Au Rwanda, les opérations Turquoise ont provoqué 10 fois plus de morts qu’elles n’ont sauvé de vies


Hubert Védrine, interrogé sur le rapport Duclert sur TV5 Monde le 29 mars 2021 :
« Le rapport [Duclert] nous dit que Turquoise n’est pas critiquable, faut s’excuser sur quoi ? Et toute la politique française… Excuses de quoi, je ne comprends pas ? »
Cyril, officier français, avril 2021 :
« Merci à vous de permettre à nombre d’entre nous de nous sentir un peu plus fiers de porter cet uniforme, quelle que soit sa couleur, l’honneur du militaire réside dans son humanité tellement plus que dans la seule discipline… »



Au Rwanda, contrairement aux déclarations vicieuses des négationnistes, il n’y a pas eu DES génocides, ou même deux, mais un seul, le génocide des Tutsi qui fut « accompagné » de l’assassinat massif des opposants Hutu à cette entreprise démentielle.
Un seul génocide donc, – n’en déplaise à Hubert Védrine –, mais plusieurs opérations Turquoise ont eu lieu au Rwanda lorsque la France a décidé d’intervenir, avec le camouflage grossier d’un mandat humanitaire de l’ONU dont elle n’avait que faire.

Je passe sur le fait que le rapport Duclert n’en dit pas un mot, parce qu’il s’est concentré sur l’aspect politico-diplomatique de cette affaire du soutien de l’Elysée aux génocidaires et qu’il ne comporte aucune analyse des opérations militaires.
Je ne traite pas non plus des opérations militaires qui se sont déroulées avant le génocide, de 1990 à 1994, des opérations de guerre que l’Elysée avait soigneusement cachées aux Français et qui engageaient des unités d’élite dans une guerre clandestine « contre les Tutsi », nous impliquant de fait dans la préparation du génocide contre ceux-ci.
Je note simplement que cela ressemblait à une expérimentation déplacée de doctrine anti-insurrectionnelle, à travers laquelle des nostalgiques des guerres de décolonisation croyaient pouvoir effacer l’échec de chacune d’entre elles.

Qui a autorisé ces unités à se servir du Rwanda comme un laboratoire « politico-militaire » avec des conséquences démesurées ? Nous le savons désormais, c’est l’Elysée.
Mais nous ignorons encore tout de l’ampleur de ces actions clandestines qui ont pu aller jusqu’à l’organisation de « groupes armés d’auto-défense », les milices.

Enfin, l’analyse qui suit n’est pas une mise en cause de mes compagnons d’armes, qui ont fait avec professionnalisme ce qu’on leur a demandé, même si nous devrions toujours nous rappeler qu’un officier est seul responsable de ce qu’il fait.


Un pré-Turquoise, le Turquoise 0

Au moment de l’assassinat du président Habyarimana, le 6 avril 1994, une première opération militaire française était déjà dans les cartons. Elle est volontiers évoquée par le général Didier Tauzin qui explique à qui veut l’entendre, – mais faut-il encore prendre le temps de l’écouter –, que ses unités d’élite du 1° RPIMa étaient rassemblées pour intervenir dès l’assassinat commis et qu’il n’a jamais compris pourquoi il n’avait pas reçu « la confirmation de cette opération ».

En l’absence d’accès aux archives et aux témoignages requis, l’hypothèse la plus probable est que cette opération faisait partie d’un plan consistant à reprendre le contrôle du gouvernement rwandais, tandis que le président Habyarimana avait inquiété certains responsables français en échappant à la brillante géopolitique de Paris parce qu’il signait les accords d’Arusha.

En effet, ces accords d’Arusha, – vantés par M. Védrine mais qualifiés pourtant de « Munich » dans les rangs de l’Elysée –, ces accords exigeaient le départ des soldats français, mais de nombreux « coopérants militaires » sont restés, une trentaine à des postes clefs du gouvernement et des forces rwandaises au moment des faits.
Il est probable que ce soit l’opposition du gouvernement Balladur qui ait contrarié l’exécution de ce Turquoise 0 visant à éteindre le feu que l’Elysée avait laissé allumer, peut-être même allumé

Une opération sans traces, mais pas sans but

L’opération Turquoise 0 a alors évolué et s’est transformée en une mission plus réduite et plus secrète, puisqu’un contingent de forces spéciales a été laissé sur place après l’évacuation des derniers ressortissants français à Kigali lors de l’opération Amaryllis en avril 1994, au tout début du génocide qui a duré 100 jours.
Un pilote de l’armée de l’air, Oscar, a témoigné que l’avion de transport qui devait embarquer les derniers évacués était arrivé à Kigali avec ce contingent de plusieurs dizaines de militaires qui sont restés sur place.

