Poutine se venge sur Kiev de son échec militaire, jusqu’où ira-t-il ? Comment les Européens peuvent lui résister ?

Tandis que les États-Unis fêtent le 250eme anniversaire de leur indépendance, les Européens – avec les Ukrainiens en premier rang – sont confrontés à une guerre menée par la Russie de Poutine dont l’issue va déterminer en grande partie leur sécurité à venir. Et cette guerre, qui dure depuis plus de quatre ans, connaît un nouveau tournant pour la raison que son promoteur, Vladimir Poutine, rencontre de sérieuses difficultés, des difficultés grandissantes.

Non seulement son armée est enlisée sur le territoire ukrainien depuis plus de deux mois – elle a avancé de moins de 30 km2 au mois de juin 2026 –, mais pire encore elle n’est plus en capacité de défendre son propre territoire des tirs de riposte de l’Ukraine qui menacent l’économie russe au quotidien (crise du carburant) et assiègent progressivement la péninsule de Crimée annexée en 2014… par Poutine.

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Comme il fallait s’y attendre, Poutine a réagi violemment par une vague de bombardements sur la capitale Kiev dans la nuit du 1° au 2 juillet, faisant une trentaine de morts et trois fois plus de blessés. Son armée a utilisé pour cela 74 missiles et 496 drones, dont 48 des premiers et 476 des seconds auraient été interceptés d’après l’armée ukrainienne. C’est une vague lourde de bombardements qui, malgré l’anticipation des Ukrainiens, a provoqué des dégâts importants du fait en particulier du taux limité d’interception des missiles russes.

Près de de 300 bombes ont frappé Kiev dans la nuit du 1° au 2 juillet

En effet, si 96% des drones auraient été abattus par les Ukrainiens – qui sont des pointures dans ce domaine –, les missiles russes n’ont été interceptés que pour les deux tiers (65%), permettant à au moins 26 missiles d’atteindre leur cible, principalement des immeubles d’habitation. Un missile emporte en moyenne une charge militaire 10 fois plus importante qu’un drone, c’est donc l’équivalent de plus de 250 drones qui se sont abattus sur la capitale. Ajoutés à la vingtaine de drones qui sont passés au travers de la défense ukrainienne, plus ceux qui ont commis des dégâts bien qu’interceptés, ce sont près de 300 bombes qui ont frappé Kiev ce jour-là.

Prenons un peu de temps pour comprendre ce que cela signifie. Pas un instant, Poutine n’a pu imaginer que cette vague de bombardements, qui n’est ni la première ni la dernière, arrêtera la résistance ukrainienne.

Son objectif est plus certainement d’envoyer un signal à la population russe, le message qu’il détient (toujours) le pouvoir militaire, une puissante capacité de destruction. Un message à destination notamment de ceux qui le voient s’affaiblir dans cette guerre sans issue et qui pourraient être tentés de s’en débarrasser.

« Un message à destination de ceux qui le voient s’affaiblir dans cette guerre sans issue »

Ces bombardements constituent bien sûr aussi un « signal » pour les Ukrainiens que le conflit est loin d’être terminé et que si ces derniers maîtrisent de mieux en mieux l’arme déstabilisante que constituent les drones, ils restent vulnérables parce que fragiles dans l’interception des missiles. De fait, les Ukrainiens sont très dépendants des intercepteurs américains – en particulier des missiles Patriot PAC 3 que seuls les Etats-Uniens fabriquent – pour intercepter les missiles russes, notamment leurs missiles balistiques dont les trajectoires les rendent par nature « hypersoniques », c’est-à-dire volant à plusieurs fois la vitesse du son.

