La guerre du Golfe, déclenchée par une vaste opération de bombardement contre l’Iran par une coalition israélo états-unienne, rentre dans sa sixième semaine le 4 avril. Elle était censée ne pas dépasser sept semaines et Donald Trump a amorcé une négociation avec un pouvoir iranien qu’il décrit comme étant « nouveau », mais qui est surtout la continuation du régime des gardiens de la révolution qui règnent maintenant depuis presque un demi-siècle après les 25 ans de dictature du Shah.
Lire aussi : Iran, poker menteur entre un semeur de chaos, un vit-de-la-guerre et les gardiens cancers de la révolution
Comme pour marquer l’entrée dans cette sixième semaine d’opération, les Etats-Uniens perdent le 3 avril, pour la première fois, un avion et son équipage au-dessus de l’Iran. L’avion, un F15-E Strike Eagle, est un redoutable avion de combat, une fois et demi plus gros qu’un Rafale, et piloté par un équipage composé d’un pilote et d’un officier système d’armes en charge d’utiliser l’armement embarqué, des détecteurs aux missiles et bombes guidées. Ces militaires sont des pointures dans leur domaine aéronautique, mais pas des combattants entraînés à survivre en milieu hostile.

La chute de l’aigle frappeur
Il est vraisemblable qu’après plus de 20 000 frappes aériennes menées au-dessus de l’Iran par la coalition, les pilotes fassent montre de moins de prudence alors qu’ils ont détruit la plupart des systèmes « lourds » de défense aérienne. Ce F15-E semble avoir été abattu alors qu’il volait à basse altitude. Il a probablement été touché par un tir de canon mitrailleur ou un missile portable de type SAM16, difficiles à détecter avant qu’ils « n’ouvrent le feu ». Des armements qui n’ont rien de très performants mais qui ne peuvent pas être anéantis préventivement.
L’équipage a perdu le contrôle du F15-E et s’est éjecté. Leurs sièges sont en effet équipés d’un dispositif explosif (on parle de « pyrotechnique ») qui éjecte le pilote comme s’il était sur une fusée en lui faisant subir une accélération très violente qui rend à moitié groggy son utilisateur. Puis un dispositif l’extrait de son siège et permet au pilote de se retrouver suspendu à un parachute qui va ralentir sa chute, une autre expérience violente dans cette phase, après la commotion de l’éjection et la brutalité du stress lié au changement radical de situation.
Une course contre la montre s’engage pour récupérer les pilotes avant qu’ils ne soient capturés
Dans la plupart des cas, l’atterrissage se passe moyennement bien, autrement dit le pilote a le sentiment de se prendre un nouveau choc en arrivant au sol, ce qui n’améliore pas sa condition sachant qu’il va se retrouver dans une situation difficile puisqu’en l’occurrence il s’est éjecté en « territoire ennemi ».
Le pilote est fragilisé par cette séquence d’éjection et ne dispose plus au sol que d’un équipement de survie rudimentaire accroché à son parachute, un kit adapté aux conditions du territoire mais limité à quelques kilos, soit en plus d’un pistolet automatique, un peu d’eau et de nourriture lyophilisée, un GPS et une balise pour l’essentiel, pas de quoi tenir un siège, surtout dans un environnement semi montagneux et désertique comme celui où il est tombé.
Une course contre la montre se déclenche aussitôt entre son armée qui va tout faire pour le récupérer et l’armée ennemie – iranienne en l’occurrence – qui va tout faire aussi pour le capturer, vivant si possible, et infliger le maximum de pertes aux expéditions de secours.
« pour qu’en aucun cas ils ne se transforment en prises de guerre exhibées tels des trophées »
Concrètement, la coalition va stopper pratiquement toutes les opérations aériennes en cours pour se consacrer et se concentrer sur cette mission de Search And Rescue (SAR dans les hiéroglyphes militaires). Il faut retrouver et récupérer les pilotes éjectés, même s’ils sont décédés, pour qu’en aucun cas ils ne se transforment en prises de guerre pour l’ennemi qui ne se gênera pas pour les exhiber tels des trophées.
Certes, la perte d’un avion de guerre au-dessus de l’Iran peut être considérée comme un échec alors que Donald Trump proclame depuis trois semaines que l’armée iranienne est anéantie et ne peut pas lui résister. Mais la réalité est que le niveau de pertes de la coalition reste incroyablement bas alors que plus de 20 000 frappes ont été réalisées contre l’Iran.

