Ukraine : pas d’accord sous le sapin, mais la fin de cette guerre se rapproche enfin


Dans les négociations qui durent depuis presque un an et que mène Donald Trump pour sortir de la guerre en Ukraine, un changement majeur s’est opéré, aussi important que discret. En effet, Vladimir Poutine réalise qu’il ne peut pas se permettre de braquer Trump contre lui, que la Russie n’a jamais bénéficié d’un tel soutien des Etats-Unis – son pire ennemi pendant des décennies – et que, bien que Poutine se considère comme un Tsar, il n’a pas les moyens de s’opposer à l’imprévisible et irascible président des Etats-Unis.

De positions diamétralement opposées, Zelensky et Poutine finissent par converger sous la pression dénuée de tout scrupule de Donald Trump. Une dynamique s’est désormais enclenchée d’élaboration d’un accord auquel la Russie comme l’Ukraine partagent l’objet. Certes, Zelensky connaissait depuis le début du conflit son ultra-dépendance aux Etats-Unis, pas au point d’Israël qui ne peut rien faire sans le soutien américain, mais à un tel degré que même un engagement quasi-unanime des pays européens (en plus du Canada et de l’Australie) ne peut compenser la menace d’un retrait américain.

L’Ukraine n’a pas d’autres choix que d’accepter un accord avec l’appui des Européens

C’est probablement le système de renseignement américain qui est le plus sensible – celui qui a sauvé le pouvoir ukrainien d’une décapitation par surprise au tout début du conflit –, suivi par les livraisons d’armes en quantité industrielle et enfin le poids international d’un tel allié. L’Ukraine n’a pas vraiment d’autres choix que d’accepter qu’un accord soit « voulu » par les États-Unis.

Cependant, les Européens ont apporté à l’Ukraine un véritable soutien et un partage d’intérêt, du fait que leur sort est intimement lié à son avenir et donc au règlement de ce conflit. Malgré leurs dissensions et leur incapacité à ébaucher des Etats-Unis d’Europe qui pourraient enfin causer d’une seule voix et agir d’une seule volonté, les pays européens ont habilement conseillé et aidé Zelensky.
Ce sont eux qui ont convaincu le président ukrainien de sortir de l’impasse des « cessions de territoires » du Donbass que la Russie exige – au moins facialement – pour mettre fin à cette guerre, territoires que les Ukrainiens défendent vaillamment, au prix de leur sang, de pertes considérables et ce depuis quatre ans…

Le Monde

En conseillant au président Zelensky d’utiliser cette astuce de « zone démilitarisée » (DMZ) pour neutraliser ces territoires sans les céder formellement, tout en leur attribuant un potentiel de développement économique, les Européens ont permis à l’Ukraine de sortir de ce trou noir dans la négociation qui devenait un cauchemar. C’est une des véritables avancées dans les discussions d’avoir fait intégrer cette zone démilitarisée dans le projet d’accord soutenu par Trump et présenté maintenant à la Russie.

Lire aussi : Guerre en Ukraine, l’intégralité du dernier plan américain en 20 points, présenté par Volodymyr Zelensky (Le Monde)


Le maître du Kremlin est maintenant confronté à ses propres contradictions

La Russie, qui était à l’origine de la première mouture du projet américain présenté par Steve Witkoff, accompagné du gendre de Trump, Jared Kushner, fait face désormais à une réelle difficulté : Poutine doit montrer à Donald Trump qu’il est prêt à négocier et pas seulement à exiger. En fait, le maître du Kremlin est maintenant confronté à ses propres contradictions, affirmant vouloir stopper cette guerre sans trouver de raisons pour la continuer aux yeux du président américain.

Poutine s’est rapproché progressivement et publiquement de Trump. Il affiche volontiers sa proximité avec celui-ci, ce qui le grandit dans son esprit ainsi que sur la « scène internationale » où beaucoup de pays craignent les revirements stupéfiants du nouveau président américain.
Contrairement à ce que proclament la propagande du Kremlin et ses relais (dont le Rassemblement national ou CNews ne sont pas les derniers), l’Ukraine n’est pas près de céder et l’armée russe progresse bien trop doucement pour espérer soumettre les Ukrainiens. La force militaire russe n’a conquis que 7% du territoire ukrainien en quatre années de guerre (la Russie en avait annexé 12% lors des huit années précédentes) et elle avance actuellement à la vitesse de 1% du territoire par an, au prix de centaines de milliers de morts dans ses rangs.

