Guerre contre l’Ukraine : jour 100


La voix posée, fatiguée et sûre, le président ukrainien Zelensky reprend la même « scène » que début avril 2022, tandis que la guerre commençait et que sa vie était menacée. Il pose avec son équipe rapprochée devant les Champs-Elysées de Kiev, un défi à Vladimir Poutine qui annonçait fin mars son intention de le balayer en quelques jours, quelques semaines au plus…

Cette scène est aussi le signe de la grande incertitude qui prévaut désormais sur l’issue de ce conflit. L’Ukraine ne semblait avoir aucune chance face à l’ours russe, mais ce dernier est désormais à la peine, avec son armée de soudards qui brille par ses exactions plutôt que par ses performances militaires.
Comment ne pas citer ces « concours de tortures » que s’envoient les soldats de Poutine sur le réseau Telegram, tellement odieux que même les Ukrainiens n’arrivent pas à les évoquer…


Poutine, la menace dont on voudrait se débarrasser

L’image suivante est celle d’un Vladimir Poutine que le magazine américain NewsWeek présente, sous couvert de rapports secrets et d’indiscrétions bien venues, comme malade (d’un cancer), affaibli (une tentative d’assassinat aurait été déjouée) et instable.


Prenons garde cependant de ne pas prendre nos désirs pour des réalités… Il est évident que la guerre contre Ukraine prendrait immédiatement un autre tournant si l’actuel maître du Kremlin venait à disparaître. Mais espérer qu’il disparaisse demain est plus souhaitable que probable.

Poutine est d’ailleurs loin d’être isolé, le président sénégalais de l’union africaine, Macky Sall, vient de lui rendre visite pour essayer de le sensibiliser aux conséquences désastreuses de cette guerre pour les économies fragiles de son continent. Menaces sur les exportations de céréales et d’engrais alors que la Mer Noire est sous blocus russe, tensions inflationnistes sur l’économie mondiale, inquiétudes qui sont autant d’obstacles au développement et à la prospérité. C’est le spectre d’une récession mondiale qui se profile, tandis que Poutine continue de mentir avec le même aplomb en assurant son hôte qu’aucun risque ne pèse sur les circuits d’approvisionnement vitaux à l’Afrique.


L’épuisement de la confrontation militaire

Le président Macron dénonce « l’erreur historique » du président russe tout en appelant la communauté internationale à ne pas l’humilier. Il prépare ainsi le round de négociations qui se profile enfin, alors que le Kremlin affirme « avoir atteint une partie de ses buts de guerre ». L’armée de Poutine s’est en effet emparée de 90% du Donbass, l’Est de l’Ukraine, et regroupe toutes ses forces pour « achever cette conquête ».


Cependant, même en concentrant ces colossaux moyens d’artillerie et de bombardements sur cette zone précise – plus d’un millier de tonnes de bombes chaque jour de combat –, l’armée russe avance de moins en moins vite, tandis que la conquête de chaque ville se transforme à nouveau en un gouffre de temps, d’hommes et de moyens.

Les Ukrainiens pourraient lancer des offensives sur les autres fronts que l’armée russe a dégarnis, au Nord et au Sud, mais ils manquent en réalité de moyens offensifs : ils ne peuvent attaquer l’armée russe avec aussi peu de blindés et une quasi absence d’avions et d’hélicoptères de combat qui seuls peuvent s’attaquer à des cibles lourdes au-delà des 40 km de portée de l’artillerie. Ils disposent, avec l’aide occidentale, de quoi résister mais pas encore de quoi attaquer…

Cette aide occidentale oblige, pour la première fois depuis des décennies, les pays européens à regarder la réalité militaire : ils ne disposent plus d’armées puissantes, pas même des armes ou des munitions qui permettraient de se battre contre l’invasion russe. L’Europe si prospère découvre qu’elle est un nain militaire, et qu’elle est pourtant concernée au premier chef par les menaces de cet ordre.
La réaction sera-t-elle à la hauteur des enjeux que l’Europe (re)découvre ? Chaque pays membre, la France en premier lieu, prend conscience à travers cette crise qu’il n’a pas les moyens de se défendre seul. Les Européens seraient-ils enfin prêts à se défendre collectivement plutôt que de laisser des discours « nationalistes » nous transformer en collaborateurs des dictateurs de ce monde ?


Négocier la fin de cette guerre ?

La guerre russe contre l’Ukraine arrive maintenant aux limites de ce que l’affrontement militaire peut emporter. Dans peu de temps, la seule issue sera de négocier une solution de paix. Elle se fera avec difficulté, les intérêts des parties prenantes étant marqués par leurs différences.
Les Ukrainiens qui montrent un extraordinaire courage voudront tout récupérer et flanquer une raclée aux envahisseurs russes, même s’ils n’en ont pas les moyens.
Les Russes seront d’une mauvaise foi effrayante et il faudra pourtant leur faire des concessions, « pour ne pas les humilier » alors qu’ils sont seuls responsables de dizaines de milliers de morts, quatre fois plus de blessés et de milliards € de dégâts. Mais ils voudront afficher avoir gagné quelque chose…
Les Européens voudront la paix « à tout prix », y compris de leur propre insécurité ?
Les Américains veulent éviter une escalade, mais aussi faire chuter Poutine qui est plus que jamais une menace pour la paix.

100 jours d’une guerre meurtrière, dévastatrice et lourdes de conséquences, le plus important est bien évidemment d’en sortir, mais à quel prix ?

3 commentaires sur “Guerre contre l’Ukraine : jour 100

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