Trump avait promis qu’il n’y aurait plus d’« american boots on the ground » et se trouve dans l’ennui, même s’il le nie
En fait, ce n’est pas la destruction d’un F15-E qui compte, mais le fait que des militaires états-uniens puissent être capturés et exhibés par le pouvoir iranien, qu’ils puissent même servir de monnaie d’échange dans une négociation qui se présente mal pour Donald Trump. Le président des Etats-Unis avait promis qu’il n’y aurait plus d’« american boots on the ground » ni d’aventure militaire coûteuse et sans issue… exactement ce que devient « son » opération fureur épique.
La Maison blanche affirme que le pilote du F15-E a été récupéré, mais le co-pilote est toujours recherché le 4 avril. Or, comme pour un incendie, plus le temps passe et plus l’opération devient risquée et coûteuse. Car pour récupérer un pilote au sol, il faut poser un hélicoptère, qui sera lui-même escorté et ravitaillé par d’autres appareils (les hélicos ont une autonomie relativement limitée) s’exposant à de nouveaux tirs ennemis puisqu’ils devront forcément rejoindre une zone proche du crash.

Une zone de crash tellement marquante que la première consigne du pilote qui s’est éjecté est de s’en éloigner le plus vite possible pour échapper aux poursuivants qui ne manqueront pas d’essayer de le capturer, sans lui laisser le temps de rechercher son coéquipier. Une course contre la montre entre des secours qui prennent de plus en plus de risque en approchant la zone, et des poursuivants qui vont se concentrer dans une vaste zone au fur et à mesure que le temps s’écoule.
Plus le temps passe et plus l’opération de sauvetage devient risquée
Les militaires états-uniens ont déjà reconnu avoir eu des blessés supplémentaires dans deux hélicoptères Pave Hawk qui se sont fait mitrailler à partir du sol lors de la récupération du premier pilote. En parallèle, près du détroit d’Ormuz (renommé détroit de Trump), un avion d’attaque A10 a aussi été abattu, mais le pilote a pu rejoindre la côte avant de s’éjecter. Les heures s’écoulent et les risques de pertes supplémentaires pour récupérer le copilote augmentent en proportion…
Si ce copilote était capturé par le régime iranien, la guerre déclenchée par Trump (et son ami Netanyahou) pourrait lui revenir en pleine figure comme un boomerang lancé trop fort. L’issue de cette recherche est donc cruciale pour la poursuite du conflit ou plutôt pour les conditions de sortie que Trump espérait des plus favorables après ces 5 semaines de bombardements intensifs.
Récupération du copilote dans la nuit du 4 au 5 avril
Après 36 heures d’opérations militaires intenses, les Etats-Uniens arrivent enfin à récupérer « sain et sauf » le copilote du F15-E dans cette partie montagneuse du sud-ouest iranien. Les gardiens de la révolution affirment avoir infligé des pertes à la mission de sauvetage, mais il est probable que les détails de la réalité de cette opération ne soient révélés que beaucoup plus tard. Elle a probablement eu lieu de nuit et a impliqué un déploiement de forces considérable, plusieurs dizaines d’appareils et des équipes spécialement entraînées pour cette mission à haut risque.
Pour avoir été impliqué dans la mission de récupération du capitaine O’Grady qui avait été abattu en Bosnie-Herzégovine dans son F16 en juin 1995, je suis malheureusement bien placé pour affirmer que la réalité est fort différente du film hollywoodien qui était censé raconter ce sauvetage, En territoire ennemi. Faute d’avoir pu l’extraire à temps, les Etats-Unis avaient été obligés de négocier son retour en accordant aux milices Serbes du général Mladic une suspension dramatique des frappes aériennes qui permit notamment les massacres de Srebrenica en juillet 1995. Je le raconterai dans un prochain livre.
Lire aussi : Epargner un criminel de guerre pour des raisons humanitaires…
Le temps des fables va maintenant succéder au stress intense de cette opération, des fables aussi inspirées de la réalité qu’éloignées des faits. Du côté états-unien la fabrique des héros construira un récit digne d’un film d’aventures, tandis que les gardiens de la révolution voudront raconter qu’ils ont démoli la moitié de l’armée US et même coulé un porte-avions à cette occasion.