Lire aussi : Ukraine, la négo de tous les dangers

Vladimir Poutine a ruiné son économie déjà affaiblie par sa gestion mafieuse, il a gravement affecté la population russe alors qu’elle est en déclin et il a compromis l’avenir de la Russie avec cette guerre outrancière qui ne devait être initialement qu’une « opération militaire spéciale ». Poutine a désormais intérêt à sortir de cette guerre, et « par le haut » – en affichant une victoire –, s’il ne veut pas que son entourage lui fasse payer cette aventure ruineuse en lui faisant « porter le chapeau ».

Un accord de sortie de guerre dans les semaines qui viennent ?

L’attitude de Poutine concernant cette négociation a progressivement changé, le plan élaboré par les envoyés américains intègre une grande partie de ce qu’il exigeait. Par ailleurs, il sait que la patience de Trump est limitée tandis que l’Ukraine fait montre – sur les conseils avisés des Européens – d’une réelle capacité à avancer dans ces discussions en répondant aux exigences du président américain.

Du côté russe, il est probable que Poutine ait atteint la limite de ce qu’il pouvait encore demander par rapport à l’agenda de Donald Trump. Dans ces conditions de pression et d’avancées dans les discussions, il est possible que cet accord de fin de guerre en Ukraine soit conclu dans les semaines qui viennent.

Lire aussi : Ukraine, sortie de guerre en vue, mais que fera ensuite la Russie ?

Alors, en cette fin d’année 2025, prions pour que « la paix soit avec nous », mais pas à n’importe quel prix… C’est mon vœu le plus cher pour cette année 2026, ainsi que la construction d’Etats-Unis d’Europe par les pays clairvoyants qui voudront se protéger durablement des empires menaçants.




Pour approfondir,

Plutôt qu’un service militaire inadapté, une Garde européenne serait d’une grande utilité pour notre sécurité


Zelensky dévoile la dernière version du plan de paix américain et pose ses conditions en vue d’une zone démilitarisée dans le Donbass, par Thomas d’Istria (Le Monde)


Alexeï Miltchakov, un néonazi russe et combattant sadique en Ukraine, montré en exemple aux collégiens de Saint-Pétersbourg, par Emmanuel Grynszpan (Le Monde)



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20 commentaires sur “Ukraine : pas d’accord sous le sapin, mais la fin de cette guerre se rapproche enfin

  1. Est-ce qu’un Dombass démilitarisé sera accepté par Putin très longtemps et comment gérer entre autres à plusieurs la plus grande centrale nucléaire européenne, après la destruction du barrage de son lac de refroidissement ? Je suis très sceptique tant que Putin ne renoncera pas à ses ambitions comme en Transnistrie, Ossétie du sud ou Abkhazie, sans parler des pays baltes. Est-ce que la Russie renoncerait aussi à ses bases militaires de Crimée ou à ses visées sur Odessa ? Sans être trop caricatural, je crois que le seul Putin crédible ou raisonnable (tout comme Trump si prévisible dans ses appétits) sera mort ou ne sera pas.

    Bonne année cependant à tous.

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    1. Bien sûr, malgré mon commentaire précédent qui pourrait le laisser entendre ou souhaiter, je ne crois pas du tout à une tentative d’assassiner Putin à Davaï mais plutôt à une maskirovka pour interrompre les négociations en cours, sachant que la Russie ne veut pas en fournir de preuves et que nombres de drones russes ont déjà explosé sur Kiev sans aucune reconnaissance. Connaissant les russes, c’est d’ailleurs probablement le palais Mariisky ou la rue Bankova qui y seront les prochaines cibles.

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  2. Tres bonne analyse comme toujours ! As-tu lu le dernier livre du général de Villier Je suis ongee dedans et il est très intéressant ! Tres bonne année et à bientôt Emmanuelle Dethomas

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  3. Je ne suis pas un spécialiste comme vous et certains des commentateurs qui ont écrit ici, mais j’ajouterais que la pire erreur que les dirigeants ukrainiens ainsi que ceux des autres pays européens pourraient commettre, ce serait de croire que le dictateur respecterait un accord qu’il aurait signé.

