Iran : Jeux de guerre dans une impasse militaire

Plantu

Dans la laborieuse recherche d’un accord de sortie de guerre contre l’Iran, depuis le 8 avril 2026 soit un mois désormais, les Etats-Unis essaient de montrer qu’ils ont toujours l’initiative – au moins dans le domaine militaire – tandis que l’Iran s’efforce de démontrer qu’elle conserve une capacité de riposte et de nuisance.

Nous assistons donc à des « jeux de guerre » autour du détroit d’Ormuz avec des engagements militaires limités, sans rapport avec la puissance et les dévastations de la guerre des 40 jours qui ont précédé cette période de négociation, mais interdisant concrètement tout retour à « une vie normale ».

Lire aussi : Donald Trump minore la mise en péril du cessez-le-feu en Iran, après des échanges de tirs, par Piotr Smolar (Le Monde)

Ces actions, somme toute limitées, ne sont pas pour autant le signe d’un retour à la guerre mais d’une impasse militaire dont Donald Trump essaie de s’extraire, sans craindre de faire diversion par ailleurs, pour contourner son impatience et celle de son électorat. Son secrétaire d’Etat à la guerre, Pete Hegseth, lui avait annoncé une quasi-reddition des Gardiens de la révolution « grâce » à la guerre des 40 jours et ses 25 000 bombardements, mais il n’en est rien.


Donald Trump continue par conséquent à occuper le terrain médiatique, en dévalorisant un peu plus chacune de ses prises de parole qui ne brillent que par leur incohérence, tandis que le monde entier attend désormais, avec une forme de patience, qu’un accord soit trouvé.

Une impasse militaire qui fait craindre un « conflit non résolu »

Si nous prenons un tant soit peu de distance par rapport à ces événements qui rythment l’actualité, il apparaît que la guerre en Iran, comme la guerre en Ukraine, sont dans des impasses militaires. Les arsenaux militaires surpuissants des Etats-Unis comme ceux de la Russie sont « impuissants » à faire capituler ces régimes.

Ces régimes ciblés sont certes de nature très différente, mais leur capacité de résistance et de riposte est liée notamment à « l’explosion » d’armes dissymétriques, la combinaison de drones, de robotisation et d’Intelligence Artificielle, qui leur permettent de tenir partiellement en échec l’objectif de leur adversaire d’imposer leur volonté par la seule force.

Si Trump peut forcer le passage militaire du détroit d’Ormuz avec quelques puissants navires de guerre états-uniens, au prix d’échanges de tir et d’accrochages limités (missiles anti navires, attaques de vedettes rapides et drones), le rétablissement de la circulation maritime « normale » reste inenvisageable dans ce contexte, tant que la zone sera considérée comme un espace d’affrontement militaire et, par conséquent, portera un risque inacceptable pour des déplacements civils.

Lire aussi : Guerre en Iran, guerre en Ukraine, Trump et Poutine dans une même galère ?

Malgré les rodomontades de Donald Trump, les États-Unis n’ont pas fait capituler le régime des Gardiens de la révolution en Iran. Malgré l’importance des moyens de la Russie dédiés par Poutine à son « opération militaire spéciale » contre l’Ukraine, le président Zelensky n’a pas capitulé en plus de quatre années de guerre.

Les risques d’une « paix hybride »

Le risque dans les deux cas est aussi qu’au lieu d’une « guerre hybride », – une guerre qui ne se mène pas seulement sur le champ de bataille militaire –, nous soyons confrontés désormais à un phénomène de « paix hybride ». Une quasi-paix dans le cadre de ces conflits militaires non « résolus », nous obligeant à vivre dans un contexte qui ne soit pas tout à fait une guerre, ni réellement une paix.

Dévastation à Gaza en « cessez-le-feu »

Le dévoiement à ce sujet de la notion de « cessez-le-feu » – initialement une suspension des combats –, montre en particulier à Gaza et au Liban comment le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou continue à mener ses guerres, avec plusieurs morts par jour, alors qu’il n’y a officiellement plus de guerre. Serait-ce l’avènement d’une « paix hybride » où la menace et les agressions seraient quasi-permanentes, ou les affrontements seraient une forme de constante ?

Avec une paix hybride installée dans cette immense région du Moyen-Orient, la présence d’une force aéro-navale internationale deviendrait alors une forme de nécessité coûteuse et à l’efficacité limitée qui devrait nous faire espérer revenir enfin au règne du droit international plutôt qu’à celui de la force.


La situation pourrait évoluer de la même manière en Ukraine où les Européens seraient alors confrontés à une menace permanente de Poutine dans le cadre d’une « paix hybride », tandis que paradoxalement cette menace est limitée aujourd’hui par la persistance de la guerre ouverte des Russes contre les Ukrainiens… Les « jeux de guerre » sont d’une rare perversité et doivent nous interroger sur ce que nous voulons sécuriser.