Trump n’a pas communiqué pendant 36 heures, signe d’un profond embarras
Si ce copilote n’avait pas été récupéré, le président Trump qui se proclamait déjà vainqueur aurait dû faire face à une campagne de communication intense d’humiliation dans les médias et notamment sur les réseaux sociaux. Le président états-unien a donc essayé de minimiser le sujet et n’a pas communiqué sur le sujet pendant 36 heures, une première, signe d’un profond embarras.

Cependant, même si le copilote a finalement été récupéré, Trump aura mesuré la dangerosité de continuer cette expédition qu’il se targuait de n’être qu’une simple « excursion », ignorant que la guerre est d’abord une opération de mort et de destruction. Et il sera d’autant plus enclin à accélérer cette sortie de conflit, sans réelle victoire à ce stade pour la justifier.
Et puis, de « source sûre », Donald Trump a même été obligé de repousser sa partie de golf… un drame supplémentaire pour cet homme chaotique qui prétendait ne pas aimer la guerre au point de vouloir exiger le prix Nobel de la paix. Est-ce que cette guerre du Golfe pourrait le faire évoluer ?
La recherche du pilote américain ne doit pas masquer une situation des plus préoccupantes, qui pourrait se résumer par « into the dark »
L’affaire du F15-E est à l’image de l’opération : après cinq semaines de frappes, Donald Trump est dans une impasse militaire. Pete Hegseth, son ministre de la guerre (le département de la défense a été ainsi renommé par ses soins), vient de limoger le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Randy Georges, ainsi que plusieurs officiers généraux qui n’adhèrent pas assez à sa conception messianique et myope de la guerre.

Cette manière de politiser l’armée est contraire à l’histoire des États-Unis et choque les militaires. Il est probable aussi que ces limogeages soient en lien fort avec une déception politique des effets de cette guerre et plus particulièrement avec des opérations terrestres que voudrait lancer Trump sur les conseils mal avisés de ce Pete Hegseth que mes camarades américains qualifient crûment d’« abruti ».
Lire aussi : Trump, le chaos furieux
Dans ce contexte de tension militaro-politique, Donald Trump veut augmenter le budget « de la guerre » de 1 000 à 1 500 milliards $ par an, une augmentation colossale qui est la traduction de sa « vision politique » consistant à vouloir imposer la paix par la force…
Exit donc l’état de droit pour laisser de nouveau la place à une ère où la force primerait.
Pendant ce temps des navires de commerce commencent à traverser le détroit d’Ormuz en payant une taxe à l’Iran, ce qui est nettement moins dangereux que de forcer militairement le passage comme le prône pourtant le tout puissant président des Etats-Unis.
Ainsi, dans le Golfe persique plutôt que sur son terrain de golf, la logique du business rattraperait le goût récent de Donald Trump pour la guerre, ces affrontements militaires dont il a cru pouvoir ignorer les conséquences et les tourments.
Points clefs
Un avion états-unien F15 abattu le 3 avril au-dessus de l’Iran, un seul des deux pilotes a été récupéré immédiatement. Une course contre la montre s’est enclenchée pour empêcher les Iraniens de capturer le copilote états-unien, et Trump a préféré se taire, une première…
La récupération du pilote manquant s’est effectuée 36 heures plus tard, dans la nuit du 4 au 5 avril alors que les soldats iraniens saturaient la zone autour du crash pour infliger des pertes aux missions de récupération. Le bilan réel de cette opération ne sera probablement révélé qu’en partie et beaucoup plus tard…
6° semaine de bombardements contre l’Iran, l’affaire du F15-E est à l’image de l’opération : Donald Trump est dans une impasse militaire et Pete Hegseth, son abruti de ministre de la guerre, vient de limoger le chef d’état-major de l’armée de terre et plusieurs généraux…
Donald Trump a besoin désormais de trouver une sortie à cette guerre qu’il a déclenchée, avant de s’embourber comme ces avions Hercules venus récupérer le pilote abattu en Iran et que les Etats-Uniens ont dû incendier.
Dans le Golfe persique plutôt que sur son terrain de golf, la logique du business rattrape le goût récent de Donald Trump pour la guerre, dont il a cru pouvoir ignorer les conséquences et les tourments. La guerre n’est pas une « excursion ».

