
Alors que Donald Trump pèse de tout son poids pour obtenir un accord de sortie de guerre en Ukraine, il apparaît désormais évident que Vladimir Poutine n’a pas « consacré » des ressources considérables et quatre années de guerre pour se contenter du Donbass et de la partie sud du Dniepr, qui ne représentent d’ailleurs qu’une partie des régions que le tsar russe a « juridiquement » rattachées à la Russie.
Lire aussi : Ukraine, sortie de guerre en vue, mais que fera ensuite la Russie ?
Même si un accord était arraché – aux forceps – par le président américain, il apparaît aussi que les Européens resteront désormais durablement inquiétés par la Russie devenue malheureusement un « empire menaçant ». Aussi, la plupart des pays européens prennent-ils des mesures de renforcement de leur défense, dans un effort proportionnel à la proximité de la frontière russe (ou biélorusse). Dans ce contexte, il est particulièrement inquiétant d’entendre Poutine répéter publiquement que « la Russie obtiendra la libération de ses terres historiques par la voie militaire. La tâche consistant à créer et à étendre une zone tampon de sécurité sera également menée à bien, de manière cohérente ».

Cela confirme que Poutine n’a pas l’intention de se limiter au Donbass, mais vraiment de menacer tout ce qu’il décide devoir lui revenir, sans autre limite que sa volonté, uniquement contrée jusqu’à présent par la résistance ukrainienne. La question est donc de savoir comment l’arrêter sachant que les États-Unis de Donald Trump ne s’en occuperont pas. Nous – Européens – pouvons le regretter tant il nous a été confortable de profiter de ce parapluie américain depuis 1945 sans l’avoir réellement payé, autrement que par une forme d’insouciance face à la guerre, confinant parfois au déni.
La réalité nous rattrape avec cette saloperie de guerre contre l’Ukraine, et, qu’un accord soit arraché ou pas par Donald Trump – intenses négociations ce week-end du 20 décembre en Floride – ne changera rien à une réalité aujourd’hui installée : les pays européens sont menacés par un Empire qui utilisera tous les moyens à sa disposition pour nous confronter et nous imposer sa volonté.
Comment faire face à une armée de masse ?
L’armée russe n’a pourtant rien d’impressionnant : elle est incapable de soumettre une société ukrainienne cinq fois moins nombreuse et largement moins armée ! Mais sa principale capacité de nuisance est liée à sa masse, à sa capacité à se régénérer sans jamais s’éroder. En Ukraine, le « Corps expéditionnaire » russe mobilise de l’ordre de 500 000 militaires, à comparer non pas aux 200 000 militaires de l’armée française, mais aux seuls 40 000 soldats français « engageables » (au grand maximum) sur un front par nature éloigné; en réalité – du fait des relèves – à moins de 20 000 militaires français pour une guerre qui durerait.
Les capacités militaires françaises représentent environ 20% de celles de l’Europe, ce qui veut dire qu’aujourd’hui celle-ci pourrait mobiliser entre 100 et 200 000 soldats professionnels auxquels se rajouterait peut-être la moitié des 100 000 militaires américains encore stationnés sur notre continent.
Pas la peine d’avoir fait Saint-Cyr pour comprendre que la masse n’est pas vraiment en notre faveur ! Face à ce type de Corps expéditionnaire (un demi-million de soldats) et pour dissuader la Russie de toute nouvelle « opération militaire spéciale », il faudrait être capable de lui opposer au moins l’équivalent sur la zone de front, soit le double de ce dont nous disposons actuellement. Une masse considérable qui ne peut être atteinte que si nos soldats les plus entraînés et expérimentés sont dégagés de toute autre mission de protection de la nation.

Cela signifie que pour faire masse, les armées de métier des différents pays européens devraient être complétées par une Garde de militaires non professionnels, capables de prendre le relais temporairement au niveau territorial. Le tout en ayant la capacité de leur fournir une réserve indispensable si le conflit devait durer.
