
Donald Trump a annoncé ce 11 juin 2026 qu’un projet d’accord était sur le point d’être signé, pour en finir avec cette guerre contre l’Iran qu’il a lui-même lancée, il y a plus de trois mois… C’est au moins la 39ème fois que Donald Trump fait une telle annonce, la 10ème semaine qu’il proclame cela juste avant le week-end et qu’il épuise tous les médias en reprenant un cycle d’attaques (limitées), de représailles immédiates et de déclarations tonitruantes, sans compter les bombardements dévastateurs que mène en parallèle son ami Netanyahou contre le Liban…
Mais cette fois est probablement la bonne !

Quelques hirondelles qui font le printemps
Ce projet d’accord – en réalité un Memorandum of Understanding, un protocole d’accord qui permettra de discuter des points plus compliqués –, est suffisamment sérieux pour que Donald Trump confie à JD Vance, son vice-président, d’aller le signer. Or, JD Vance se prépare à participer au sommet du G7 à Évian du 15 au 17 juin, il sera donc réellement disponible pour signer effectivement ce protocole, probablement à Genève en Suisse, lors de cette troisième semaine de juin.

Ce protocole est le fruit imparfait d’une laborieuse négociation menée par Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, et le fait qu’il serait endossé par le vice-président – particulièrement critique à l’égard de ce conflit – le rend plus probable que jamais.
De plus, les officiels iraniens n’ont pas démenti qu’un protocole était en cours de finalisation, même s’ils contestent bien sûr que la signature est acquise. Certes, les versions semblent diverger d’après les publications aussi bien du côté états-unien qu’iranien, mais ces deux régimes ont absolument besoin de trouver un accord pour sortir de cette impasse militaire dans laquelle ils sont enlisés.
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Un protocole d’accord qui devra encore régler de nombreuses questions
Ce protocole prévoit deux mois de négociations supplémentaires pour régler en premier lieu la question centrale du nucléaire, tandis qu’un cessez-le-feu devrait assurer le silence des armes durant cette période, bien mieux que lors de la précédente… Il semble que la solution retenue à ce stade soit une dilution sur place des centaines de kilos d’uranium enrichi par le régime des Mollahs, et dont la destination ne pouvait servir qu’à fabriquer une arme nucléaire.

Un autre sujet très sensible, du fait de ses conséquences sur l’économie mondiale, est la réouverture du détroit d’Ormuz. Si elle semble acquise, les conditions prêtent à discussion… Du côté des Gardiens de la révolution, il est clair que le détroit d’Ormuz est devenu dans leur esprit un levier de pression, voire de garantie de sécurité : le régime iranien essaye donc d’instaurer un système de navigation contrôlé par eux-mêmes (et Oman ?), ce qui n’est pas vraiment satisfaisant par rapport au droit à la libre circulation qui prévalait jusqu’ici.

On peut compter sur la sagacité de l’administration Trump pour faire fi de ce droit essentiel à l’accès à la mer et laisser les Iraniens imposer un système qui leur permettrait de bloquer, de freiner ou de racketter le transit commercial crucial qui passe par le détroit d’Ormuz.…
Enfin, les sujets financiers vont être d’autant plus délicats à régler que les Iraniens revendiquent des dédommagements en centaines de milliards de dollars pour reconstruire les très nombreuses infrastructures et installations endommagées par cette guerre. Par ailleurs, les Gardiens de la révolution veulent obtenir très vite le déblocage d’une partie au moins de leurs avoir financiers gelés par les Etats-Unis et qui se comptent en dizaines de milliards de dollars.
Est-ce que le régime iranien est capable d’approuver un tel accord ?
Il apparaît qu’une des difficultés dans cette négociation réside dans les tensions mêmes qui existent au sein du pouvoir iranien, entre la faction la plus dure des Gardiens de la révolution – tenants d’une résistance à outrance – avec le groupe des « négociateurs » mené par le ministre des affaires étrangères Abbas Araghchi, ceux qui souhaitent trouver une issue à cette confrontation existentielle pour le régime.

