Ukraine, une guerre dont il ne faut pas se tromper d’effets

La guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine est assez mal présentée, du fait aussi de notre goût pour l’angoisse et de tout ce qui fait peur. 

© Le Monde

Premièrement, et même si cela peut être critiquable, nous (Français et Européens) nous ne sommes pas au bord de la guerre, pour les raisons simples que nous n’en avons ni les moyens, ni l’intention. 

Une confusion se développe actuellement sur une guerre – qui a commencé depuis plusieurs années pour les Ukrainiens –, mais dont nous sommes en réalité très éloignés et pas seulement par les 3,000 km qui nous séparent de Kiev. 

            Nous ne sommes pas en guerre

NOUS ne sommes pas en guerre, ni aux « portes » de cette guerre. Les titres angoissants de certains médias sont déraisonnables, les chars russes qui ont envahi l’est de l’Ukraine ne déboulent pas sur nos plaines ou le long de nos vallées. 

Ce sont les Ukrainiens qui souffrent et qui vont souffrir de cette invasion violente par la Russie de Vladimir Poutine. Considérons que nous ne sommes pas la cible de cette opération militaire et que rien n’indique que les armées russes dépasseront les frontières de l’Ukraine, objectif de leur offensive.

Nous questionner sur ce qui nous menace

Pouvons-nous rester sereins pour autant ? Loin s’en faut, car nous comprenons confusément que nous sommes menacés, malgré l’attirance pour Vladimir Poutine de figures politiques françaises comme Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon : cette Russie est une menace permanente pour notre conception de la démocratie. Et ce n’est pas le scepticisme destructeur de Z le polémiste, pour qui cette guerre relevait de la « propagande », qui permettra d’y réfléchir.

lire aussi : Hubert Védrine rime-t-il avec Poutine ?

           Le danger, c’est la Russie de Vladimir Poutine 

De son intervention en Ukraine à son soutien au dictateur de la Biélorussie, en passant par l’action affligeante de ses mercenaires en Afrique, la Russie de Vladimir Poutine constitue une menace permanente, et elle se condamne à l’exclusion de notre « société » au sens large, tandis que son PIB n’est plus que la moitié de celui de la Grande-Bretagne. Notons que M.Poutine est une des plus grosses fortunes mondiales, c’est peut-être cela qui attire François Fillon, administrateur sans scrupules d’une société de pétrochimie si proche du premier…

            Retour à l’essentiel ?

Le deuxième effet de cette crise est « d’obliger » les Américains et les Européens à s’entendre sur des questions essentielles de sécurité globale. Loin de l’abandon de l’Europe par un Donald Trump qui ne cachait pas non plus sa proximité avec Vladimir Poutine, la crise actuelle montre que les Etats-Unis constituent toujours un allié historique et essentiel, et qu’ils sont très bien informés : ils annonçaient depuis plusieurs semaines cette guerre que des diplomates russes essayaient de masquer aussi longtemps que possible, comme des fumigènes anesthésiants. 

Faut-il pour autant reprocher au président Emmanuel Macron d’avoir essayé une médiation avec Poutine ? C’était indispensable dans ce contexte pour ne pas regretter de n’avoir rien tenté et s’assurer aussi que nous ne laisserions pas se développer un nouveau « conflit sous le tapis » qui aurait pu échapper à notre attention. 

            Quelle relation pouvons-nous entretenir désormais avec… la Chine ?

Ce rapprochement de fait USA-UE s’inscrit dans une longue histoire, qui avait été abîmée par la politique chaotique du prédécesseur de Joe Biden. Cette crise interroge aussi sur la relation que nous voulons développer désormais avec la Chine, dont le PIB est 10 fois plus important que la Russie, et qui pourrait à son tour se lancer dans une expédition guerrière contre Taïwan, si elle décidait finalement que c’est son intérêt. La Chine n’est pas la Russie, sa politique n’est pas dictée par un autocrate violent et incontrôlable, mais par une stratégie froide et raisonnée. 

            Des réactions occidentales qui seront sans effets directs

Les sanctions contre la Russie du « bloc » occidental (qui n’en a jamais était un) seront mesurées et temporaires, sans effets donc sur la guerre d’Ukraine. Cependant, nos nations pourraient décider d’exclure de concert Poutine et ses sbires de notre sphère, de l’économie au sport en passant par tous les échanges nécessaires, faisant ainsi de leur « leader » un paria plutôt qu’un ours enragé.