    Il nous a déjà prouvé le contraire. Il faut donc que l’Europe, le Canada et l’Australie se préparent en conséquence.

    Merci pour vos excellentes analyses.

    Je vous souhaite, à vous et à vos proches, une bonne année 2026 en santé!

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  4. On peut penser que Poutine commence à sentir l’odeur de fumée qui envahit son bunker au coeur du Kremlin. La Russie a perdu environ entre 13 à 17% de ses capacités de raffinage, à cause des attaques de drones sur ses raffineries.

    Résultat ce pays qui est le 3e producteur mondial connaît des pénuries de carburant. A Rostov, 14 % des stations sont fermées, et en Crimée, plus de la moitié. Le prix de l’essence a aussi augmenté de 10% ( l’inflation est de 4% )

    Est-il prêt à signer la paix ? On peut en douter puisqu’il vient de déployer des lanceurs de missiles en Biélorussie. Cela est-il une réponse aux derniers coups d’éclat des Ukrainiens ( Un général russe tué dans un attentat à la voiture piégée et la perte du sous marin de la classe Kilo dans le port de Novorossiïsk – 400 millions d’Euros ) ? Car l’égo de Poutine a dû en prendre un coup. Déjà la perte du Moskva a dû être dure à digérer…

    Dans tous les cas Zelensky a quand même une carte dans sa manche, puisqu’il a signé un accord pour l’exploitation des terres rares en Ukraine avec les Etats Unis. Donc attendons pour voir.

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  5. Alors que Donald Trump semble distrait par l’Amérique latine, envisageant une nouvelle baie des cochons, voir un nouveau Vietnam, en Colombie ou au Vénésuélla, il est diffiçile de vendre la peau de l’ourse avant de l’avoir tuer.

    Même si le président Américain, après avoir envoyer de grosses bombes en Iran veux visiblement passer à autre chose, rien ne garantie que Vladimir Poutine ai le même agenda; malgrès la pression de plus en plus forte, et un certain essoufflement de son armée, rien n’indique pour le moment qu’il soit réellement près à des conçessions, pourtant indispensable à un accord de cesser le feu dans cette guerre qui dure, et dont Donald Trump nous promets la fin depuis bientôt un an… Salutation, Ludovic Melin.

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  6. Bonjour Guillaume. Une réflexion pendue cette nuit à la lecture de l’epouvantable déclaration de Vance. Quand j’avais commencé au quai d’Orsay, à ANMO, le Directeur de l époque, Bernard EMIE, nous disait : « lisez et méditez les discours officiels des Chefs d’état qui reflètent 90 % de leur pensée ».

    « Des personnes capables de nuire très gravement aux États-Unis » : JD Vance met en garde contre les armes nucléaires françaises et britanniques – ladepeche.fr https://share.google/GpRsvObUh81bVq3s9

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  7. Il ne faut rien attendre de positif des USA. Poutine et Trumpov jouent la même partition  sur deux registres différents :  pour le premier, gagner du temps et  conquérir militairement du territoire  ukrainien ;   pour le second, vendre ses armes, piller économiquement l’Ukraine et  affaiblir l’Union Européenne. 

    Croire en une paix juste et durable sur notre Continent  par une négociation et un compromis, sous le patronage américain  est un MIRAGE ! 

    Seul un rapport de force militaire imposé et des sanctions économiques de l’Europe sur le long terme  pourront  faire reculer la Russie et faire tomber le gouvernement mafieux de Poutine.  

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  8. Bonsoir

    Je partage votre prière, À la fois pour la paix et pour la construction des états Unis d’Europe… pour le moment je ne vois que Macron pour porter le projet mais je ne suis pas sûr qu’il soit en bonne position.

    J’ai décidé de diminuer ma dépendance à Google (mais quoi pour remplacer androïd ?) Faute de mieux je change d’adresse de Mèl, merci de m’envoyer votre lettre sur dominiqueisopet@etik.com

    Et encore merci de nous partager vos analyses,

    Bien fidèlement votre, Dominique Isopet

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