Du Venezuela au Groenland, en semant le chaos, Trump nous oblige à réfléchir différemment


Donald Trump, ce président américain qui sème le chaos et sature l’espace médiatique, oblige les Européens qui se croyaient proches des Etats-Unis à réfléchir différemment. En affichant son mépris du droit (et des autres), il instaure un désordre mondial dans lequel seuls des dirigeants comme Vladimir Poutine ou Benyamin Netanyahou se complaisent.

Accaparer les ressources pétrolières du Venezuela et mettre sous pression l’Amérique du Sud

En intervenant brutalement au Venezuela, mais sans s’y installer, Donald Trump démontre un nouveau mode d’action où la supériorité américaine dans le domaine du renseignement et des « opérations militaires spéciales » fait craindre désormais des « frappes » dont il est très difficile de se prémunir. De plus, les objectifs poursuivis ne sont clairement pas militaires, mais bien de sécuriser des enjeux économiques stratégiques pour les Etats-Unis, et pour les Etats-Unis seulement.

Le prétexte de la lutte contre le trafic de drogue pour kidnapper le couple présidentiel vénézuélien n’est même plus évoqué tant les enjeux réels sont désormais exposés sans l’ombre d’un scrupule par l’administration Trump : s’emparer des ressources pétrolières du Venezuela (les plus importantes réserves du monde) et asservir le gouvernement de ce pays aux intérêts des Etats-Unis.

Lire aussi : Venezuela, un coup d’éclat pour un coup d’Etat ?

Pour ce qui est du narco-trafic, Donald Trump vient de gracier un ancien président du Honduras, emprisonné aux Etats-Unis pour avoir dirigé un redoutable cartel de drogue. La réalité de la lutte contre ce trafic ne fait plus vraiment question, même s’il va continuer à servir de menace contre d’autres dirigeants sud-américains, jugés récalcitrants par les USA. La Colombie et le Mexique sont explicitement visés, tandis que Cuba comme le Brésil se demandent comment les Etats-Unis de Trump vont s’inviter dans leurs pays qui s’espéraient souverains.

Intervenir militairement partout dans le monde

En s’emparant de tankers au nord de l’Atlantique et dans les Caraïbes parce qu’ils contreviendraient au blocus pétrolier décrété par les USA contre le Venezuela, Trump envoie un message au monde entier sur la capacité qu’il se donne à agir là où il le veut, y compris à des milliers de kilomètres du territoire américain.

Observons au passage comment la Russie de Poutine – pourtant « puissance protectrice » affichée du pays – a définitivement abandonné le Venezuela. Et, pour seule réaction à l’interception des navires pétroliers dont l’un au moins arborait un pavillon russe, le Kremlin a uniquement exigé… que les membres russes de l’équipage reviennent en Russie. Pourtant, si le régime de Poutine était soumis au même traitement que le Venezuela pour ses exportations d’hydrocarbures, il n’aurait que quelques mois d’autonomie financière avant que la Russie ne se mette à suffoquer. Nous y reviendrons avec la question de la guerre en Ukraine.

Se saisir du Groenland puis du Canada ?

Dans la même veine de ces enjeux principalement économiques, Donald Trump ne cesse de mettre sous pression le Canada – voisin pacifique s’il en est – et plus encore le Groenland, province autonome du Danemark. Pour le Groenland dont l’agenda s’accélère, les Etats-Unis ne peuvent pas prétendre qu’il s’agit d’un enjeu sécuritaire au sens militaire du terme, puisqu’ils disposent d’un accord datant de 1951 leur permettant à peu près tout ce qu’ils souhaitent dans ce domaine, sur ce territoire gigantesque où ils disposent d’ailleurs d’une très importante base militaire qu’ils pourraient étendre ou multiplier sans trop de contraintes.

La véritable raison de cet empressement trumpien concernant cette banquise est évidemment sa richesse en ressources minières et pétrolières, qui étaient difficiles à exploiter dans un environnement glacé mais que modifie désormais le réchauffement climatique. Terres rares, minerais et pétrole sont bien plus importants aux yeux des Etats-Unis qu’une prétendue « sécurité » du continent, sauf à comprendre ce que les Américains entendent par « sécuriser », c’est-à-dire diriger son exploitation, faisant fi au passage de l’impact sur l’environnement et la population.