En savoir plus sur Guillaume Ancel - Ne pas subir
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
L’Occident réalise qu’il n’est plus maître du monde. Les États-Unis vivent un véritable raout d’horreur face à un dollar qui a perdu sa prééminence. L’avenir, ce sont les BRICS, avec leur propre monnaie et une population jeune.
Le monde bouge, comme il l’a toujours fait depuis des millénaires.
J’aimeJ’aime
Bonjour, c’est troublant mes les objectifs et stratégie des usa me rappelle de plus en plus l’allégorie du mauvais génie, elle prends plusieur forme y compris humouristique mais en gros un individu obtient la capaçité de réalisé se qu’il souhaite ou désir et lorsqu’il obtient ce qu’il demande cela se retourne contre-lui par exemple il demande de l’eau et se retrouve noyer…
A force de ne pas identifier leur besoin, et surtout ne pas évaluer correctement les conséquences de leur actions, les us se retrouve dans la panade; on en vient à se demander dans se capharnaum si Donald Trump n’attends pas que le mollah kameneil mort sous ses bombes ne « respawn » pour négoçier : un truc? (pour les non amateur de jeu video réapparition sur la carte du jeux d’un énnemie préçédement vaincu…). Au milieux de tant de phantasme aurait-il oublié que la vie n’est pas un jeu vidéo?
Salutation, Ludovic Melin.
J’aimeJ’aime
Une question implicite se dégage de ce blog : quand Trump 1 a saboté le dispositif multinational qui contrôlait le nucléaire iranien, avait-il déjà sans le comprendre enclenché le processus guerrier dans lequel il est englué aujourd’hui ?
J’aimeJ’aime
Ne soyons pas naïfs. Croire que l’on contrôlait le nucléaire iranien est une fable. Les mollahs ont toujours menti sur leur programme nucléaire et balistique, trompant les institutions onusiennes et les pays occidentaux en construisant des sites secrets.
J’aimeJ’aime
A propos du droit international.
C’est le philosophe néerlandais Hugo Grotius, (1583-1645), qui « inventa » le droit international et la notion de « guerre juste ». Il affirma que toutes les nations sont liées par les principes du droit naturel (Cf. Son livre sur Les lois de la guerre et de la paix). Le droit naturel est formé des principes de la droite raison et prescrit des modes de règlement pacifique des différends entre États.
I – Enjambons les siècles et voyons quels sont les fondements du droit international.
1) Le respect des traités.
Nous allons voir que l’histoire du droit international est pavée de bonnes intentions qui se réalisent rarement.
En 1920, la signature du traité de Sèvres entre les Alliés et l’Empire ottoman vaincu prévoyait la création d’un État kurde dans les zones à majorité kurde situées à l’est de l’Euphrate, au sud de la frontière arménienne. Trois ans plus tard, le 24 juillet 1923, le traité de Lausanne efface toute référence au Kurdistan sous la pression de Mustapha Kemal, nouveau maître de la Turquie.
Autre exemple plus récent. Le mémorandum de Budapest signé en 1994 par les USA, la Russie, la France, l’Angleterre et l’Ukraine qui s’est engagée à éliminer toutes les armes nucléaires de son territoire. En échange, la Russie avait l’obligation de respecter la souveraineté de l’Ukraine et en cas d’agression de sa part, l’ensemble des signataires devaient intervenir aux côtés de l’Ukraine. Le non-respect du mémorandum de Budapest par ses signataires laisse l’Ukraine seule à combattre les Russes depuis plus de quatre ans.
Par ailleurs, quand on invoque le droit international, c’est souvent pour de mauvaises raisons. Ainsi, selon Franz-Olivier Giesbert (Cf. Le Point du 5 mars 2026), « les pleureuses qui ont condamné l’invasion de l’Iran au nom du droit international – que les mollahs respectaient scrupuleusement, la bonne blague-, sont Jean-Luc Mélenchon, Dominique de Villepin, Olivier Faure, Rima Hassan ». Franz-Olivier Giesbert rappelle dans son éditorial que l’Iran fut responsable en 1986 d’une série d’attentats meurtriers en France : 10 attaques causèrent la mort de 14 personnes et en blessèrent 300 autres.
2) Le respect des droits de l’homme.
