
Pas tout à fait manifestement, mais la société israélienne réagit de plus en plus à cette politique de dévastation de la bande de Gaza en lieu et place de lutte contre le Hamas qui est le « meilleur ennemi » de Netanyahou.
Alors que le ramadan va débuter ce dimanche 10 mars, « l’offensive Netanyahou » continue malgré les interventions des États-Unis, de l’Union européenne, et de la plupart des pays arabes au premier rang desquels l’Egypte.
L’espoir d’un cessez-le-feu ne cesse de reculer tandis que le premier ministre israélien n’a pas combattu le Hamas, mais le peuple palestinien. Désormais la majorité de la bande Gaza est dévastée, ce camp de réfugiés à ciel ouvert est devenu un immense champ de ruines où survivent encore plus de deux millions de Palestiniens dont au moins 10% ont été blessés ou tués dans cette « guerre » qui relève plus du carnage que d’une opération militaire.

L’objectif de Netanyahou est clair désormais, il n’a jamais été question de « détruire » le Hamas ni de libérer les otages, mais de ravager la bande Gaza pour en chasser de fait les habitants palestiniens. Dans son esprit, – il l’a écrit dans son livre « Bibi : a story », l’insécurité du peuple israélien n’est pas liée au Hamas mais à la présence de Palestiniens. Cependant, Netanyahou n’est pas assez fou pour essayer de les massacrer, il va simplement les chasser.
Ce qui reste de la bande de Gaza n’est plus qu’un cloaque infâme dans lequel ne peuvent survivre à terme ses habitants. Dans un tel environnement, aussitôt que « l’offensive » sera terminée, ils auront pour seule alternative de fuir ces lieux de désolation, dans un exil qui ne dira pas son nom.
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Toute la zone, comme les immeubles qui sont bombardés, a totalement implosé. Même l’aide humanitaire ne peut plus être acheminée sur cette bande de territoire qui ne fait pourtant qu’une trentaine de kilomètres sur dix de large. Les routes sont totalement défoncées et surtout la situation est tellement chaotique que tout convoi est immédiatement pillé, l’insécurité et la mort règnent désormais en maître sur ces lieux dévastés. Netanyahou a fait de Gaza un enfer.
L’ONU espère encore pouvoir organiser un couloir humanitaire par la mer en provenance de Chypre, distant certes de près de 400 km, mais la voie maritime présenterait au moins l’avantage de pouvoir transporter des volumes considérables (l’équivalent de plusieurs dizaines voire centaines de camions) à condition de pouvoir débarquer sur la côte, si possible en plusieurs endroits.

Israël a participé activement à cette solution, même si la question du contrôle de la cargaison reste compliquée mais la question clef est en réalité de stopper cet affrontement entre une organisation terroriste – le Hamas – qui se nourrit de la guerre et un gouvernement Netanyahou qui s’est emparé de l’attaque bestiale du 7 octobre pour mener une politique de destruction d’une ampleur inégalée.
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Compte tenu de la puissance des bombardements menés jusqu’ici, avec des munitions intégralement fournies par les États-Unis, le bilan a probablement dépassé maintenant les 50,000 morts et 150,000 blessés. Un carnage.

