Une « opération militaire spéciale » pour défendre l’Europe

Contrairement à ce qu’annonce régulièrement Donald Trump (mais qui peut encore le croire ?), Vladimir Poutine n’a aucune intention de négocier la fin de son « opération militaire spéciale » contre l’Ukraine qui est pourtant désormais à cinq mois de sa cinquième année de destructions et de morts.

Le porte-parole de Poutine s’est empressé de rappeler que « conditions n’étaient pas réunies » pour ouvrir une telle négociation, en rappelant cependant que son maître – le maître du Kremlin – serait prêt à recevoir le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Moscou, oubliant probablement ses multiples tentatives de le faire éliminer…

Le Monde

Si Trump sous-entend volontiers qu’il parle régulièrement à son homologue russe, son impact réel sur le président russe est manifestement limité, d’autant plus que Poutine est convaincu que son propre sort est lié à l’issue de cette guerre contre l’Ukraine qu’il a lui-même déclenchée.

Une escalade particulièrement dangereuse

Rien de nouveau par rapport aux mois, voire aux années précédentes ? Bien au contraire, la situation évolue significativement avec cette escalade liée en particulier à l’essor des drones et aux attaques menées directement contre les pays européens. Ces derniers sont obligés d’activer des défenses dont ils n’auraient jamais imaginé la nécessité seulement quelques années plus tôt : défendre leurs infrastructures sensibles (dont la liste est un puit sans fond) contre des attaques cyber (informatiques), des sabotages et plus encore contre la menace de ces drones qui peuvent avoir été déposés à proximité de n’importe quelle cible et qui sont difficiles à détecter comme à détruire.

Lire aussi : Guerre en Ukraine, des deux côtés du front, l’essor des drones dopés à l’IA, par Emmanuel Grynszpan (Le Monde)

L’alarme lancée par le président Emmanuel Macron aux Français, et plus encore à toutes les « écuries présidentielles », est relayée à l’identique dans une grande partie de l’Europe, avec une accentuation très nette dans les pays frontaliers de la Russie (et de la Biélorussie), de la Finlande à la Pologne qui eux sont déjà passés au déploiement de systèmes d’alerte des populations civiles et à la mobilisation de leurs moyens militaires.

En effet, il faut avoir des écailles sur les yeux pour ne pas voir la multiplication des attaques russes depuis l’attentat de Leipzig début août en Allemagne ou être subjugué par Poutine – tel les dirigeants du RN et de LFI en France – pour ne pas réaliser la gravité de la situation et de ces attaques. Des attaques qualifiées « d’actes hostiles » parce qu’il ne s’agit pas de confrontations entre unités militaires, mais qui constituent pour autant des agressions caractérisées commises par l’Etat russe.

Notons au passage l’analyse particulièrement sournoise de Jean-Luc Mélenchon (LFI) attribuant aux Ukrainiens la responsabilité de l’escalade actuelle : il a même déclaré, le 23 septembre, qu’il fallait « peut-être se demander » si l’intensification de la menace russe en Europe n’était pas liée aux « tirs en profondeur que fait l’Ukraine » sur le territoire russe. Et de rajouter « qui peut imaginer qu’un pays laisse sa propre capitale être attaquée et n’apporte aucune réponse à une situation pareille ? ».

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Cette manière de justifier la violence de Poutine et d’inverser les responsabilités dans cette guerre – comme si c’était l’Ukraine qui attaquait la Russie – n’est pas sans rappeler l’incroyable manière dont Marion Le Pen essaye désormais de camoufler sa soumission à Poutine en émettant fort opportunément quelques critiques bien limitées. Ces dernières sont aussitôt « regrettées » par l’entourage du Maître du Kremlin avec des larmes de crocodile, quand en réalité Poutine a bien l’intention que des extrémistes prennent le pouvoir en Europe pour détruire cette liberté et cette prospérité qu’il déteste.

Lire aussi :  Où va Poutine ? L’Europe en danger


Comment s’opposer efficacement à cette stratégie de peur et de soumission ?

Cette guerre russe contre l’Ukraine ne peut se terminer que par une victoire (Poutine défait ou l’Ukraine dévastée) ou par une négociation (la Russie s’arrête sur la ligne de front comme la Corée du Nord sur le 38e parallèle). Dans les deux cas, ce ne seront les conséquences que du seul langage que Poutine comprend : la force.

