
Dimanche 28 décembre 2025, le président Zelensky est venu en Floride rencontrer le président américain Donald Trump pour avancer dans les négociations que ce dernier mène à une cadence intense pour sortir de la guerre russe contre l’Ukraine. Les deux présidents se sont exprimés dans une conférence de presse à l’issue de leurs entretiens auxquels avaient participé plusieurs dirigeants européens (en distanciel) et une large partie de l’équipe de Trump comme de Zelensky.

L’enjeu est considérable, le président ukrainien est venu assurer Donald Trump qu’il était prêt à se conformer à son projet d’accord de fin de guerre, notamment en transformant la partie du Donbass contestée par Vladimir Poutine (6 000 km2) en zone démilitarisée avec de solides garanties de sécurité fournies par la coalition des volontaires. Dans ce cadre, Zelensky a demandé une extension de ces garanties, auxquelles les Etats-Unis participeraient, au-delà des quinze années prévues à ce stade. Concrètement, le président ukrainien est venu donner son feu vert à la poursuite de cette dynamique et à une discussion directe avec la Russie pour sceller un accord.
Lire aussi : Ukraine, pas d’accord sous le sapin, mais la fin de cette guerre se rapproche enfin
Pendant cette conférence de presse en Floride, Trump a fait du Trump, alignant les digressions et multipliant les incohérences, mais il a montré aussi la même détermination à obtenir une fin de cette guerre, qui constituait à cet instant « son vœu le plus cher ».
Volodymyr Zelensky a essayé de contenir son agacement, il serrait les dents, notamment d’être traité sur un pied d’égalité avec Poutine qui est pourtant son agresseur. Le président américain a souligné – une fois n’est pas coutume – le rôle clef des Européens, aussi bien pour leur participation aux discussions que pour les garanties de sécurité dont ils constitueront le cœur.
Dynamique et scepticisme
De nombreux observateurs restent sceptiques sur l’issue de cette démarche, dont l’agenda est repoussé à janvier tandis que la Russie redouble d’efforts militaires contre l’Ukraine autant sur la ligne de front qu’en bombardant quotidiennement les grandes villes d’Ukraine, la capitale Kiev tout particulièrement. Ces sceptiques ne voient aucun signe que la Russie de Poutine s’inscrirait enfin dans une logique de sortie de guerre alors qu’elle a l’avantage sur le terrain et ne s’effraie de rien.
Pourtant, le maître du Kremlin est désormais en difficulté. Il cause régulièrement avec Donald Trump et il voit bien que ce dernier, malgré ces incohérences permanentes, ne perd pas le fil de son objectif essentiel, pouvoir se vanter d’avoir arrêté cette guerre, la plus grave en Europe depuis la deuxième Guerre mondiale.
Avec la proposition européenne de neutraliser la partie du Donbass dont Poutine dit vouloir à tout prix s’emparer, de la transformer en DMZ (zone démilitarisée) soutenue par Trump, le maître du Kremlin est en réalité « coincé », « trappé » diraient les Canadiens qui participent activement à la coalition des volontaires. Poutine n’a aucune raison objective de refuser cette neutralisation de la zone controversée, l’obligeant même à reculer s’il l’acceptait…
Poutine préfère mentir au risque de braquer Trump
C’est maintenant au tour de la partie russe de répondre au projet américain – trumpien – pour terminer cette guerre. Mais Poutine a préféré tenter une diversion pour gagner du temps et retourner son « ami » Trump contre les Ukrainiens, comprenant bien que le projet avait évolué pour intégrer une large partie de leurs demandes.
Le maître du Kremlin veut bloquer cette dynamique sans se voir reprocher son échec par le président américain, et il tente un énième mensonge, dont il est coutumier mais qui cette fois va prendre une dimension inattendue : Poutine téléphone le lundi 28 matin à Trump pour accuser Zelensky de… lui mentir en affirmant se rallier à son « projet de paix ». Il accuse en effet le président ukrainien d’avoir essayé dans le même temps d’attaquer une de ses résidences personnelles, dans cette nuit du 28 au 29, par un essaim de drones, 91 drones qui auraient visé sa propre maison, une provocation sans nom, une offense au projet de Trump.

Le président américain réagit aussitôt, sans même prendre la précaution de confirmer ces faits par son (remarquable) service de renseignement, et il critique ouvertement le comportement de Zelensky. Poutine en fait immédiatement une affaire internationale en chargeant son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, d’en faire tout une affaire au cours d’une conférence de presse dédiée.
Les dirigeants indien et pakistanais se précipitent à leur tour pour soutenir le président russe et condamner ces vilaines manières. Tous de condamner Zelensky qui aurait attaqué ce pauvre Poutine et défié dans les faits la louable volonté de Donald Trump de mettre fin à cette guerre. Ce serait donc Zelensky qui s’opposerait à la « paix »…

Poutine dénonce une « attaque » qui n’a pas eu lieu, alors qu’il ne cesse de bombarder les Ukrainiens
Le seul (léger) problème est que cette attaque n’a pas eu lieu. En effet, les services de renseignement américains – auxquels Trump aurait vraiment dû s’adresser avant de réagir – sont d’autant plus formels qu’ils aident et surveillent les frappes ukrainiennes sur le territoire russe. Ils connaissent parfaitement les cibles visées et la nature des raids ukrainiens. Cette nuit-là, des drones ukrainiens ont bien visé une cible militaire (probablement une base aérienne) dans cette région du nord-ouest de Moscou, mais absolument pas cette résidence de Poutine où vit sa compagne actuelle.

