Quand Donald Trump joue à la roulette russe avec la guerre contre l’Ukraine

Le Monde

Donald Trump est un personnage détestable. J’ai d’ailleurs été informé par un ambassadeur américain que je n’avais plus la possibilité de demander un visa pour les États-Unis après ce que j’ai écrit à son sujet… cela tombe bien, car je n’avais pas l’intention de m’y rendre dans le contexte actuel.

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Cependant, l’heure n’est pas aux invectives et aux insultes, mais plutôt de mon côté à faire un point aussi clair que possible sur la situation de la guerre russe contre l’Ukraine, alors que Donald Trump prend ouvertement le parti de Vladimir Poutine et exerce toute sorte de pression pour faire plier la résistance ukrainienne.

L’Ukraine souffre plus que « d’habitude » des bombardements russes, notamment à cause des défections états-uniennes

Les bombardements russes contre l’ensemble du territoire ukrainien et en particulier contre la capitale Kiev se font plus meurtriers et destructeurs qu’auparavant pour trois raisons essentielles qui sont toutes liées à l’attitude des États-Unis de Donald Trump.

En premier lieu, les Ukrainiens ont plus de mal à intercepter les missiles russes, surtout les missiles balistiques qui sont par nature tous hypersoniques (ils volent à plusieurs fois la vitesse du son), parce qu’ils manquent d’intercepteurs, dont le missile Patriot est emblématique.

Pourtant, les Européens ont acheté des lots de ces missiles aux États-Unis pour permettre à l’Ukraine de se défendre, mais les États-Unis ne livrent pas ces Patriot pour la raison plus ou moins affichée d’un grave déficit causé par la guerre contre l’Iran, qui aurait trop largement consommé les stocks de l’armée américaine… Est-ce la seule raison ? Certes, les États-Unis ne livrent pas plus l’Arabie Saoudite qui peine à se défendre contre les attaques des Houthis, mais il est possible que Donald Trump aggrave sciemment l’exposition de Kiev aux bombardements russes, en déclinant la livraison de missiles Patriot aux Ukrainiens.

Donald Trump a réduit volontairement l’accès aux systèmes de renseignement et aux réseaux de communication états-uniens

Le deuxième facteur d’aggravation des bombardements russes contre l’Ukraine est la limitation flagrante de l’accès aux renseignements que fournissaient jusqu’ici les États-Unis : Ainsi, les États-Unis n’ont-ils pas informé les Ukrainiens que les Russes construisaient une nouvelle génération de drones propulsés par réacteur, qui sont beaucoup plus difficiles à intercepter.

Les Ukrainiens essayent de mettre au point une riposte, mais avec un retard qui les met en difficulté face à cette nouvelle arme : des drones qui ressemblent de plus en plus à des missiles de croisière low cost, et qui peuvent donc être produits en très grande quantité par la Russie, avec l’aide de l’Iran et de la Chine.

De plus, le système de renseignements US reste crucial pour les Ukrainiens, notamment pour déclencher les alertes de mise sous protection de leur population civile. Lors des dernières attaques de missiles russes, les Ukrainiens n’ont pas reçu cette information, et les raisons avancées par les États-Unis (une couverture nuageuse alors que les capteurs sont essentiellement radar) ne tiennent pas la route.

La guerre en Ukraine actuelle est marquée par l’importance des données digitales et de leur échange. Aussi, la manœuvre sordide d’Elon Musk limitant les capacités de communication de son réseau de satellites Starlink correspond à peu près à imposer une régression de la 5G vers la 3G, réduisant les échanges de données aux SMS quand l’accès aux sites internet est vital…

Ces données sont « l’essence » même du système de localisation et d’interception des attaques russes, en particulier des drones qui sont autant de bombes volantes destinées à martyriser la population ukrainienne. Notons aussi que le réseau Starlink ne fonctionne pas au-dessus de la Russie et que sa désactivation n’abîme que la défense des Ukrainiens.

Elon Musk, tout en affirmant n’avoir joué aucun rôle, relaye à plusieurs reprises la volonté de Donald Trump de faire dégager du pouvoir Volodymyr Zelensky, estimant qu’il serait un obstacle pour trouver un accord de paix avec la Russie, reprenant ainsi l’inversion de réalité chère à Vladimir Poutine, avec qui Donald Trump discute presque chaque semaine… Dans leur esprit pervers, ils oublient que seul Poutine a déclenché et poursuit cette guerre contre l’Ukraine.

Des Européens qui n’ont toujours pas construit ensemble un véritable appareil de défense

Le renseignement états-unien joue aussi un rôle déterminant pour cibler les objectifs et les routes qui permettent aux drones ukrainiens d’atteindre des cibles intéressantes en Russie. Les Européens essayent de pallier cette restriction, mais il faut déplorer qu’en quatre années et demi de guerre, ils ne se sont toujours pas mobilisés pour constituer ensemble un système de renseignements du niveau de celui des États-Unis… ni pour fabriquer des intercepteurs de missiles balistiques performants.

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Ce retard tragique dans la construction d’une défense européenne n’est malheureusement que très peu repris en France dans les débats de la campagne présidentielle, à l’exception notable de Raphaël Glucksmann qui est le seul à avoir une vision claire de l’effort européen indispensable pour mettre en commun les ressources militaires des Etats membres et constituer enfin un appareil de défense robuste et autonome.