La déclaration universelle des droits de l’homme est généralement reconnue comme étant le fondement du droit international relatif aux droits de de l’homme. Nous avons l’embarras du choix concernant le non-respect des droits de l’homme. Prenons l’exemple de l’émission sur Arte qui le 15 janvier 2026 parlait de « l’enfer des prisons israéliennes » : les prisonniers palestiniens (seulement 1/4 des prisonniers palestiniens sont des terroristes, les autres sont des civils « raflés » surtout à Gaza par les soldats israéliens), sont violés par des chiens ou par une matraque ; on force un chirurgien palestinien à manger des excréments ; un autre prisonnier est abandonné pendant 10 heures sous la pluie et dans le froid après lui avoir cassé les côtes, etc, et certains prisonniers succombent sous la torture. Les matons responsables de ces tortures ignobles sont laissés en liberté -en attendant d’être jugés- et sont sûrs de leur bon droit « à cause du 7 octobre 2023 ! » Israël est paraît-il une démocratie…
II – Le droit international : Un droit problématique.
1) Vers la fin du droit international ?
Pour répondre à cette question, voici ce que la philosophe Anne-Sophie Moreau dans Philosophie magazine de janvier 2026 écrit.
Ukraine, Venezuela, Groenland… Le monde semble entré dans une nouvelle ère : celle des rapports de force. Qui ose pourtant contester le diagnostic ? Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la réélection de Trump, nous sommes entrés dans une nouvelle ère, où l’action politique n’est plus portée par des convictions, mais par des rapports de force. Adieu les beaux discours et les alliances du passé : face aux nouveaux « maîtres du monde », il est devenu inutile d’invoquer le poids de l’histoire ou la beauté de la coopération. Aux yeux d’un Trump ou d’un Poutine, les valeurs européennes, -pacifisme, libre-échange, intégrité territoriale…-, sont des mots creux, servant à masquer l’hypocrisie d’organisations internationales qu’ils considèrent au mieux comme inutiles, au pire comme des obstacles à leurs ambitions.
2) Le retour en force de Carl Schmitt.
Anne-Sophie Moreau explique que selon le philosophe Carl Schmitt, sulfureux « juriste du troisième Reich », la distinction spécifique du politique, à laquelle peuvent se ramener les actes et les mobiles politiques, c’est la discrimination de l’ami et de l’ennemi. Cet ennemi politique ne sera pas nécessairement mauvais dans l’ordre de la morale, et ne sera pas forcément un concurrent au niveau de l’économie. Il se trouve simplement qu’il est l’autre, l’étranger. L’intérêt de cette vision, c’est que l’on sort des jugements de valeur pour ne s’intéresser qu’aux rapports de force et qu’à la possibilité ou non de préserver ses intérêts bien compris. Trump désigne des ennemis et agit en conséquence. Un constat à nuancer car le style de Trump est plutôt inspiré du deal commercial. Or, Schmitt n’aimait pas voir la politique inspirée par l’économie. Mais son affirmation d’un impérialisme brut au nom du rayonnement des USA est très schmittienne. On peut d’ailleurs qualifier la république trumpienne de « république impériale » pour emprunter l’expression au philosophe Raymond Aron. (Cf. son livre, « Les États-Unis dans le monde (1945-1972)).
5) Les insuffisances de l’ONU.
La composition du Conseil de sécurité de l’ONU est à revoir, même si la Charte des Nations unies de 1945 ne le prévoit pas. En effet, la Chine et la Russie, pays totalitaires, sont responsables de l’invasion ou de la répression de pays pacifiques : pour le premier, il s’agit des Tibétains et des Ouïghours ou des Tchétchènes, des Géorgiens et des Ukrainiens pour le second. Ils disposent du droit de veto et peuvent bloquer toutes les résolutions qui ne leur conviennent pas ou qui sont contraires aux intérêts des pays partageant les mêmes valeurs.
Pour le premier ministre canadien, Mark Carney, le droit international, est une fiction utile et durable. Et le philosophe Claude Lefort considérait que « si limitée que soit encore l’efficacité des droits de l’homme, si confuses que soient les décisions prises par les Nations Unies, si discordantes que soient les interprétations du droit international, on ne peut imaginer la disparition de l’Organisation, ni la répudiation du droit international par les grandes puissances, serait-ce par les USA ». Il l’affirmait déjà en 2004, après l’invasion de l’Irak !