Donc une opération Turquoise 0 menée par les forces spéciales et vraisemblablement commandée par l’Elysée. Mais un état-major était nécessaire pour coordonner ces équipes, lequel ?
Et surtout pour quelle mission, car de tels risques n’auraient pas été pris sans objectifs. J’espère qu’il ne s’agissait que de faire du renseignement, mais toute cette affaire laisse craindre le pire.
Pourvu qu’ils n’aient pas reçu l’ordre d’aider d’une quelconque manière les forces gouvernementales qui étaient simplement en train de commettre LE génocide…


L’opération Turquoise 1, « l’intervention humanitaire », au profit des génocidaires

Turquoise 1 est l’opération officielle, celle qui est encore aujourd’hui brandie comme humanitaire, celle commandée par le « brave » général Lafourcade et que plusieurs généraux français avaient refusée avant lui, comprenant bien que la récompense en termes de carrière serait largement insuffisante au regard de la peine encourue.
Il n’était pas besoin d’avoir fait Saint-Cyr pour comprendre qu’en débarquant au milieu des forces gouvernementales, au 75° jour du génocide dont ces dernières étaient le fer de lance, cette brillante opération humanitaire allait d’abord servir à protéger… les génocidaires.

Cependant, nous, les unités d’élite de l’armée française envoyées en formation de combat pour Turquoise 1, nous avions été tellement peu et mal briefés sur la situation, – « des massacres inter-ethniques » pour camoufler une entreprise de destruction massive de femmes, enfants et vieillards tutsi –, qu’il nous fallut un peu de temps pour réaliser que nos actions ne protégeaient pas vraiment les bonnes personnes.

Turquoise 1 était commandée dans un cadre « normal » par le Centre opérationnel inter-armées et pouvait être contrôlée par le gouvernement de cohabitation bien mieux que les autres opérations en cours.
Cependant l’action « militaro-humanitaire » de cette opération Turquoise 1 a essentiellement profité aux forces génocidaires qui trouvaient enfin un répit grâce à la « zone humanitaire sûre », que nous venions d’établir et qui les protégeait de fait des soldats du FPR.

Sans Turquoise 1, les génocidaires auraient été balayés.

J’ai toujours été intrigué par les opérations de « sauvetage » que menait alors le groupement des forces spéciales. Il lançait des raids jusque dans les lignes du FPR pour sauver… qui ? Officiellement des congrégations de religieuses ou quelques orphelins qui auraient été menacés par le FPR, comme j’en ai vu débarquer à l’évêché de Bukavu début juillet 1994 dans un impressionnant héliportage.
Et pendant ce temps, les forces gouvernementales rwandaises, que nous avions pris soin de ne pas désarmer, s’efforçaient de « terminer le travail » comme elles nous en faisaient brillamment la démonstration dans les collines de Bisesero. Elles ne s’en cachaient même pas, mais nous nous ne les regardions pas.

Il faut insister sur un point essentiel de ce génocide des Tutsi : le fer de lance de ces massacres n’étaient pas quelques idéologues qui n’auraient jamais pu maintenir ces tueries innommables pendant 100 jours d’affilée. Non, il s’agissait malheureusement des Forces armées rwandaises, celles que nous avions formées et soutenues pendant quatre années, bien qu’elles n’aient jamais caché leur terrifiant dessein. Le commandant du bataillon d’artillerie, qu’encadraient mes camarades, parlait ainsi de « solution finale », mais nous n’écoutions surtout pas.
Ces forces génocidaires comprenaient donc toutes les forces armées rwandaises, y compris les gendarmes et les milices dont j’ai pu constater sur le terrain qu’ils étaient les mêmes. Il leur suffisait d’enlever leur casquette ou leur veste pour devenir des « bandes incontrôlables » qui conservaient néanmoins les mêmes équipements de combat, gracieusement offerts par la France.