Lire aussi : Ukraine, fin de guerre en perspective… sur un désaccord que la crise en Iran pourrait faire oublier



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20 commentaires sur “Iran : Jeux de guerre dans une impasse militaire

  1. Le pari de Trump est que les iraniens vont finir par se révolter. Et il a peut-être pas tort. Il est à peu près certain que sous un calme apparent, la société civile iranienne s’organise, communique et échange. Et le temps qui passe ne fait que leur donner l’occasion de prendre conscience de l’importance de l’opportunité qui se présente à eux. Cette fenêtre d’opportunité est grande ouverte pour l’instant. En d’autres termes, je ne serais pas surpris que des mouvements sociaux surgissent en Iran et cela annoncera le début de la fin pour les Mollah. Et une belle victoire pour Trump. C’est probablement un des scenarios qu’il a en tête et qui explique ses décisions.

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  2. Réponse à LAKHDAR : le terme  » Occident collectif » , comme celui de  » Sud Global » d’ailleurs, ne veut strictement rien dire ! Des slogans vides de sens. Demandez aux ingénieurs iraniens, chinois et russes s’ils sont heureux d’être formés et de travailler dans une dictature….

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  3. Ah La Chine, voilà encore un pays de la Mesure, le Ying et le Yang ! La Chine est là, présente-absente ! Elle observe, elle médite, réfléchit, elle attend les moments propices pour actionner ses mécanismes ! Pendant que nous, nous nous laissons mener par les affects et la culpabilité en acceptant tous les dérives de l’Etat Hébreu

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    1. Je suis comme vous, » j’adore » la Chine : son  parti unique « dit communiste » et ses dirigeants corrompus, son dumping monétaire et économique à l’international, , sa sécurité sociale « avantageuse » pour tous ses citoyens, , sa dictature totalitaire, son pillage du savoir-faire des entreprises étrangères, sa volonté de conquête militaire en mer de Chine, son soutien indéfectible aux   » frères démocrates « de Russie, Corée du Nord et Iran, etc…. Un regret : le laogaï ( goulag chinois ) n’existe plus. 

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  4. Bonjour Guillaume,

    Je reprends ce que vous écriviez le 31JAN2026: « Actuellement, les Etats-Unis ne prévoient plus que quelques centaines de millions de dollar pour l’Ukraine quand leur aide se montait à plusieurs dizaines de milliards avant l’arrivée de Trump, ce semeur de chaos. Les Européens ont essayé de prendre le relais, et financent pour beaucoup l’achat… d’armes américaines faute d’avoir su constituer, en quatre ans de guerre, de véritables Airbus de l’armement fédérant ce qui se fait de mieux dans les pays membres. »

    Nous étions alors 6 mois après Anchorage.

    Bras fer ou bien l’opportunité d’une bonne diversion qui ne rapportera gros à personne?

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      1. L’UE a clairement le lead sur le soutien à l’Ukraine. Elle l’avait déjà sur la fin du mandat de Biden et elle l’a encore davantage aujourd’hui. Les 90 milliards viennent de l’UE et de nul par ailleurs. Ni les US, ni les Anglais n’ont participé.

        Sur le terrain, la Russie patine, les 350 000 soldats russes morts – qu’ils reposent en paix, respects à eux, font monter la pression sur Poutine. En fait l’UE est en train de gagner son bras de fer avec la Russie de Poutine et ce, malgré la trahison des USA.

        C’est quand même quelque chose de très significatif, cela montre que l’UE a la masse, le poids pour changer la course des évènements. Trump va dire que c’est grâce à lui mais en réalité, c’est malgré lui que la Russie va perdre !

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  5. Merci pour la justesse de votre texte qui, comme à l’accoutumée, nous aide à y voir plus clair, à prendre du recul. Et merci aussi pour ces dessins, ils nous facilitent l’acceptation de ces situations difficiles, dramatiques. Sans ces chefs d’État lamentables, technologies, intelligence artificielle, ressources pourraient être utilisés à des fins louables, bien plus pertinentes.

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  6. J’ai plus confiance dans les Perses, et la pensée de Saàdi, Ghazali, Ah RUMI, Avicenne, Khayam ! et bien d’autres, que celle des tueurs d’enfants ! et du pantin poudré bouffeurs d’ amburgers !!! Le comportement calme, posé, prenant leur temps ! dénote des deux excités chaotiques !!!!

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    1. Les philosophes et scientifiques perses  que vous mentionnez ont vécu durant la période médiévale. Depuis lors, combien de grands intellectuels ? Combien de Prix Nobel ? Deux femmes en 2003 et 2023 pour celui consacré à la Paix . L’une vit  en exil à l’étranger, l’autre se meurt en prison…. Croyez-vous que le régime actuel des Mollahs favorise l’épanouissement de la société perse ?  Oui, il privilégie les scientifiques qui travaillent dans les domaines atomiques et militaires….

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      1. La Pensée ne MEURT JAMAIS !

        Quant aux Vénérables Médiévaux, ils sont traduits dans plusieurs langues, étudiés quotidiennement dans de nombreux établissements, universités du Monde entier !!! Leurs enseignements sont toujours VIVANTS !!!