Le Groenland vu par une trumpiste

Dans ce contexte, si Donald Trump décrétait demain qu’il « achète » le Groenland et qu’il déconseille à quiconque de s’y opposer, les pays européens – solidaires du Danemark sur le papier – n’ont pas les moyens de contrer militairement les Etats-Unis. Ils n’ont d’ailleurs aucune force militaire substantielle déployée au Groenland… c’est pour cette raison que Raphaël Glucksmann propose d’installer une base militaire armée par des forces européennes.

Un déploiement militaire d’une force européenne servirait officiellement à sécuriser le Groenland et permettrait de rendre bien plus compliquée la tentation américaine d’utiliser la force pour imposer le rattachement de ce territoire convoité… pour de soit-disantes questions de sécurité.

Il faut rappeler aussi qu’un tel coup de force de Trump contre le Danemark mettrait à mal un club de défense qui s’appelle l’OTAN et qui constitue le premier marché d’armements pour les industriels américains de la défense. Ces derniers se font pressants afin de ne pas se voir exclus de ce marché crucial, essentiellement européen, alors que l’annexion du Groenland est envisagée sérieusement par l’équipe de Trump dans le contexte décrit précédemment.

Les « deals » de Trump ne répondront jamais à nos intérêts

Venezuela, Amérique du Sud, Groenland, Danemark, voilà que nous nous rapprochons d’un autre sujet sensible pour Trump : mettre fin à la guerre en Ukraine pour consacrer une relation centrée sur le business avec la Russie de Poutine. Trump appelle régulièrement le président-tsar russe et pas seulement au sujet de l’Ukraine. Il est probable que le Venezuela, tout comme l’abandon inattendu de la Syrie tyrannisée par le clan Assad en 2025, s’inscrive dans des « deals ». Ce pourrait être le cas de l’Iran demain…

 la résistance iranienne s’est organisée pour rétablir un régime démocratique avec « ni Shah, ni Mollahs »

Il faut en effet observer avec attention la situation en Iran pour laquelle l’opposition au régime des mollahs s’est structurée dans un Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) – présidé par Maryam Radjavi – et se demander pourquoi les vagues de manifestation actuelles sont attribuées sur les réseaux sociaux au fils du Shah, l’ancien dictateur renversé par les mollahs, qui n’a jamais agi pour la résistance. Souhaitons que l’administration Trump ne cherche pas à imposer un futur dictateur – à ses ordres comme le fut son père – alors que la résistance iranienne s’est organisée pour rétablir un régime démocratique avec « ni Shah, ni Mollahs ».

Instaurer la fin de la guerre en Ukraine au détriment des Ukrainiens et des Européens ?

Ces deals sont probablement moins formels que ceux dénoncés trop vite – l’Ukraine contre l’Amérique du Sud, la Syrie ou l’Iran –, mais ils s’inscrivent dans la stratégie publiée par la Maison Blanche de défense « d’intérêts » qui n’ont plus beaucoup de rapport avec ceux des Européens. Les semaines qui viennent vont montrer si Trump contraint son « ami » Poutine à signer enfin un accord équilibré de fin de guerre en Ukraine, ou si au contraire il le laisse achever ses buts de guerre – a minima la conquête du Donbass – au détriment des Ukrainiens et des Européens.

Lire aussi : Ukraine, sortie de guerre en vue, mais que fera ensuite la Russie ?

Donald Trump ne pourra pas reprocher aux Européens leur manque d’implication sur le sujet puisque ces derniers ont signé à Paris un engagement formel pour organiser les « garanties de sécurité » de cet accord de fin de guerre, s’il était enfin conclu. A ce titre, la coalition des volontaires assurerait un soutien à une armée ukrainienne importante (de l’ordre de 800 000 soldats), et surtout un déploiement de forces militaires en Ukraine et dans les pays voisins.

Et si les Européens se passaient enfin de Donald Trump ?

Ce sont en effet plusieurs dizaines de milliers de soldats qui seraient déployés en et autour de l’Ukraine, sous la direction d’un état-major co-élaboré par la France et la Grande-Bretagne. Les Etats-Unis seraient en charge de monitorer l’accord de fin de guerre en surveillant par des capteurs essentiellement aériens qu’aucune des deux parties ne reprenne les hostilités.