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Lorsque l’option politique est dans l’impasse, reste l’humanitaire. La volonté du cabinet de Netanyahu est claire. Après les bombardements, après les milliers de morts, après le resserrement drastique des acheminements par voie terrestre, les USA, la France et des pays arabes n’ont que l’option humanitaire entre leurs mains. Un constat d’impuissance face à la politique menée par Israël. Après les parachutages de vivres sans se soucier comment l’aide serait distribuée ce qui contribue à créer le chaos, c’est l’option maritime qui sera privilégiée, sans se préoccuper de aspects organisationnels de la répartition équitable des secours.
Quelques considérations :
a) alors délégué CICR en Ethiopie en 1983-84, j’avais participé à des opérations de largages depuis des Hercules. Cette option, très limitée dans le temps en termes de volumes pour des populations très éloignées de centres de distributions était par nature coûteuse. Seule la voie terrestre depuis le port d’Assab permit l’assistance d’un million de personnes.
b) acheminer des secours est une chose mais l’organisation des distributions s’avère parfois complexe (volumes, nombre de bénéficiaires et état nutritionnel de ces derniers qui, lors de famines, perturbe les distributions. On l’a vu récemment lorsque des camions furent pris d’assaut par des affamés avec pour bilan une centaine de morts dont une partie fut le fait de soldats de Tsahal visiblement mal commandés. Il faut sur place une organisation au professionnalisme avéré pour concilier tous ces paramètres. Pour Gaza, qui va s’en occuper, sachant qu’il y a 2 mios de bénéficiaires ? L’UNWRA discréditée par le gouvernement israélien ? Le Ministère de la Santé, le Croissant-Rouge en collaboration avec le CICR ?
Joe Biden a donc cédé en voulant faire le grand écart entre les différents courants de son électorat. et en ménageant de ce fait Netanyahu.
Bien à toi, Guillaume
Jean-Yves G.
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Bonjour,
Que proposez-vous concrètement ? Que les juifs se laissent assassiner impunément ?
Que proposeriez-vous si un tel massacre s’était produit dans votre ville ?
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Détruire le Hamas sur le plan politique en mettant en avant des mouvements palestiniens capables de dialoguer avec l’Etat israélien et tuer « tranquillement » et sans empressement les chefs du Hamas qui ont commandité l’attaque bestiale du 7 oct et qui sont réfugiés au Qatar
Aucune nécessité de tuer des dizaines de milliers de civils palestiniens pour faire cela…
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Bonjour,
que pensez vous de cette analyse statistique des chiffres de morts du hamas qui montre que les chiffres sont bidonnés
Le thread ci-dessus fait un résumé en français mais l’article originel est en anglais par un prof de stats
merci pour votre réponse,
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J’écarte systématiquement les chiffres et bilans annoncés par le Hamas…
Le bilan actuel tourne plutôt autour de 50,000 morts sur la bande de Gaza comme expliqué dans mon article et je suis en hypothèse basse du Bomb Damage Assessment
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Je relève une contradiction dans votre analyse: Netanyahou ne fait pas la guerre au Hamas mais au peuple palestinien, écrivez-vous, pour ensuite ajouter que le Hamas -une organisation terroriste pour reprendre vos mots- se nourrit de la guerre. Le Hamas profite donc de la guerre que le premier ministre israélien livre au peuple de Gaza. Je me demande laquelle de ces deux entités est la plus cynique.
Netanyahou cessera peut-être de détruire la bande de Gaza ressemblera à la ville de Mossoul après les attaques de la coalition internationale, dont faisait partie la France, contre Daesch, dans l’indifférence des uns et les applaudissements des autres.
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A Mossoul, la coalition d’alliés n’a jamais pris la population civile en otages ou en cibles… c’est cela la différence avec l’opération Netanyahou
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Votre argument est valable, à mes humbles yeux, mais il reste que la situation d’otages de la population gazaouie est le fait de cette triade: Israël, Egypte, Hamas. Les deux États ne veulent pas accueillir la population de Gaza, car comme vous l’avez déjà déclaré à la radio: l’Égypte ne veut pas du Hamas. J’ajoute: a fortiori Israel. Quant au Hamas, comme l’a déclaré Ismael Haniyeh, la révolution exige le sang des grands-mères, des mères et des enfants. Déposer les armes et/ou rendre les otages, que la Croix-Rouge ne peut visiter comme l’exige le droit international que tout un chacun revendique abondamment ces temps-ci, demeurent des options pour le Hamas.
Si la population de Mossoul n’était pas otage de l’intervention de la coalition internationale, son sort demeurait peu enviable.
https://www.amnesty.org/fr/latest/campaigns/2017/07/at-any-cost-civilian-catastrophe-in-west-mosul-iraq/
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Bientôt nous serons demain et ce seront d’autres jours.
Les jours où il faudra reconstruire les habitations détruites, assurer le pain quotidien aux survivants de Gaza, reconstruire les écoles, les hôpitaux et les services, faire renaître un espoir dans un avenir qui ne serait plus un éternel recommencement des cycles de violences, de peur de l’autre.
Où sera reconstruit Gaza ? Qui reconstruira la vie de 2 millions de personnes ? Qui aura des comptes à rendre ?
Ces questions seront à l’ordre du jour bientôt, dès demain.
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comme en Ukraine, les Israéliens pratiquent chez leur adversaire une politique de la terre brûlée. Au pire, ce sera à la communauté internationale de financer une reconstruction quasi totale des infrastructures palestiniennes.
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l’Offensive de Netanyahou, contre les palestiniens de la bande de Gaza va se payer pendant des SIECLES ! En effet avec un bilan humain effroyable, comment vont se comporter les « survivants » ?
Ils ne vont avoir qu’une seule idée en tête « se venger« Et ce cycle vengeance – répression va s’auto alimenter sur des générations et des générations, élevées dans la haine de l’autre ! …Une mention particulière aux « colons » israéliens qui se sont opposés à l’envoi d’aide humanitaire dans la bande de Gaza. Enfin en Cisjordanie ces mêmes colons, se sont fait un malin plaisir d’abattre les oliviers des palestiniens ( les privant de revenus). Sachant qu’il faut 7 à 10 ans avant qu’un arbre produise de nouveau !
L’Empire Romain avait très bien compris qu’il ne fallait pas humilier ses adversaires. Une fois le territoire conquis, ils laissaient l’administration en place. Celle-ci était chargé de faire régner l’ordre de Rome et de percevoir l’impôt !
Les américains ont fait exactement la même erreur lors de la 2e guerre d’Irak : Ils ont chassé TOUS les officiers, policiers et membres du parti Baas . Résultat ces derniers se sont retournés contre l’occupant et sont allés rejoindre l’Etat Islamique (Daech). Bravo !
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