J’aimeJ’aime
Votre article est très instructif quant à l’Histoire des Relations Internationales ! Cependant , j’aurais aimé qu’il soit » intellectuellement abordable » pour tout un chacun ( il est est » très brouillon ! » ). C’est ici une critique » constructive » d’une personne ayant eu la chance de suivre des études d’Histoire et de Relations Internationales….
J’aimeJ’aime
Sans doute faut-il rappeler le contexte de 1986, non pas pour excuser le régime iranien mais au moins pour expliquer qu’avec le reniement de livraison d’uranium enrichi au titre d’Eurodif puis le soutien à son ennemi irakien (dont je peux témoigner), l’Iran a répliqué d’une façon certes illégale par des attentats et assassinats ciblés (par Action Directe) à la rupture d’un accord pris par VGE envers le Shah.
Personne n’est innocent dans une guerre dont sont responsables aussi le Hamas, le Hezbollah et les diverses factions palestiniennes mais faut-il aussi rappeler que Begin ou Arrafat ont aussi été des terroristes, y compris le premier envers des britanniques ? Avec des assassinats plus ou moins bien ciblés et surtout avec son extension de la peine de mort (qui devrait lui ôter sa qualité d’associé à l’UE), Israël ne manifeste pas non plus une grande démocratie dans sa politique de colonisation et de canonnière.
Le moyen orient sera bientôt en feu avec l’Irak d’un côté, la Syrie à peine stabilisée (avec des Kurdes toujours oubliés), tous les pays du golfe et de mer rouge avec le Yémen puis le Liban, sachant qu’en Afrique près de 26 pays dont Libye, RDC et Soudan sont toujours en guerre ou sécession. Où est et à quoi servirait le droit, à part celui du plus fort ?
J’aimeJ’aime
bien sur ,on ne saura la verite que …dans un beau film -finance par l
un des milliardaires a la botte de Trump ! A quand la sortie de ton
livre ?Joyeuses Paques , Patrick .-
J’aimeJ’aime
Monsieur Ancel, vous me permettez une petite suite.
Vous dites : (si ce copilote était capturé par le régime iranien, la guerre déclenchée par Trump (et son ami Netanyahou) pourrait lui revenir en pleine figure comme un boomerang lancée trop fort).
Permettez moi, D’autres experts ont osé dire que cette guerre a été déclenchée par Benjamin Netanyahou et sa clique et Trump n’a fait que suivre.
La politique de Netanyahou est basée sur l’idée de détruire toutes les forces autour de son pays en pensant que cela lui apportera la paix à Israël. Il a décidé de détruire l’Iran , ses forces, ses terres, son peuple et pas seulement le régime criminel qui gouverne à Téhéran. Les bombardements ne sont pas si chirurgicaux qu’il le prétend.
Netanyahou est contre toute possibilité de démocratie au proche orient, car si un jour la démocratie fait son apparition dans ce coin de monde, il sera obligé d’accepter de donner un état aux palestiniens. Les citoyens israéliens se retrouvent coincés entre lui et sa politique extrême et l’absence de force politique arabe qui accepte leur présence et surtout, qui fait accepter à l’opinion arabe que les juifs font et feront partie de cette région, et ce depuis longtemps.
C’est étonnant de toujours considérer Israël comme une démocratie. Vous décrivez le comportement de Trump et Netanyahou exactement comme vous l’avez fait pour Poutine (l’impasse), qui est vraiment un grand démocrate!!!
Le dernier espoir de cette région sera vraiment l’installation d’une vraie démocratie en Israël et puis en Arabie saoudite.
Les peuples de cette région ont beaucoup de talent, parfois destructeur,,,,,,
J’aimeJ’aime
Certes, mais ajoutons un peu de nuance au sujet d’Israël. Cet Etat est la seule démocratie du Proche et Moyen Orient (il y a des vraies élections, une vraie liberté d’expression, et on n’y a pas encore massacré 30 000 manifestants pacifiques comme récemment en Iran !), Le gros souci est que cette démocratie est réellement mise en danger par son extrême-droite et Nétanyahou qui est fascisant. Les élections mettront peut-être fin à cette menace .
