« Un casque bleu chez les khmers rouges ». Débat avec l’historien Stéphane Audoin-Rouzeau

Débat entre un auteur engagé, Guillaume Ancel et un historien encore plus engagé, Stéphane Audoin-Rouzeau, organisé par Les Belles Lettres le 23 juin 2021, sur Un casque bleu chez les khmers rouges, journal d’opération d’un soldat de la paix

Après deux témoignages saisissants sur le Rwanda et Sarajevo, Guillaume Ancel livre un récit surprenant et pourtant plein d’humanité sur sa mission de casque bleu au Cambodge.

Un Cambodge qui tente alors, en 1992, de se relever après deux décennies de violences inouïes perpétrées principalement par les Khmers rouges.
Ce journal d’un casque bleu chez les Khmers rouges, paru dans la collection « Mémoire de Guerre », est préfacé comme les précédents opus (Rwanda et Sarajevo) par l’historien Stéphane Audoin-Rouzeau, spécialiste des conflits armés.

Fin connaisseur des écrits et du parcours de Guillaume Ancel, Stéphane Audoin-Rouzeau anime un débat qui met en lumière certains des sujets essentiels que Guillaume Ancel aborde dans son récit, tant du point de vue de sa méthodologie d’écriture (rôle du témoignage, processus mémoriel, équilibre entre objectivité et subjectivité) que des enjeux très concrets soulevés par sa mission dans une zone à haut risque (négociation et gestion de crise, travail en équipe au sein de l’armée du monde, vécu des échecs et mise à distance de la violence dans un contexte de chaos).


Le débat du 23 juin 2021 Stéphane Audoin-Rouzeau / Guillaume Ancel (vidéo YouTube)


Introduction et présentation du contexte par Stéphane Audoin-Rouzeau
5:30
Pourquoi ce livre ? Pourquoi ces récits sur le Cambodge, le Rwanda et Sarajevo ?
Hommage aux compagnons d’armes mais détestation de la culture du silence.
Sarajevo est l’illustration de l’impuissance du fait d’une politique délirante de soutien aux agresseurs parce qu’ils auraient été les alliés de la France.
Le Rwanda est le récit d’un désastre français qu’une poignée de décideurs à l’Elysée a tenté de cacher.
Le Cambodge précède ces deux récits, il est l’apprentissage de l’observation de la réalité réalité au détriment des représentations projetées, souvent aussi théoriques que fausses.
10:45
Un monde démantelé, une société disloquée ?
Décalage avec la prospérité et la sécurité de nos sociétés actuelles, disparition des services et des infrastructures pourtant tellement essentielles qu’on y prête plus assez attention dans nos mondes, implosion de la culture et de la civilisation cambodgienne. Leurs enjeux en deviennent radicalement différents, dans une société de pénurie absolue et de violence au quotidien.
14:20
Génocide par les khmers rouges, ingénierie sociale de la destruction, quelles traces en 1992, 13 ans après qu’ils aient quitté le pouvoir ?
Une trace omniprésente et silencieuse. Volonté de ne pas enquêter sur le passé, théâtre de l’inhumanité totale.
17:20
Rencontres avec les khmers rouges, une négociation effrayante. La brutalité normalisée, l’impassibilité de la violence, la quasi absence d’enquête, oublier pour avancer.
25:00
Ta Mok, leader des khmers rouges et dirigeant d’une chaîne de supermarchés en Thaïlande. Un vieux monsieur charmant, une troublante confusion des rôles. De la complexité de la réalité.
28:55
Les ridicules militaires et onusiens, une bureaucratie inefficace, des situations incongrues. Et pourtant une mission indispensable. S’adapter pour avancer, le contournement des mines, sens de la mission et absurdité de la situation. Se battre pour accomplir cette mission sans réellement mettre en cause le bien-fondé de notre venue. Avancer au prix d’expériences difficiles, comme l’échec des explorations par les cours d’eau. Le succès du déplacement en réseau. Une volonté inoxydable, parfois naïve mais performante aussi.
38:00
Écrire à partir de ses souvenirs, exploration de sa mémoire.
Commencer par ses souvenirs pour faire un effort de mémoire plutôt que mettre de la sauce autour des écrits de cette époque, journal d’opération et correspondances. Reconstituer le fil chronologique des événements, les souvenirs qui ressortent du sable à condition d’aller les chercher, fantômes inclus. Le journal d’opération n’est ouvert qu’ensuite, son rôle principal semble d’avoir imprégné ma mémoire quand je l’écrivais, comme si les mots utilisés alors s’inscrivaient pour toujours, ou presque.
45:15
Reprendre la négociation alors qu’un des nôtres a été abattu, instinct de survie, une forme de déni aussi, mais surtout rester déterminés, pour ne pas subir mais avancer. Ne pas accepter la pression des autres et ne jamais renoncer, du Cambodge au Rwanda…
47:35
Comment faire mieux ? Dire la réalité pour apprendre réellement de nos expériences. S’investir sur l’avenir sans ignorer le passé, exemple du Rwanda. Rôle néfaste de la culture du silence imposée aux militaires. L’inefficacité de l’ONU reste liée à la volonté de ses États membres de ne rien se voir imposé. Absence de clairvoyance politique, comme le soutien de la France à la famille Sihanouk qui était au cœur de la corruption. Ces récits sont des pièces de puzzle pour comprendre ce qui s’est passé en réalité.
55:10
Saint-Cyr, une formation à la hauteur ? Une préparation indispensable, mais insuffisante parce que l’incertitude est au cœur de ces situations. L’armée est une école de la préparation et de l’organisation, mais la guerre est une situation d’irrationalité et d’inhumanité. Et la dignité d’un militaire réside dans son humanité bien plus que dans sa discipline.
Importance de la fraternité d’armes. Un tableau critique et empreint d’humanité qui complète les deux précédents, en attendant la publication sur Saint-Cyr.

2 commentaires sur “« Un casque bleu chez les khmers rouges ». Débat avec l’historien Stéphane Audoin-Rouzeau

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