Cela ne signifie nullement que les pays européens doivent s’engager dans une guerre « classique de haute intensité », dans une confrontation directe de leurs armées avec une Russie qui serait aux abois, et donc plus dangereuse que jamais. Au contraire, les Européens ont fait le choix à ce stade de mener une « opération militaire spéciale » de nature à briser les espoirs que caresse encore Poutine de soumettre l’Ukraine. Cette dénomination « opération militaire spéciale » peut faire sourire, mais elle existe déjà.

En effet, la situation sur « la zone de front des combats » est de plus en plus trouble : le cercle de Poutine lui rapporte des avancées substantielles et des gains incontestables (à condition de lui laisser plus de temps), alors que les Ukrainiens sont probablement en train de renverser la dynamique du front, sans pour autant le clamer « sur tous les toits » tant ils savent que cette situation reste fragile. Mais les progrès des Ukrainiens sont « frappants ».

Analyse des engagements par Y.Rouille

#WarInUkraine #GuerreEnUkraine #Ukraine 🇺🇦 Semaine 38 – 14 au 20 Septembre 2026 POINT DE SITUATION 1. VOLUME DE COMBATS 2. SECTEURS 3. PERSONNEL 4. SUPERFICIES ET EFFICIENCE 5. FRAPPES EN PROFONDEUR 🇺🇦 6. BOMBARDEMENTS 🇷🇺 7. CONCLUSION FIL🧵

— yrouille 🌍🇪🇺 🇫🇷 (💛💙) (@yrouille.bsky.social) 2026-09-23T13:59:54.310Z

Lire aussi l’analyse de Michel Goya

Sur le « front en profondeur », la situation est accablante pour le pouvoir de Poutine, incapable de protéger jusqu’à la capitale Moscou, où des drones et des missiles ukrainiens explosent au quotidien, même pendant cette mascarade d’élection dont les opposants au régime étaient interdits de se présenter (peut-être le modèle pour Le Pen et Mélenchon ?).

De fait, c’est la combinaison de la pression sur ces deux fronts, – sur la zone de combats et en profondeur –, qui permettra que Poutine soit renversé (par son propre cercle désespéré de cette impasse) ou que le maître du Kremlin soit obligé à une négociation pour survivre à ses échecs. Et c’est là que les Européens font pression, dans le cadre d’une « opération militaire spéciale ».

Une opération militaire spéciale contre Poutine

En effet, les Européens ne peuvent pas se contenter de seulement se protéger contre les attaques de Poutine, ils doivent aussi riposter pour parler le seul langage que comprend Poutine, celui de la force. Ce sont les Européens qui permettent aux Ukrainiens, par leur financement et par leurs apports technologiques, de fabriquer des armes renvoyant la guerre jusqu’en Russie. Ils leurs apportent aussi des renseignements cruciaux pour dessiner les trajectoires les plus adaptées tandis que les Etats-Unis se montrent de plus en plus réticents, en particulier à frapper des infrastructures pétrolières en Russie.

Lire aussi : les drones ne sont que la partie visible d’un iceberg qui a déjà renversé la guerre

Sans le dire, mais sans coup férir, les Européens (avec les Canadiens, les Australiens et probablement le Japon et la Corée du Sud) apportent un soutien crucial aux ripostes ukrainiennes, pour les surveiller aussi afin qu’elles ne dérivent pas, mais surtout pour les doper, les développer et leur permettre de s’adapter aussi vite que possible aux évolutions technologiques et tactiques russes.

Ces frappes dans la profondeur en Russie, combinées à des attaques cyber (informatique) menées sans publicité contre des organismes et entreprises russes, font partie de cette « opération militaire spéciale » destinée à faire plier ou disparaître Vladimir Poutine. Croisons les doigts pour qu’aucun parti extrémiste n’arrive au pouvoir entre-temps dans un pays majeur de l’Europe et n’essaye de neutraliser cette opération militaire spéciale destinée à contrer celle-là même que Poutine mène contre notre sécurité et notre avenir.


[Illustrations par Truant, truant.cartoons@gmail.com, Lecture par Via Logos, joseph.foret@vialogos.fr]

Pour approfondir,

« Il faut appeler une guerre une guerre, qu’elle soit informationnelle, cyber, hybride, de l’ombre ou “sous le seuil » par Sylvie Kauffmann (Le Monde)





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Un commentaire sur “Une « opération militaire spéciale » pour défendre l’Europe”

  1. Je voudrais vous remercier de m’avoir ajoutée à cette liste. Vos textes sont synthétiques et percutants, je partage toujours vos analyses, et ils sont d’une grande utilité pour moi dans le sens où ils m’aident aussi à surnager dans une actualité délirante. Bien cordialement Joëlle Alazard

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