Gardons en mémoire qu’un tel accord conclurait la deuxième phase de cette confrontation entre les États-Unis et l’Iran, après la guerre des 40 jours, mais génèrerait aussitôt une troisième étape, probablement beaucoup plus difficile pour le régime iranien : la reconstruction de leur pays avec des moyens financiers limités et face à une population globalement très hostile aux Gardiens de la révolution et aux conséquences désastreuses de leur politique. La répression terrible qu’ils mènent contre leur propre population n’est pas de nature à apaiser une tension désormais installée.
Enfin, du côté états-unien, les incohérences et les tensions – notamment entre le ministre de la guerre, Pete Hegseth, et celui des affaires étrangères, Marco Rubio – n’ont pas facilité ces discussions où Trump a fait régner son chaos habituel…
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Nétanyahou et le Hezbollah vont donner leur meilleur pour faire dérailler cet accord
Il faut considérer aussi, comme des obstacles majeurs à la conclusion définitive de ce protocole, l’attitude jusqu’au-boutiste des deux acteurs qui n’ont rien à gagner dans la fin de cette confrontation : Benjamin Netanyahou pour commencer, qui vit de la guerre et qui payerait très cher si cette dernière s’arrêtait. Il aurait alors lui-même à se confronter à sa société et rendre enfin des comptes sur les conséquences de sa politique désastreuse ayant consisté notamment à privilégier le développement du Hamas dans la bande de Gaza.

Le Premier ministre israélien a livré son pays à l’extrême-droite, et a installé des guerres tout azimut qui questionnent sur l’avenir de l’État d’Israël après s’être fait autant d’ennemis. Quant à la colonisation meurtrière de la Cisjordanie et la dévastation de Gaza, Netanyahou et ses amis ont mis en place, de fait, une véritable politique d’apartheid qui va marquer l’état hébreu au fer rouge pendant des années, si la société israélienne n’arrive pas à s’en défaire.
« Netanyahou et ses amis ont mis en place de fait une véritable politique d’apartheid »
La milice du Hezbollah est dans une situation assez similaire. En effet, elle joue sa survie dans le maintien du soutien de l’Iran et dans la confrontation avec Israël. Mais si ces deux facteurs disparaissent – ou quasiment – du fait du protocole d’accord, le Hezbollah se retrouverait fragilisé et isolé face à un gouvernement libanais qui pourrait enfin reprendre le contrôle de la situation et le désarmer. De plus, le Hezbollah n’a plus le soutien indéfectible de la Syrie, son voisin immédiat, et n’aura plus de résistance à organiser contre « l’ennemi » israélien, si celui-ci à la sagesse de se retirer du sud du Liban, ce qui est loin d’être fait…
Ce protocole d’accord, sur le point d’être conclu, annoncerait la fin de cette guerre des États-Unis contre l’Iran
Après plus de 100 jours d’une confrontation armée qui a fait des milliers de morts, du côté iranien et libanais en particulier, la perspective de pouvoir enfin sortir de ce tunnel de violences, de représailles et de destructions ne peut que réjouir. Je suis personnellement optimiste, un optimisme mesuré par les difficultés qui restent encore à régler, mais optimiste tout de même dans le fait que cette guerre en tant que telle est probablement terminée.

La suite des évènements, la troisième manche pour le régime des Gardiens de la révolution en Iran, l’avenir d’Israël confrontée au désir de vengeance de l’ensemble de ses voisins, la tournure politique des États-Unis face aux élections de mi-mandat et à la politique de chaos semée par Donald Trump sont une autre histoire, qui va s’écrire devant nous…
Dans ce contexte, et pour garder une note optimiste, les Européens avancent lentement, mais méthodiquement dans le but de prendre en main leur propre sécurité et de compter d’abord sur leur capacité collective à se protéger pour répondre à ces empires menaçants qui nous entourent. Le grand défi qui nous attend est de sortir de la guerre russe contre l’Ukraine et de garantir notre sécurité collective sans plus compter sur les Etats-Unis.
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À ce sujet, l’épisode malheureux de l’échec du projet d’avion de combat du futur (SCAF) est emblématique de ce que les Européens ne peuvent plus se permettre de faire… Peut-être qu’en France, des dirigeants éclairés vont-ils enfin museler l’influence rétrograde de « l’empire » Dassault pour donner la priorité aux projets communs, dont Airbus est l’illustration même ?

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