J’aimeAimé par 1 personne
Une vraie démocratie ne laisse pas son armée tuer 30000 enfants sous les décombres alors que cette armée est capable de mieux cibler les terroristes de Hamas avec les nouvelles technologies. Elle l’a fait pour les combattants de Hezbollah avec l’affaire des bipeurs.
Israël prétend être une démocratie comme en France.
Mr Ancel aura l’occasion de nous éclairer
J’aimeAimé par 1 personne
Juste pour finir et prouver la grande démocratie occidentale d’israël…..
Et c’est la dernière fois que je participe.
Deux choses :
La premier : 6 avril 26, En Israël, l’Etat de droit et la démocratie au bord du gouffre
ANALYSE
Luc Bronner
Jérusalem, correspondant
L’instauration de la peine capitale pour les Palestiniens qui « causent la mort dans le cadre d’un acte terroriste », mais pas pour les juifs israéliens coupables d’exactions et de meurtres de civils en Cisjordanie occupée, est emblématique de la transformation en cours de l’Etat hébreu.
La 2 eme : Des frappes de ce matin ont visé l’université technologique de Sharif (surnommée le MIT iranien).
Cette université avait été active dans les manifestations contre le régime de janvier – février 2026 et avait subi la répression.
Maintenant ce sont les bombes israélo-américaines.
J’aimeJ’aime
Ce potus et son administration sont cons comme ballons…les habitants des états-unis récoltent ce qu ils ont semé , et , au passage, ont perdus beaucoup de crédibilité et d alliés.
J’aimeJ’aime
Très bel article sur la guerre du Golfe.
Ton analyse très juste nous permet de mieux comprendre les enjeux, si toutefois ils existent encore.
Nous sommes plutôt face à un jeu de poker menteur ou un marché de dupes.
Cette guerre a été déclenchée au mépris de l’ONU et des pays de l’OTAN qui bien évidemment refusent de s’engager.
Trump ne devrait pas oublier que les Européens vont protéger les intérêts de ses banques et ambassades sur le plan matériel. Il oublie que le terrorisme s’exporte . Il ne voit pas plus loin que le bout de son club de « golf ».
Quant à limoger tous les hauts gradés de ses armées, il court à la catastrophe. En 1914- 1918, nous n’avons pas fait mieux pour le résultat que l’on connaît: des pertes humaines importantes.
Merci d’être revenu dans mes médias pour nous offrir tes expertises militaires très pertinentes.
S Cazeneuve
J’aimeJ’aime
L’Iran des ayatollahs et gardiens de la Révolution qui proclamait perpétuellement sa haine des démocraties et son objectif d’anéantir Israël était certes un danger public, mais nous avons un gros souci : que Trump se soit imaginé qu’il allait facilement régler le problème (et s’emparer du pétrole iranien ! il l’a dit crument hier !).
J’aimeJ’aime
Trump n’a jamais voulu régler le problème iranien. Depuis le début de cette guerre, tout le monde s’interroge. Pourquoi? Objectifs? Plan de sortie de crise? Trump semblait incohérent, en fait parce qu’il mentait. Il ne pouvait pas, dès le début, divulguer crûment son objectif. C’était pourtant si simple et, comme vous le dites, ce pauvre type, qui dit tout, n’importe quoi et son contraire, l’a révélé candidement hier : s’emparer de l’île de Kharg (que les États-Unis ciblent depuis la prise des otages en 1979), voler le pétrole et ainsi devenir très riche. Imaginez un peu le grand Trump concrétisant ce que bien des présidents américains ont voulu faire avant lui et s’enrichissant du même coup. Pardon, enrichissant du même coup les États-Unis et le monde entier. Souhaitons que sur celle île, il frappe son Waterloo.
Johanne de Luca
J’aimeJ’aime
Ile de Karg : imaginez en France, une énorme station à essence et à gaz dont les gérants sont prêts à la défendre jusque la mort , quitte à la détruire par un sabotage intérieur et/ou des bombardements extérieurs de missiles…. Croyez-vous que sa prise se ferait sans pertes pour les assaillants ? A quoi servirait d’investir un terminal de pétrole et de gaz complètement rasé ? Peut-être neutraliser les quais d’embarquement et de pompage des navires….si c’est techniquement possible ….Mais y envoyer des troupes ….
J’aimeJ’aime
Bien reçu.
Alain Clavet alain.r.clavet@gmail.com
J’aimeJ’aime