Un bilan « humanitaire » réellement catastrophique

Si certains doutent encore des résultats de Turquoise 1, le bilan est sans équivoque dès lors qu’on ne se contente pas de la propagande officielle, qui se limite à la partie émergée de l’iceberg :
Dans le secteur où j’opérais (groupement sud), d’importants moyens avaient été dédiés à la protection du camp de Nyarushishi, sauvant environ 8 000 rescapés Tutsi d’une mort certaine, puisque ce camp se trouvait dans la « zone humanitaire sûre » (ZHS) qui hébergeait l’essentiel des génocidaires.

Le service de santé opérait nuit et jour pour sauver quelques centaines de blessés, avec un dévouement qui interdisait toute critique, mais sans aucune illusion sur le sort global de ces « rescapés ».
De même, j’ai été chargé dans ce secteur de mener des opérations de recherche et d’extraction de rescapés tutsi, des opérations compliquées et parfois risquées comme je l’ai raconté dans mon témoignage, parce que ces survivants se trouvaient justement en pleine « zone humanitaire sûre » qui permettait aux génocidaires de s’ébattre librement, protégés par la France…
Donc nous avons sauvé dans notre secteur, grâce à l’opération humanitaire Turquoise 1, environ 10 000 Tutsi, menacés par les génocidaires que nous protégions aussi…

L’opération française comprenant trois secteurs, certes de pieds différents, nous proposons de simplifier le calcul en triplant le nombre de sauvés grâce à l’opération Turquoise 1. Bien que surévalué (il n’y avait pas de camps équivalents à Nyarushishi dans les autres secteurs), cela donne un grand maximum de 30 000 vies épargnées ce qui est loin d’être négligeable, à condition de ne pas considérer les effets collatéraux et les dégâts catastrophiques liés à notre intervention.

Turquoise 1 a provoqué dix fois plus de morts qu’elle n’a sauvé de vies

D’une part les génocidaires, sur le territoire de la ZHS, ont continué à massacrer ce qui restait des Tutsi, comme nous l’avons vu à Bisesero. Certes il n’en restait plus beaucoup, mais cette inaction vis-à-vis des génocidaires a fait bien plus de victimes que de rescapés. Rien qu’à Bisesero, 800 vies ont été sauvées pendant que 1 200 Tutsi étaient massacrés « malgré » notre présence. Le regroupement en ZHS des génocidaires, avec leurs armes, a sans doute fait à lui seul plus de morts que les 30 000 vies que nous avons sauvées.

Bien pire, les génocidaires laissés libres de leur mouvement, armés et toujours accompagnés de leur épouvantable radio des Milles collines, ont pu continuer leur politique délirante. En plus du massacre des Tutsi, ils ont provoqué l’exode d’environ 1,2 millions de Hutu pour les forcer à rejoindre les camps de « réfugiés » qu’ils allaient investir de l’autre côté de la frontière au Zaïre. Ces camps pourraient ainsi se transformer en bases armées de leur guerre de résistance pour un « Hutuland », comme le préconisait d’ailleurs Hubert Védrine, l’amoureux de géopolitique qui continue à ne rien comprendre aux conséquences catastrophiques de ces raisonnements ethnicistes.

Durant cet exode atroce imposé par les organisateurs du génocide, – une marée humaine dénuée de tout –, le choléra est venu faucher plusieurs dizaines de milliers de vies dans cette population qui accompagnait les génocidaires. Au moins 60 000 morts, simplement parce que nous avions laissé ces nazis agir comme ils l’entendaient dans la ZHS tandis que, s’ils avaient eu les soldats du FPR « aux fesses », je doute qu’ils auraient eu le temps d’organiser quoi que ce soit, en particulier s’ils avaient été privés de leur radio.

Mais bien pire encore, ces bases armées des génocidaires, installées au Zaïre devenu Congo, allaient causer directement des combats et des violences inouïes qui allaient ensanglanter cette région de l’Est du Congo, pratiquement jusqu’à nos jours. Il est difficile d’évaluer les pertes en vie liées à ces guerres de suite, mais compte tenu du fait qu’un million de « réfugiés » Hutu ont pu venir se réinstaller au Rwanda après le génocide, il est probable que les victimes se situent entre 200 et 300 000.

Ce qui signifie que l’opération Turquoise 1 a provoqué 10 fois plus de morts qu’elle n’a sauvé de vies : 30 000 rescapés contre au moins 300 000 morts provoqués par ces génocidaires que nous avons aidé à fuir et qui ont pu continuer à nuire, notamment grâce à Turquoise 2.