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      2. Prix Nobel ? Un concept propre à « l’Occident collectif ». Avant de critiquer les Perses, les Chinois ou les Russes, regardez plutôt le niveau scolaire en France et la tertiarisation du pays depuis 1990. Ces trois peuples forment à eux seuls plus d’ingénieurs que l’Occident collectif !

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  7. Vous dîtes « la guerre en Iran est dans une Impasse« . Je crois que Trump n’a pas ou plus les moyens de déclencher une « vaste opération de représailles de bombardements »…Devant la fronde de l’Arabie Saoudite ( Elle a interdit son survol aux avions US) l’opération  » Projet Liberté » a fait un gros plouf !

    Pourquoi ? Les installations pétrolières de ces pays ont été touchées par des frappes iraniennes. Les Etats Unis ont été INCAPABLES d’intercepter les dizaines de Shahed lancés depuis l’Iran. ( Depuis ces pays ont signé des accords de coopération militaire de lutte contre les drones avec les Ukrainiens. Ces derniers produisent toute une série de drones révolutionnaires dont les « Sting » qui ont la particularité d’abattre les Shahed. Les spécialistes Ukrainiens en produisent 20.000 /mois!)

    Malgré plus de 20.000 frappes aériennes, les Iraniens détiendraient toujours des dizaines, centaines de missiles. ( 500 – 700 ?)

    Résultat ? Ils les ont envoyé contre les bases aériennes américaines. Sur les 17 bases, seize ont été touchées. Selon Xavier Tytelman 228 objectifs ont été touchés : https://www.youtube.com/watch?v=FQ0yMVn24qg&t=37s

    Parmi ces objectifs un Boeing Awacs ( valeur 500 à 700 millions de dollars), plusieurs KC 135 et surtout une ou plusieurs stations radars AN/TPY-2 ( coût à l’unité = 1 milliard de dollars/pièce). Hélas l’armée américaine ne possède que 20 stations de ce type. Qui plus est n’est plus fabriqué.

    L’armée américaine a déversé tellement de minutions ( Patriot, Tomahawk etc…) qu’il va leur falloir CINQ ANS avant de reconstituer leurs stocks. On imagine que cela n’a pas échappé aux chinois.

    Histoire de ne pas perdre la face, Trump continue ses rotomontades…jusqu’au jour où les chiffres de pertes seront publiés non pas sur CNN mais sur Fox news….

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  8. La violence n’étant pas un argument, à partir du moment ou sont emploie ne mêne pas à la soumission de l’autre ou ça « capitulation », il devient évidement diffiçile de sortir d’une impasse qui à potençiellement était la motivation de l’usage de la force, mais qui se retrouve au final exaçerber par les morts et les destructions.

    La Russie et les USA se retrouvent donc au point de départ, avec une situation fortement dégrader, pour la Russie une guerre qui accapare c’est ressource, sans gain qui pourrait justifier leur énormité en perspective et les Etats-unies avec une guerre sur les bras, des conséquences économiques et politique délétaire pour eux, et un allier qui entrave dotant les négoçiations qu’il est incapable de respecter « un cesser le feu »…

    Dérrière une situation aussi sombre, il reste toutefois de l’espoir, car aucune de ces guerre ne bénéfiçient au protagonistes sur le long therme!

    Reste désormais à s’entendre, non pas pour sécuriser une paix illusoir, mais bien pour établir une paix qui nous permettent de vivre ensemble durablement…

    Salutation, Ludovic Melin.

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  9. Si par hypothèse (improbable) ‘il avait lu Voltaire, Trump n’aurait pas attaqué les ayatollahs et les Gardiens de la Révolution, car il aurait compris la difficulté de vaincre ce genre d’adversaire : « Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant »? (Dictionnaire philosophique)

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    1. Pour répondre aux deux commentateurs, il y a plusieurs dieux et celui que préfère celui que vous stigmatisez à raison est inscrit en verdâtre au verso des devises dont il souhaite son portrait en recto.

      Un personnage manque au côté de Xi, même si j’ai l’impression que lui aussi fait plutôt grise mine, malgré l’augmentation de ses exportations, avec son défilé militaire réduit au strict minimum et la reprise de quelques verstes carrées par l’Ukraine.

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  10. Et nous faisons face au risque que la crise du détroit d’Ormuz affecte l’économie mondiale pendant des mois encore, voire des années.

    De fait, nous allons tous finir par payer très cher l’incompétence d’un président-roi et de son administration, eux qui imposent leur loi au monde entier, comme un conquérant des temps modernes, mais qui n’a aucun but ni aucune stratégie, mais la volonté de s’enrichir et d’enrichir aussi ses proches.

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    1. Oui nous risquons de payer très cher ( financièrement parlant ) les événements du golfe persique. Croyez-vous que vous paierez moins ( en monnaie et surtout en sécurité personnelle ) si l’Iran se dotait de deux bombes  » atomiques » ( filtrage payant du détroit d’Ormuz et dotation atomique menaçant d’abord le Moyen Orient et ensuite le monde entier ) ? Les exemples dictatoriaux de la Russie ( ex-URSS) , de la Corée du Nord et de la Chine ne vous suffisent pas ?

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