Cela impliquerait bien sûr de renoncer à « sauver » l’Ukraine, mais n’est-ce pas déjà fait ? Lorsque la menace se précisait ces dernières semaines, aucune nation occidentale n’a envoyé d’unités militaires sur le terrain ukrainien pour s’opposer ou dissuader une agression armée…

Est-ce que les Ukrainiens peuvent se défendre ?

J’ai peur que cette question soit aussi réglée depuis longtemps, car la supériorité militaire russe est sans conteste dans ce cadre. Il apparaîtrait même raisonnable, pour les Ukrainiens, de renoncer à se défendre car plus ils essaieront de résister, et plus les forces russes les écraseront dans la violence et les destructions. Je souhaite aux Ukrainiens d’avoir la sagesse et le courage de se retirer, car personne en réalité ne viendra les défendre et ils ne peuvent plus espérer désormais que limiter les dégâts.

Lire aussi l’article de Michel Goya, historien militaire, sur les forces en présence et leurs modes opératoires qui laissent peu d’espoir aux Ukrainiens 


            Bannir Vladimir Poutine

Nous, Européens, serons affligés mais pas directement affectés par cette guerre russe, même si les médias en font un tonne… L’indifférence aurait été indigne mais, dans quelques jours, nous nous lasserons de ces images en boucle tandis que nous nous réveillerons à la même heure pour vaquer aux mêmes occupations. 

La guerre se déroulera, sans que nous puissions rien y faire. Néanmoins, nous pouvons réfléchir et débattre de ses effets et des étapes suivantes, liées à la relation « impossible » avec la Russie de Poutine et bien sûr à l’avenir de celle avec la Chine, alors que les Américains se voyaient leur faire la guerre.

Cette guerre russe contre l’Ukraine nous rappelle enfin notre intérêt évident et partagé à développer un monde plus stable et plus équilibré, duquel il faut bannir ceux qui le mettent en danger, comme le fait Vladimir Poutine. 

Écouter Nicolas Tenzer sur les scénarios possibles

7 commentaires sur “Ukraine, une guerre dont il ne faut pas se tromper d’effets

  1. Merci pour cette analyse qui s ajoute a de multiples autres fort pertinentes aussi bien de M Goya, F Encel etc.
    Ma question est surtout l apres :
    du coté russe, comment Poutine gèrera la fatale dépression post-invasium qui ne manquera pas d arriver. Le peuple ukrainien ne le voit pas comme un libérateur, Poutine a mis la Russie au ban des nations pendant un moment, renforcé l OTAN (qui se resuscitera de sa mort clinique sur cette crise), l UE de meme (a voir la réaction d Orban par exemple)… Alors quelle porte de sortie pourra t on lui préserver, qui le punisse mais qui n humilie pas la Russie au point d entrainer une escalade non maitrisée vers WWIII ?
    du cote europeen, Oui Biden nous soutient mais Trump non. Et il est fort probable qu il nous revienne dans 2 ans et demi. Est ce qu enfin l Europe se dotera de moyens de défense intégrée aussi bien en termes de matériel que de troupe au delà de ce qui a été fait et qui est bien insuffisant ? Est on enfin sorti de l ere de la naiveté, du troupeau belant au milieu de puissances de plus en plus pretes à utiliser la violence et la force aussi bien économique qu armée pour atteindre leurs objectifs ? Bref quand l Europe reconnaitra que la France avait raison (bon ca on s en fiche vraiment) et qu il faut construire une vision stratégique de puissance (non agressive) ?

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  2. Fidèle lecteur de Guillaume Ancel, à travers ses trois essais
    remarquables, fidèle lecteur du blog , je partage les opinions humanistes qui divergent parfois de la ligne de pensée de rigueur dans les médias.
    Dans ce dernier chapitre j’apprends que Mélenchon admire Poutine.
    Le fait de réfléchir aux tenants et aux aboutissants d’une situation géopolitique compliquée,ce qu’essaye de faire cet homme politique, d’émettre une opinion souvent discordante rapport à la bien pensante opinion générale ne fait pas de lui un admirateur de ce dictateur.La CIA n’a pas la science infuse,n’oublions jamais l’Irak.
    Continuons à penser librement,sans politiser nos réflexions,comme l’a fait pourtant jusqu’à lors Mr Ancel sans se laisser influencer par les prochaines élections.