C’est exactement ce qu’il s’est passé en Ukraine où l’armée professionnelle aurait été submergée si elle n’avait pas été complétée, soutenue puis progressivement remplacée par ces « citoyens en armes » qui constituent aujourd’hui l’essentiel des combattant(e)s sur le front ukrainien : des hommes et beaucoup de femmes, informaticiennes ou boulangers, qui ont rejoint les combats, avec des connaissances militaires basiques mais suffisantes pour survivre et s’adapter à ces affrontements impitoyables.
Un service militaire coûteux et globalement inutilisable
Toute l’Europe est aujourd’hui équipée d’armées de métier qui ont pour caractéristiques communes d’être plutôt bien entraînées mais très coûteuses, d’autant qu’elles servent des équipements sophistiqués comme des avions de combat, des missiles ou des blindés.
Un « service militaire » pour les compléter est peu rentable. Il nécessite en effet de lourdes infrastructures et un encadrement coûteux (à prélever sur l’armée de métier) pour entraîner des recrues immatures (18-19 ans dans le projet d’Emmanuel Macron) et quasiment « inutilisables » en opération. En effet, ces appelés ou volontaires n’ont pas assez d’expérience pour servir des matériels lourds. De plus, la société hésiterait probablement à les voir engager sur le front alors qu’ils n’ont choisi de faire des armes leur métier.
Autrement dit, ce service militaire est coûteux et inutile, en particulier s’il ne concerne que quelques dizaines de milliers de soldats mal entraînés et difficilement utilisables, qu’il faudrait de plus occuper pendant toute une année sans pouvoir leur confier de missions intéressantes. L’ennui et le désœuvrement deviendraient vite leur quotidien, comme ils le furent pour les générations du « service militaire » imposé jusqu’aux années 1990.
Un projet de Garde européenne serait bien plus adapté aux défis actuels de sécurité
Une solution beaucoup plus intéressante et structurante pour la défense d’une société consiste à créer une garde de volontaires attachés à des unités territoriales et sur le même modèle dans toute l’Europe. Le principe d’une Garde européenne est d’accueillir des volontaires européens, entre 20 et 40 ans, sur une base régionale, par période d’un mois par an (trois semaines de formation/exercices et une semaine de récupération) pour les entraîner basiquement et régulièrement. Cette fourchette d’âge n’est pas anodine, après 20 ans pour chercher un minimum de maturité et avant 40 ans pour optimiser la condition physique des volontaires.
À raison d’un « contingent » par mois, cela permet de former 10 à 12 fois plus de femmes et d’hommes que dans des unités permanentes. Autrement dit, pour l’infrastructure et l’encadrement de 20 000 soldats, un dispositif de Garde permet de constituer une force supplémentaire de plus de 200 000 personnes, de doubler (sur le papier) les effectifs de l’armée française pour un coût très limité.
Certes, ces Gardes n’auront pas le niveau de formation et les équipements sophistiqués des unités professionnelles, mais ils seront destinés à des missions beaucoup plus simples de sécurisation du territoire, comme la mission « sentinelle » en charge de Vigipirate (vigilance face à un attentat). Cela implique que ces unités soient constituées par territoire pour limiter les besoins d’hébergement et de transport, mais aussi qu’elles acceptent tout citoyen européen résidant souhaitant participer, contrairement aux unités militaires actuelles strictement limitées à la nationalité française.
Ces Gardes seraient mobilisées seulement en cas de crise (qui pourrait être aussi un événement climatique ou sportif comme les Jeux Olympiques) pour sécuriser des territoires (installations sensibles par exemple) et rassurer la population en dégageant les professionnels (militaires et policiers) pour les missions plus difficiles.
Une partie beaucoup plus large de l’armée de métier pourrait ainsi être engagée, notamment sur un front éloigné – proche de la Russie par exemple –, sans fragiliser la défense de chaque territoire.