Ces restrictions d’accès aux systèmes de renseignement et de communication états-uniens continuent de constituer un véritable talon d’Achille pour la sécurité de l’Ukraine, comme de l’Europe.

La trahison de Donald Trump envers les Européens et ses alliés historiques

Le troisième facteur d’aggravation des bombardements russes contre l’Ukraine est constitué par la trahison de Donald Trump : là où un Vladimir Poutine craignait encore un peu la réaction des États-Unis face à ses attaques mortelles portées pour l’essentiel contre la population civile de l’Ukraine, le dictateur russe peut désormais compter sur le soutien affiché de Donald Trump.

Le président américain appelle régulièrement son homologue russe et ne cache même plus son admiration, sa fascination pour cet autocrate sans foi ni loi et à la fortune gigantesque, peut-être le modèle dont Trump rêve pour lui-même et sa famille qui s’enrichissent de manière éhontée dans tous les conflits qu’il fait semblant de « gérer » du Golfe persique à la guerre en Ukraine, en passant par Gaza et le Venezuela.

Il est avéré aujourd’hui que les émissaires spéciaux de Donald Trump, son ami le promoteur immobilier Steve Witkoff et son gendre Jared Kushner, cherchent essentiellement dans leurs « négociations » avec la Russie de Poutine à passer des deals de business, y compris en échange du renoncement des États-Unis à défendre leurs alliés européens qui sont portant menacés chaque jour un peu plus par l’agressivité d’un Vladimir Poutine débridé.

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Ainsi, la Roumanie, pourtant membre de l’OTAN, vient de voir deux navires marchands se faire attaquer par des drones russes dans ses eaux territoriales… Les attaquent russes contre les pays européens ne se font pas encore contre leurs armées, mais elles sont menées depuis longtemps contre leurs intérêts civils et matériels, dépassant largement le stade de la « guerre hybride ».

Et pourtant la situation de l’Ukraine est loin d’être désespérée en particulier sur le front

Ce qui est tout à fait paradoxal dans la situation actuelle, alors que la Russie semble fragiliser la défense de l’Ukraine notamment du fait de la trahison de Donald Trump, c’est que la situation est inverse sur la zone de front : l’armée russe n’avance plus depuis plusieurs mois, elle recule même à certains endroits, notamment dans le Donbass. Dans la région de Donetsk, par exemple, l’armée russe a reculé en septembre de plus de 100 km2…

Evolution du front en septembre 2026 @PouletVolant

De fait, la grande offensive russe qui devait achever la conquête du Donbass pour Poutine et le mettre en position de force dans une négociation avec l’Ukraine a été brisée par l’opération Vivaldi menée par les Ukrainiens depuis juin. Certes, les forces russes sont loin d’être en déroute, mais elles ne réussissent plus à avancer. Les armées de Poutine ont même dû adopter une posture défensive, parce que les militaires ukrainiens redoublent d’ingéniosité pour leur infliger des pertes considérables et les faire reculer quand les Russes croyaient les déborder.

Plus encore, le soutien des Européens à l’Ukraine n’a pas faibli, malgré les débats qui ne cessent d’animer les différents pays membres de la coalition des volontaires. L’Ukraine est largement soutenue, en dehors des États-Unis, et pourrait ne pas craindre un cinquième hiver de guerre si ses capacités défensives n’étaient pas restreintes, abîmées par les décisions ignobles du président états-unien.

« Pour Trump, la « honte » serait d’attaquer des installations pétrolières russes quand des Ukrainiens meurent tous les jours sous les bombardements de son ami Poutine… »

Lorsque Donald Trump déclare que c’est « une honte » que Zelensky continue à faire attaquer des installations pétrolières en Russie, alors que tous les jours des Ukrainiens meurent sous les bombardements russes, il faut s’interroger sérieusement sur notre relation avec cet autocrate à la face orangée et qui veut nous imposer ses idées les plus folles et les plus cyniques.

Faut-il attendre encore avant de prendre des sanctions contre Donald Trump et sa politique de soutien à Vladimir Poutine, dont il reconnaît lui-même qu’il se sent proche ? Les dirigeants européens continuent à l’épargner dans leurs discours trop policés, alors que le Premier ministre canadien n’hésite plus à le fustiger. Trump ne mérite pas autre chose que d’être « remis à sa place », celle d’un dirigeant cynique et libidineux, un traître pour les alliés historiques des États-Unis d’Amérique.

Remarquons au passage la « convergence des luttes » en Europe, entre les parties d’extrême-droite et d’extrême-gauche qui, comme en Allemagne, s’allient pour empêcher la continuation du soutien à la résistance ukrainienne. Au moins les choses sont claires, Donald Trump n’est pas un défenseur d’un bloc occidental dont la démocratie est une valeur essentielle, et ces partis extrémistes sont des rassemblements de « déconstruction nationale ».

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Plutôt que de subir plus longtemps sa politique délirante, prenons en main nos destinées, défendons-nous sans avoir peur de se battre y compris contre le président des Etats-Unis, ne laissons plus Donald Trump jouer à la roulette russe avec notre avenir et notre sécurité.


Pour approfondir,

« Qui peut encore croire Donald Trump ? Certainement pas les Ukrainiens, sans doute pas les Russes, surtout pas les Européens » par Sylvie Kauffmann (Le Monde)





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