L’Ukraine libre serait ainsi protégée en « première ligne » par sa propre armée, soutenue en deuxième et troisième lignes par un important dispositif militaire multinational auquel même les Américains participeraient. Dans ces conditions, il serait difficile à Vladimir Poutine de menacer à nouveau l’Ukraine ou un de ses voisins, sans se confronter à des forces bien supérieures à celles que son armée n’a pas su surpasser en Ukraine.

Mais tout cela repose sur un accord de fin de guerre que Trump négocie avec des cartes qu’il peut changer à tout moment, sans s’embarrasser des conséquences pour les Européens. De quoi nous faire réfléchir sérieusement à ce qui était une option et qui devient une obligation : se réunir au niveau européen pour se défendre ensemble, y compris contre les intérêts mal compris des Etats-Unis.




Pour approfondir,

Au Groenland, des terres rares et minerais critiques nombreux mais difficiles à exploiter, par Anne Françoise Hivert (Le Monde)


« L’expression crue et brutale de la puissance américaine de l’ère Trump II est un choc violent qui ouvre enfin les yeux des alliés de Washington », par Sylvie Kauffmann


Donald Trump, symbole d’un capitalisme toujours plus vorace en pétrole et en terres rares, par Julien Bouissou (Le Monde)



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11 commentaires sur “Du Venezuela au Groenland, en semant le chaos, Trump nous oblige à réfléchir différemment

  1. Globalement d’accord avec tout ce que vous écrivez ici, cher Guillaume. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de gangstérisation du monde et Trump est le gangster en chef. Je crains malheureusement que nous n’ayons plus les moyens de « ne pas subir ». L’Europe est divisée, privée du Royaume-Uni, menacée par les populismes de droite, eux-mêmes soutenus par Trump. La seule chose un peu positive est que Trump paraît déconnecté de Poutine, qui avale de sacrées couleuvres (de Maduro à Pahlavi). Leur deal porte-t-il sur l’Ukraine ? Et comment interprétez-vous la retenue de la Chine ?

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  2. Monsieur

    Je reste perplexe face à votre optimisme quant à l’unité des européens alors que nous, français, sommes divisés comme jamais.

    je pense, sans être spécialiste, que Poutine le sait, il connaît l’état de division et detestation mutuelle dans notre communauté nationale et il sait que nous sommes vulnérables.

    encore une fois, aucun ennemi extérieur n’ose s’attaquer à un peuple uni, même désarmé

    quand un loup attaque un troupeaux de moutons, les moutons se mettent en cercle uni pour se défendre

    bien cordialement

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  3. L’Amérique, jadis porteuse des idéaux libéraux des Lumières, avec l’intervention à Caracas, constitue un tournant stratégique qui révèle la capacité de Trump à agir de manière agressive tout en offrant à la Russie et à la Chine l’opportunité de renforcer leur influence ailleurs.

    Dans ce contexte mondial dominé par la puissance, l’UE, ne représentant qu’une dynamique mercantile, n’a pas de moyen de répression car elle est non seulement divisée par ses propres désaccords, mais aussi fragilisée par les partis populistes de droite qui sont soutenus par Washington et Moscou et sa dépendance stratégique vis-à-vis des États-Unis.
    Seule une Europe élargie de pays volontaires avec un fort leadership pourrait permettre de redresser la tête, anticiper d’éventuelles tensions avec Washington et préparer des plans de contingence.
    Bref, à mon avis, on est mal barré…

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  4. Prétendre qu’il faut s’emparer d’un territoire déjà intégré à l’OTAN pour le protéger contre les russes ou les chinois ne fait apparemment réagir personne aux EU et au Canada ! Si cette prétendue alliance ne sert qu’à garnir les carnets de commandes des industries américaines mais aussi ceux de leurs exploitations pétrolières ou minières (y compris avec la Russie et pas qu’à fins immobilières), il devient urgent de s’en retirer.

    Quand est-ce que notre prétendue UE s’unira sur l’urgence de prendre sa défense en main, y compris au Groenland contre les appétits de l’oncle Sam ? Il y a pourtant aussi d’autres constructeurs d’avions militaires qu’américains (y compris en Grande Bretagne et Allemagne pour ne pas nous citer, même si en Suède le Gripen est de fait sous embargo américain ) et pourquoi refuser à un pays dont on revendique pourtant l’adhésion la fourniture de missiles européens à plus longue portée ?

