Quand le général Patrice Sartre écrit sur le Rwanda et les engagements militaires de la France

Le général (2S) Patrice Sartre écrit ceci pour présenter son dernier article sur le Rwanda et les engagements militaires de la France, publié dans la Revue d’études de décembre 2021


Depuis 20 ans, je pense que le drame français au Rwanda a été principalement dû à deux facteurs :

  • L’étouffement du mécanisme de décision politico-militaire par l’Elysée, s’étendant jusqu’au plus bas de l’échelle ;
  • De lacunes de formation, de désignation, de comportement, de raisonnement et d’éthique  de nos responsables diplomates, militaires et politiques du plus bas au plus haut de notre hiérarchie.

Le rapport Duclert m’a donné les moyens d’étayer l’exposé du premier facteur. Il ne m’offre pas, en l’état, suffisamment de moyens pour le second, mais la documentation qu’il a réunie et organisée permettra peut-être de le faire, et beaucoup d’enseignements seraient alors à en tirer.

Sur les responsabilités dans ce désastre, je voudrais mettre en exergue ce passage de l’analyse du général Sartre et souligner, une fois encore, le rôle clef joué par le secrétaire général de l’Elysée, Hubert Védrine :

« Dès 1984, à l’occasion de son voyage à Kigali, le Président français [François Mitterrand] avait clairement indiqué qu’il gérerait personnellement ce dossier à travers sa relation personnelle avec le chef de l’État rwandais. Jusqu’à la cohabitation, il en tiendra son gouvernement pratiquement écarté  : le chef de son état-major particulier en gérait les aspects de défense, son conseiller pour les affaires africaines les aspects diplomatiques et de coopération, tandis que le secrétaire général de l’Élysée [Hubert Védrine à partir de 1991], presque effacé par le rapport Duclert, coordonnait cette gestion. Les vrais ministres, y compris le Premier ministre et son ministre de la Défense, étaient contraints d’obéir. Cette direction politique centralisée était renforcée par une pression directe de l’Élysée sur certaines unités des forces spéciales, court-circuitant les niveaux stratégiques et de théâtre, et ce jusqu’à l’opération Turquoise, maintenant ces unités dans une défiance envers les Tutsi qui sera une des causes de la faillite de Bisesero. » [page 12]

Hubert Védrine estimera peut-être que c’est lui faire injure que de lui rappeler, mais puisqu’il veut revenir sur le sujet, il me semble nécessaire de souligner qu’il ne peut pas avoir joué un rôle clef et esquiver sa responsabilité

LA DÉCISION POLITIQUE DANS LES ENGAGEMENTS MILITAIRES DE LA FRANCE, revue d’études déc 2021

Le général Patrice Sartre

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