Turquoise 2, l’opération qui n’a pas existé mais qui s’est mal déroulée

Avion de chasse Jaguar en Afrique

Turquoise 2 est l’opération qui a été dirigée « dans le dos » du général Lafourcade, même si je doute qu’il n’ait pas été informé de ce qui se passait. L’Elysée, d’après le rapport Duclert et les témoignages qui ont suivi, était aux commandes de cette opération Turquoise 2, dont le bras armé était formé principalement par les forces spéciales et sans doute aussi par quelques « moyens indirects », fugacement évoqués par le général Quesnot.

Turquoise 2 a d’abord été chargée de récupérer les équipes spéciales déployées lors de Turquoise 0. C’est ce qui explique ces raids dans les lignes du FPR, que quelques religieuses ne justifiaient pas vraiment. Cela a valu des face-à-face directs avec les soldats du FPR qui auraient causé des pertes non négligeables du côté des forces spéciales si Paul Kagamé n’avait pas interdit d’ouvrir le feu sur ces soldats français.

Turquoise 2 était aussi l’opération destinée à continuer de lutter contre « les Tutsi », conformément à la politique fixée par l’Elysée. C’est ainsi que, dans la nuit du 30 juin au 1° juillet 1994, j’ai été missionné pour guider des frappes aériennes contre le FPR avec des avions de chasse Jaguar français (escadron Provence). Un bombardement « humanitaire » qui n’a été stoppé qu’à la dernière minute, comme j’en ai témoigné, par l’Elysée qui était alors empêtré dans l’affaire de Bisesero et qui ne savait plus comment présenter sa « politique de paix ».

Bisesero, le Rainbow Warrior de Turquoise 2

Le drame de Bisesero, l’abandon de milliers de rescapés à compter de leur découverte le 27 juin 1994 dans les collines ainsi nommés, est emblématique de Turquoise 2.
En effet le colonel Rosier, qui commandait les forces spéciales pendant Turquoise 2, n’aurait sûrement pas pris l’initiative de laisser tomber les rescapés de Bisesero s’il n’avait pas eu l’ordre de chercher le FPR, un ordre qui ne venait pas du PC du général Lafourcade, puisque celui-ci devait fermer les yeux sur ces opérations particulièrement humanitaires.

Mais lorsque le 30 juin, une équipe de ces mêmes forces spéciales, ulcérée par leur inaction pour ces survivants en sursis, a décidé de « se perdre » pour les retrouver, en prenant soin d’emmener des journalistes internationaux, le commandement des forces spéciales a dû se mobiliser pour porter enfin secours aux derniers rescapés. Ils n’étaient plus que 800 alors qu’ils dépassaient les 2 000 trois jours auparavant…

C’est pour cette raison que mon unité de combat, qui était à cette date stationnée à côté du PC des forces spéciales à Bukavu, a été mobilisée pour remplir la mission fixée par l’Elysée : stopper l’avancée des soldats du FPR, bien plus que stopper les génocidaires.
Mais l’affaire médiatique de Bisesero était devenue ingérable au 1° juillet, même pour les pires menteurs de l’Elysée. Comment justifier de bombardements aériens pendant une opération officiellement humanitaire, et qui plus est pour contrer ceux qui chassaient réellement les génocidaires ? Si ce n’est pour protéger ces derniers…

Des opérations Turquoise entremêlées

Je ne voudrais pas laisser penser que ces trois opérations Turquoise étaient complètement distinctes, en particulier les deux dernières, car elles étaient entremêlées et utilisaient alternativement les mêmes unités, créant une terrible confusion sur le terrain.

Ainsi, si Turquoise 2 était plutôt destinée à combattre au profit des forces gouvernementales génocidaires, Turquoise 1 avait aussi préparé, dans ses différentes options, un plan pour partir s’emparer de Kigali et remettre en place le gouvernement que la France avait soutenu jusqu’ici. Clément, un officier de renseignements du PC de Turquoise 1, a confirmé qu’ils avaient reçu l’ordre de basculer sur cette mission avant d’être arrêtés net, dans les derniers jours de juin.

Au même titre, je rappelle que j’ai débarqué au Rwanda le 24 juin avec un ordre préparatoire pour lancer un raid terrestre sur Kigali, à partir de Goma, sans doute au titre de Turquoise 2, mais c’est un officier d’état-major de Turquoise 1 qui est venu récupérer cet ordre le 26 juin, un ordre qui ne devait plus exister et dont nulle trace n’a été trouvée dans les archives jusqu’ici, comme toutes les questions évoquées dans cet article.


