de limiter les pertes de leurs armées en occasionnant des dommages substantiels parmi les  civils , les militaires et  les industries dans le camp d’un ennemi farouchement résolu à poursuivre la guerre ….Les dégâts occasionnés ont-ils été  » irréparables  » ? Oui pour les victimes. Cependant ces deux villes ont été depuis reconstruites et sont aujourd’hui prospères, Le Japon a cessé la guerre et est entré dans le camp des démocraties. Beaucoup d’hommes politiques et de militaires aujourd’hui proclament que l’arme atomique est une arme dissuasive de  » non emploi » …Pourquoi s’en doter si ce n’est pas pour s’en servir en situation critique ? Mettez-vous à la place de l’Ukraine qui a naïvement abandonné ses bombes… Dès la capture de la Crimée, imaginons la France vendre ou donner gracieusement  une de ses bombes à l’Ukraine ( j’entends d’ici des cris du genre :  » prolifération illégale, folie, bellicisme irresponsable, etc… ».alors que la Pologne serait aujourd’hui intéressée par un  » parapluie nucléaire français. »..)   Poutine aurait-il pris l’initiative de l’attaquer en 2014 et 2022 ? Mettez-vous à la place d’Israël qui  » joue sa survie  » dans une région qui lui est hostile : que feriez-vous en cas de situation critique face à l’ Iran  ? Ou ( peu probable ) face au Pakistan , à  la Corée du Nord ? 

        Retournons en 1945.  Si Hitler, Mussolini ou Hirohito  avaient réussi à obtenir la bombe atomique avant les USA , croyez-vous qu’ils se seraient convertis à la doctrine de non emploi ? 

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      1. La désapprobation ne doit pas être à sens unique : les voisins d’Israël ont aussi une responsabilité dans ce trop long conflit ! Je ne vais pas m’engager dans une démonstration interminable…Je vais être bref et cynique en vous répondant :   » parce que ce pays détient une des armées les plus puissantes et formées du monde ( en guerre permanente  depuis la création de cet État…. ) ET PARCE QU’IL  DÉTIENDRAIT L’ARME ATOMIQUE !  » ( demandez aux dictatures qui détiennent cette arme absolue et qui narguent la Communauté Internationale  ! ) 

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      2. Ajout à mon commentaire : car Israël bénéficie également de la protection de son puissant allié américain qui ( comme les deux autres puissances dictatoriales Chine et Russie et les deux démocraties ( France et Royaume – Uni ) ) détient un droit de véto face aux résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU !

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  4. « POUR PARLER  » Trump est très fort.

    Quant aux Iraniens, ils n’ont pas l’intention de parler directement avec les émissaires américains. Il leur faut des intermédiaires.

    Pas D’échange ce week-en.

    A quand la prochaine rencontre ?

    Les 2 parties entretiennent le suspense, affolent les bourses et les prix du Brent et l’économie mondiale « se casse la gueule » pour de nombreuses années.

    S Cazeneuve

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  5. L’action était à contre-temps et la communication mal avisez, mais il est vrai que l’option personne ne passe ou tout le monde passe et bien meilleur que la poursuite des frappes qui risquait faute de cible de se tourner de plus en plus vers des infrastructures civiles…

    Mais comme vous le dite très bien cela se réouvrira sans trop de problème une fois les négoçiations aboutit. Quand cela arrivera? c’est plus incertain, les agenda des uns et des autres n’étant pas les mêmes et l’organisation semblant l’apanach ni des Iraniens ni des USA ; les délégations au lieux de rester sur place faisant les aller retour au Pakistan!

    Ils aiment sans doute l’avion, j’espère qu’au moins les diplomates sont sur place, en attendant que les représentants politiques des deux camps entérine l’accord auquel il parviendrons, un jour…

    Salutation, Ludovic Melin.

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  6.  »Le Hezbollah, cette milice aux ordres de l’Iran » : Donc, la solidarité occidentale (OTAN) c’est bien; La solidarité chiite de la Oumma, considérée comme un devoir et un commandement divin, c’est mal ?

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    1. Le Hezbollah fait ce que Téhéran lui dit de faire. C’est un fait. Il n’y a que vous pour voir dans ces huit mots un jugement « bien/mal » de la part de l’auteur. Bizarre de comparer à l’OTAN, qui justement n’est PAS intervenu dans cette guerre (… au grand dam de Krasnov).

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