    Je suis en train de vous écouter sur franceinfo avec Anne Kraatz et l’ancien secrétaire adjoint de l’ONU mais quelle est encore son utilité, pourtant ainsi nommée par l’ancien président Roosevelt, sauf pour prétendre nous disculper comme vous venez de le déclarer à propos de notre inertie concernant Srebrenica sans qu’à ma connaissance n’ait été invoqué un veto à ce moment là ?

    Jeter le bébé avec l’eau du bain n’est certes pas raisonnable mais, comme pour l’accord en cours de signature avec le Mercosur, des « unions » sont parfois trop utiles à certains de nos dirigeants de se défausser de leurs incurie ou maladresse (en particulier sous prétexte de stabilité ou de paix).

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  5. Merci Guillaume pour cet article approfondi,

    Mais je pense qu’on ne peut pas réduire les velléités de Trump sur le Groenland, et à terme le Canada, aux seuls arguments « rationnels » , économiques et sécuritaires.

    Il me semble qu’il faut y ajouter la volonté expansionniste d’un type à l’égo surdimensionné qui veut un empire géographiquement le plus important du monde.

    Mais l’hubris de tous les dictateurs les conduit inévitablement au coup de trop (Hitler en URSS, Napoléon, …) qui cause leur perte et j’ai l’impression que c’est ce qui est en train d’arriver à un Trump enivré par son coup militaire réussi au Vénézuela.

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  6. Votre analyse réaliste et effrayante à la fois nous donne froid dans le dos. Nous les Canadiens sommes probablement dans la mire de Trump plus rapidement que quiconque y croit! Sa garde rapprochée est encore plus effrayante que lui donc nous ne sommes pas sorti de ce chaos. Quelle folie s’empare du globe et qui pourrait y mettre fin?

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  7. Iran : Oui, les médias parlent peu (ou pas du tout) du CNRI alors que le fils du Shah apparaît soudain sur « X » ou ailleurs pour dispenser ses « ordres » aux manifestants (descendre dans tous les centres-villes… après que cela soit déjà fait quasi partout), comme s’il était lui-même à l’origine du mouvement insurrectionnel…

    Et bravo pour le choix de cette caricature chaplinesque de Trump en maître du monde qu’il se croit. 😉

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  8. Donald Trump est ceux partageant sa façon de pensée sont quelques peut grisée par le succès du kidnappind du président Maduro et de sa femme, commettant au passage une énorme érreur de communications, justifiant l’opération par une volonté de spoiliations des ressources des Vénézuellliens!

    Cette guerre pour les ressource qui plait temps à certain et évidement bien éphèmère et surtout superfiçiel, ses ressources une fois exploité ne se reproduisant pas, et ne baignifiçiant cas quelques uns puisque içi se n’est pas le bénéfiçe commun qui est recherché. On arrive très vites à beaucoup de laisé, y compris les américains ne possédant pas d’entrprise pétrolières, et un environenement économiques et écologiques complétement dégrader finnissant dans un êtats pire que la situation initiales sans les ressource spoillié.

    Un exemple très connue à petite echelle est l’exploitations rapide et non gérer de ressource je crois de guano sur une ile qui à détruit le mode de vie préçédent, mais n’a pas permis de retour à la normale une fois la ressource épuisé…

    Les USA tente d’exploité l’effondrement de la Russie sur la scène international, après la Syrie le Vénézuela, l’Iran en prend le chemin, le triptique Niger, mali burkinafasso se retrouvant dans la même situations que les USA quelques mois avant leur débandade en Afganistan… Au passage il serait certainement bon de négoçiait avec les jiadistes, une transitions moins catastrophique sur le plan soçiétales, notament vis à vis des femmes et de l’éducation qu’avec les Talibans, en espérant que leur convertions au djiades soit davantage liès à de l’opportunisme finançier et armement qu’à une idéologies extrèmiste…

    En attendant la chine qui laissait le role de fournisseur de force et d’armes à la Russie pourrait bien être amener à devoir prendre ce role, les Européens ne semblant pas en capaçité à faire face au USA et à défendre leur intêrets et surtout manquant clairement de volonté.

    Il faut toutefois relativiser les capaçités de Donald Trump à transformer l’armées Américaines en pirate ou merçenaire. Il n’est pas du tout sur que les citoyens américains accepte que les USA deviennent des bandits sans foi ni loi, motiver par le seul appat du gain, après des décenies à incarner les gentils défendants l’ordre mondiale!

    Salutation, Ludovic Melin.

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