Turquoise, soutien essentiel aux livraisons d’armes

Je ne sais pas à quelle opération Turquoise il faut attribuer le soutien logistique indispensable aux livraisons d’armes pendant (et après) le génocide, peut-être aux trois. En effet, dans un pays en guerre et sous embargo de l’ONU, la question des livraisons d’armes est un peu plus compliquée que de faire acheminer un colis par Amazon. Cela constitue en premier lieu une violation du droit international, puisque l’ONU avait décrété un embargo sur les armes et que la France avait un mandat « humanitaire » qui ne prévoyait pas vraiment ce genre d’activité.

Pourtant, sur le terrain, l’aéroport de Kigali s’étant trouvé rapidement impraticable du fait de l’arrivée des forces du FPR, les acheminements d’armes (Turquoise 0 et 2) ne pouvaient plus s’effectuer que par l’aéroport de Goma au Zaïre. Mais, dès le 22 juin, cette installation était totalement intégrée dans la base opérationnelle de Turquoise 1. Le simple fait qu’un avion de transport se pose sur cette base de Goma était alors soumis concrètement au contrôle de l’armée française.

Le témoignage de Walfroy Dauchy confirme que les livraisons d’armes étaient bien effectuées via cette base centrale de Turquoise, notamment par la société SPAIROPS, qui faisait en même temps du transport pour l’armée française. Le fret était débarqué par les militaires français, stocké temporairement sur la base de Goma, avant d’être acheminé par des camions lourds appartenant à notre dispositif logistique jusqu’à destination des camps.

Autrement dit, la livraison des armes aux génocidaires a été facilitée et accélérée grâce aux opérations Turquoise et je ne suis pas sûr que cela relève complètement de l’action humanitaire, même si Hubert Védrine a affirmé à nos parlementaires que « ces armes n’avaient aucun lien avec le génocide »…

Violation de l’embargo et du mandat humanitaire avec les livraisons d’armes

Ces livraisons d’armes impliquent que mes compagnons d’armes, en charge de l’aéroport et de la logistique dans le cadre de Turquoise 1, ont dû accepter de violer ces règles internationales qui auraient pourtant justifié un refus de leur part. Un refus exprimé par certains officiers supérieurs, comme l’a rapporté Patrick de Saint-Exupéry, avant qu’ils ne soient violemment retoqués par l’Elysée.

On voit bien ici l’imbrication des opérations Turquoise et l’implication forcée des militaires français dans cette affaire de livraisons d’armes aux génocidaires, illégales et indignes. On comprend mieux aussi pourquoi l’armée fait tout pour rester à l’écart des enquêtes sur le rôle de la France au Rwanda.

Ces livraisons d’armes n’auraient pas laissé de traces dans les archives militaires présentées jusqu’ici, archives qui semblent avoir été sévèrement nettoyées. Cependant ce genre d’opérations laisse d’autres marques, notamment dans les échanges bancaires et les activités des compagnies privées sollicitées, faut-il encore aller les chercher.
Guillaume Victor-Thomas, qui était alors le représentant de SPAIROPS à Goma, a bien été auditionné par les enquêteurs de l’office de lutte contre les crimes de génocide, mais l’orientation était clairement donnée à la recherche des organisateurs rwandais des livraisons d’armes plutôt qu’aux complices français, « ceux qui n’avaient aucune intention génocidaire » mais qui les aidaient sans hésiter.

> Je souhaite donc beaucoup de courage aux chercheurs qui, bientôt peut-être, pourront essayer de démêler ces (au moins) trois opérations Turquoise que j’ai décrites, et dont MM. Védrine et Juppé, comme l’amiral Lanxade, ne nous ont encore jamais parlé.

3 commentaires sur “Au Rwanda, les opérations Turquoise ont provoqué 10 fois plus de morts qu’elles n’ont sauvé de vies

  1. Merci pour cette relation détaillée de ce qui s’est passé dans la zone « Turquoise », confirmation terrible de ce que nous savions dès le début sans pouvoir le prouver. Relaté par quelqu’un digne de foi qui a vécu tout cela sur le terrain, c’est accablant pour l’Elysée.

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour,

    Abonne à votre Ne pas subir depuis peu, je n’arrive pas à lire les commentaires envoyés.

    Est-ce normal?

    Cordialement

    Albert Guillot

    N,B. Je suivais vos contributions sur Mediapart il y a quelques annees deja.

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