Tir d’un misssile Patriot

Même si ces intercepteurs Patriot ont été achetés en nombre par les Européens, leur livraison à l’Ukraine est soumise à la décision du pouvoir des Etats-Unis qui ne brille pas par sa cohérence ni par sa loyauté envers ses alliés. Certes des accords de fabrication sous licence sont en discussion, en Allemagne par exemple, mais leur production effective prendra des mois, peut-être des années. Pour contrer une attaque comme celle du 1° juillet, il faut entre 2 et 3 intercepteurs par missile à arrêter, soit près de 200 exemplaires à 3 millions $…

Cette vague de bombardement s’adresse aussi aux Européens, alliés de l’Ukraine

Autrement dit, la protection des Ukrainiens continue à dépendre du bon vouloir des Etats-Unis qui reconstituent actuellement leur stock d’intercepteurs sévèrement entamé par la guerre de Donald Trump contre l’Iran. Cela signifie donc que le message envoyé par Poutine avec cette vague de bombardement contre Kiev s’adresse aussi aux alliés de l’Ukraine, aux Européens tout particulièrement : comment pourriez-vous réagir si vous-même étiez attaqués par quelques-uns de ces missiles ?

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En effet, si les Européens ne savent pas aider mieux les Ukrainiens à intercepter ces missiles, comment pourraient-ils s’en protéger eux-mêmes ? Les systèmes de défense aérienne européens actuels, dits de moyenne portée (de type SAMP et IRIS), ne sont pas assez performants par rapport au Patriot US. Mais surtout ils n’existent qu’en nombre ridiculement réduit pour pouvoir protéger la multitude de villes et de sites sensibles en Europe.

En réalité, ces systèmes de défense aérienne ne se comptent qu’en quelques dizaines d’exemplaires pour toute l’Europe… Et les coûteuses armées de l’air de chaque pays ne savent globalement pas intercepter ces missiles balistiques avec des chasseurs comme le Rafale ou l’Eurofighter.


Poutine dispose d’une vaste palette de ripostes alors que son armée n’a jamais été aussi faible

Les ripostes de Vladimir Poutine ne risquent pas de s’arrêter à quelques vagues plus concentrées de bombardements contre l’Ukraine, elles vont monter « en gamme » pour jouer dans son registre de prédilection : la peur et l’impréparation des sociétés « occidentales » à se battre.

Une confrontation directe s’esquisse désormais alors même que la puissance militaire russe n’a jamais été aussi faible. La palette d’agressions possibles reste large pour Poutine, du tir de quelques missiles à l’utilisation de drones « non revendiqués », du sabotage d’installations cruciales (comme les câbles sous-marins) à des coups de force terrestre sur des territoires limités.

Dans ce contexte et du fait de sa place centrale, la Pologne se sent menacée, surtout par des bombardements parce qu’elle « héberge » les routes logistiques qui permettent à l’aide des alliés de parvenir en Ukraine. Cependant un coup de force terrestre russe contre ce grand pays qui a renforcé significativement son armée au cours de ces 4 années de guerre est moins probable qu’une opération limitée contre un pays balte du fait de leur faible taille et puissance militaire.

Se préparer pour ne pas avoir peur, la plus grande faiblesse face aux empereurs menaçants

Le pré-positionnement de forces importantes d’autres pays membres de l’OTAN (l’OTAN n’a pas d’armée en tant que telle) est la réponse la plus efficace pour dissuader Poutine d’une aventure militaire, à condition que la volonté de riposter – concrètement à engager le combat sans tergiverser – ne questionne plus nos sociétés trop longtemps convaincues d’être exemptées de guerre. Un tel déploiement préventif de forces aurait vraisemblablement empêché Poutine de s’attaquer à l’Ukraine en février 2022…

La question est donc pour les Européens de se préparer, pour affronter ces menaces avérées qu’exerce la Russie de Poutine, et surtout pour ne pas avoir peur, leur plus grande faiblesse face aux empereurs menaçants.

Une préparation qui consiste aussi, pour être cohérent et clair dans leurs intentions, à neutraliser sur leur propre territoire les relais de Poutine, ceux-là mêmes qui font tout pour les dissuader de résister et qui participent à une menace existentielle sur leurs sociétés. A ces conditions seulement, Poutine s’arrêtera et disparaîtra.

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Pour approfondir,

Comment l’armée russe a perdu l’initiative dans sa guerre en Ukraine, par Emmanuel Grynszpan et Pierre Breteau (Le Monde)

Vladimir Poutine, la tentation de la fuite en avant, par Claire Gatinois et Marie Jego (Le Monde)





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