Le rapport de la CIA est corroboré par l’absence de traces d’interception dans la zone de cette résidence, alors que celles-ci apparaissent de manière assez régulière sur les réseaux sociaux sous forme de témoignages et de vidéos alimentés par les Russes eux-mêmes. Quant au ministère de la défense russe, il a du mal à cacher sa gêne de ne pouvoir fournir aucune preuve tangible et il n’en finit pas de donner des versions contradictoires de cette fable pour laquelle ses généraux n’ont pas eu le temps de s’accorder.
L’armée russe produit même une « carte des trajectoires » qu’auraient suivies les drones ukrainiens, mais dont les 91 interceptions recensées ne correspondent à aucun fait concret : un faux grossier pour essayer d’étayer un mensonge supplémentaire de Vladimir Poutine, une « vérité alternative » que même Trump ne pourrait assumer.

Un mensonge grossier de Poutine qui met Donald Trump en porte à faux
Autrement dit, cette « attaque » contre une des résidences de Poutine, en pleine négociation sur la « paix », n’est qu’un mensonge de plus du régime russe. Un mensonge dénoncé par tous les dirigeants européens qui ont partagé les renseignements américains avec leurs propres sources, un mensonge de trop qui met maintenant Donald Trump en porte à faux.
Alors que le président américain aurait dû rappeler à son interlocuteur russe, lors de son appel de dénonciation, que celui-ci attaque l’Ukraine tous les jours depuis quatre ans, Trump s’est précipité dans une condamnation de l’Ukraine qui le ridiculise tant Moscou s’est joué de lui.
« A cette vitesse, il faudrait un siècle à l’armée russe pour soumettre l’Ukraine »
Avec ce mensonge grossier, qui n’est pas sans faire penser à l’affirmation tout aussi grotesque de Poutine que son armée « perçait partout sur le front » et remplissait « tous les objectifs prévus », le président russe a mis son homologue américain en difficulté et perdu en crédibilité.

Sur le terrain en réalité, l’armée russe s’est emparée en décembre 2025 de moins de 500 km2, soit le millième de la surface de l’Ukraine libre. Pour l’année 2025, même en intégrant la reconquête de Koursk que Trump a imposée, l’armée russe a conquis moins de 5 000 km2. A cette vitesse, il faudrait un siècle à l’armée russe pour soumettre l’Ukraine.


Trump va probablement éviter de revenir sur cette erreur commise du fait de sa confiance affichée en Poutine, mais il est certain que le président américain appréciera différemment son interlocuteur russe dans la suite de ces négociations. Certes Poutine n’a aucun intérêt, puisqu’il a l’avantage militaire sur le terrain, à diminuer la pression sur le front comme dans ses bombardements contre les cibles civiles, mais il vient de perdre un avantage considérable dans cette négociation, la confiance de Donald Trump.

Les discussions vont se poursuivre à un rythme rapide, et les premières semaines de 2026 vont montrer si la dynamique imposée par Trump se poursuit ou si, humilié par Poutine, le président américain change radicalement de stratégie. La faisabilité d’un accord dans les prochaines semaines est préservée, mais la donne a changé.
En souhaitant que cette année 2026 voit effectivement cette guerre russe contre l’Ukraine se terminer… et ne pas recommencer.
Lire aussi : Plutôt qu’un service militaire inadapté, une Garde européenne serait d’une grande utilité pour notre sécurité

Pour approfondir,
Les preuves introuvables de la supposée attaque de drones ukrainienne contre une résidence de Vladimir Poutine, par Thomas d’Istria, Marie Jégo et Faustine Vincent
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Cher Guillaume , Heureuse année 2026 pour toi et ta famille ! Espérance
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Bonjour Guillaume, Je te remercie de m’avoir abonné à ta lettre que je lis avec grand intérêt. Si tes pas te font revenir à Lyon préviens moi même si je suis majoritairement en Provence…
Je te souhaite une très belle année Amitiés Guy Dechelette
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Bravo, cher ami, pour tes analyses !… Peux-tu, par google, en pianotant sur mon nom: « jean-jacques Lubrina » jeter un coup d’oeil sur mes publications ? Je te dirai ensuite pourquoi… Belle et bonne année entre temps Et bien fidèlement J.J.Lubrina
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je suis étonné par votre raisonnement qui sur la base de 5000 km2 conquis en 2025 conclut qu’il faudrait un siècle pour conquérir l’Ukraine. Il me semble qu’il n’y a pas proportionnalité en la matière ni dans un sens ni dans l’autre. Il peut y avoir effondrement d’une armée suivi de la démobilisation de la population qui amènerait à une conquête rapide. Je ne dis pas que c’est le cas mais lier l’avancement futur à celui du passé me paraît un raisonnement erroné. Ceci dit je lis votre blog avec intérêt et vous en remercie.
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Bonjour Xavier
Cette projection linéaire n’est pas très pertinente, mais de fait l’armée russe n’a pas brillé par ses performances militaires en 4 années de guerre. Le raisonnement sur un effondrement de la societe pourrait aussi s’appliquer à la Russie dont des dirigeants proches de Poutine finiraient par l’éliminer pour sortir de cette impasse…
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