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  3. Nous ne ferons pas la guerre bien évidemment. Si on part du principe que le fauteur de trouble est avant tout Poutine et ses affidés, ne doit on pas viser d’abord et avant tout à faire en sorte que Poutine soit évincé du pouvoir par son propre peuple. Toutes nos actions ne devraient elles pas être guidées par cet objectif. Reste à en déterminer les modalités. Je n’ignore pas que le cas de l’Iran ne plaide pas pour cette stratégie mais la Russie n’est pas l’Iran.
    Je m’interroge sur le pouvoir de Poutine. Les dirigeants chinois s’appuient sur un parti communiste omniprésent à tous les niveaux de la société. En URSS le parti communiste irriguait aussi toutes les sphères de la société. De quel relais Poutine se sert il pour maintenir son pouvoir. Je ne trouve pas dans les différents médias des débuts de réponse à cette interrogation.
    Xavier

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  4. Merci Guillaume, j’attendais ton article avec impatience (je t’ai d’ailleurs envoyé un mail.)
    La Chine importe actuellement des tonnes de blés à la Russie. La Chine, bien que son soutien à la Russie soit encore timide, à le « cul entre deux chaises » car il ne faut pas oublier son conflit avec Taïwan…
    Ce qui est effrayant, ce sont les menaces de bombes atomiques. Et, comme je te l’ai envoyé via mail, l’Ukraine fournira des matières premières (nourriture) une fois conquise. Poutine ne s’arrêtera peut-être pas à l’Ukraine. D’ailleurs, la Biélorusse est à lui puisqu’il a lancé des attaques depuis le territoire biélorusse.
    La Lituanie, qui fait partie de l’OTAN, va être au contact direct avec les forces russes. Et Poutine cherchera la petite bête ou cherchera une excuse (voir carrément monté de toute pièce une fausse attaque) pour provoquer un nouveau conflit. Si l’Europe et les américains ne se montrent pas beaucoup plus fermes et déterminés, et surtout unis, la guerre risque de s’installer et de s’envenimer durablement en Europe.
    L’attaque lâche de l’Ukraine est une preuve que Poutine se fiche de l’Ouest.
    Je m’inquiète beaucoup. Le peuple ukrainien n’a rien demandé et reçoit des bombes sur la gueule, et nous sommes spectateurs de leurs misères.
    Je ne suis pas optimiste, excepté si l’Amérique et l’Europe s’entendent. Beaucoup de citoyens américains se fichent du conflit, selon un sondage de l’Associated Press. C’est l’Europe qui est attaquée, pas eux. Je suis beaucoup moins optimiste que toi… Les sanctions économiques ne vont-elles pas plutôt pousser Poutine dans ses derniers retranchements et l’amener à attaquer ?
    En espérant que tu aies raison. J’ai peur honnêtement.

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    1. Putine ne s’attaquera pas à un membre de l’OTAN, c’est bien la raison pour laquelle il s’est empressé d’envahir l’Ukraine avant que celle-ci arrive à se faire accepter.
      L’Ukraine est un plat juteux pour ce goinfre qui a les yeux plus gros que le ventre. Il s’appuie sur la propagande, la brutalité et n’est jamais dégoûté pour faire appel aux réseaux mafieux.
      Les sanctions économiques sont des pivots essentiels, et les oligarques en profiteront peut-être pour s’affranchir de ce dictateur sans pitié qui se régale littéralement à faire exécuter pas ses agents ceux qui s’enfuient à l’étranger et osent prétendre à un peu d’indépendance et à faire condamner pour des prétextes fallacieux (sa marque de fabrique) les autres sur le territoire russe (personne n’échappe à son obsession du contrôle).
      Putine est cupide, avide, il brasse des milliards, le gel de ses actifs le mettra en rage et nous pourrons constater si son sang froid n’est que d’apparence car il pérore sur son territoire ou si il a les nerfs solides. Ce que je ne crois pas du tout.

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      1. Les sanctions économiques n’auront pas grandes conséquences contre les oligarques si la Suisse ne fait rien. La Chine le soutient, timidement, pour l’instant. C’est le peuple russe qui va, encore, souffrir.
        Le meilleur scénario serait un soulèvement du peuple russe qui est victime de ce dictateur et de ses sbires depuis des décennies. Quand je dis peuple, je dis toutes les strates. Si les informations qui nous viennent d’Ukraine sont exactes, la plupart des soldats ne savent pas ce qu’ils font là-bas. Si l’Ukraine est courageuse et est soutenue efficacement, elle risque de devenir un bourbier et là, je crois que les russes vont vouloir que Poutine dégage du pouvoir. Si même dans son propre pays, il est isolé, ce sera la catastrophe pour lui. Et qu’ils en profitent pour dégager ces oligarques.
        Je ne suis pas un expert en géopolitique mais c’est mon avis.

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