Le chaînon manquant entre la société civile et une armée professionnelle réduite en nombre
Cette Garde européenne constituerait le chaînon manquant entre une armée professionnelle réduite en nombre et une société civile qui n’a pas vocation à en faire son métier. La Garde constituerait un Corps militaire particulier pour permettre à cette société d’acquérir des connaissances de base, être capable de se défendre, et, si besoin, de former une armée de masse, d’une ampleur suffisante pour dissuader tout empire menaçant.
En France aujourd’hui, seulement 3% de la société a une culture militaire contre plus de 20% aux Etats-Unis. Avec une Garde, dont les volontaires se retireront progressivement année après année pour laisser la place à de nouveaux, la part d’hommes et de femmes disposant de bases militaires (comment réagir face à une agression, s’organiser pour agir collectivement, porter secours…) devrait se situer en quelques années entre 10 et 20% de la société. Précisons que cette culture militaire n’est pas une culture de la guerre, mais une culture de sa sécurité.
Partager la même culture de défense dans toute l’Europe, comme un Erasmus militaire
Une Garde européenne permettrait de partager la même culture de défense dans toute l’Europe, comme un Erasmus militaire, capable d’accueillir des centaines de milliers de volontaires formés sur des cycles de plusieurs années. Un citoyen européen pourrait ainsi servir dans une unité de la Garde qu’il déménage à Lyon, Barcelone ou Munich.
Une Garde européenne structurerait aussi de véritables industries européennes de la défense, des Airbus de l’armement à qui commander le même type de matériel pour toute la Garde, sous la responsabilité de l’Union européenne qui serait en charge de son financement et de son équipement.
L’emploi de ces unités territoriales de la Garde européenne serait du ressort des « autorités » politiques locales ou nationales. C’est d’ailleurs à l’armée (permanente) qu’est confiée en France et dans la plupart des pays européens la coordination (via des états-majors) de la défense du territoire en cas de menace militaire. Cette Garde y contribuerait largement, préservant ainsi les ressources professionnelles pour les missions les plus sensibles.
Une Garde européenne pour contribuer massivement à la sécurité de l’Europe
Cette Garde serait basée sur le volontariat, permettant d’entraîner régulièrement des femmes et des hommes dont le métier n’est pas celui des armes. Elle indemniserait leur entreprise ou leur administration pour que ces volontaires ne perdent rien lorsqu’ils serviront un mois par an cette Garde et pour éviter bien sûr de pénaliser leur employeur. Ce serait aussi une manière de rassurer les femmes et les hommes qui formeraient cette Garde en leur permettant d’acquérir des réflexes de base et des connaissances suffisantes pour pouvoir réagir en cas de crise et pour organiser un filet de protection supplémentaire dans une société aux multiples fragilités.
Enfin, constituer une Garde européenne serait un moyen de cheminer vers une armée européenne, encore trop éloignée dans les esprits cloisonnés par les questions de nationalité. Avec une Garde européenne, c’est un esprit de défense commun qui serait créé, sans nécessiter des moyens dont les pays européens ne disposent pas. C’est un projet peu coûteux et facile à mettre en œuvre qui ne demande pas d’investissements considérables.
Cette Garde européenne serait ainsi une manière de contribuer largement à la sécurité de l’Europe en montrant une détermination partagée à se défendre en cas d’agression, une capacité à se battre pour résister et à former un système puissant face aux défis auxquels nous sommes confrontés, de la Russie de Poutine aux prochains empires menaçants qui ne manqueront pas de se constituer.

Pour approfondir,
Guerre en Ukraine : Poutine souffle le chaud et le froid et « fait monter les enchères » à la veille de nouveaux pourparlers, par Ariel Guez (Le Parisien)
Vladimir Poutine se dit prêt à une guerre au long cours et « à de nouveaux succès », par Benjamin Quénelle (Le Monde)
Conflit Ukraine-Russie, l’heure de tous les dangers : quelle paix, quelles perspectives ? par Hugues Pernet (Diplomate)
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Pensez-vous que cette garde puisse être constituée assez rapidement pour impressionner Poutine quant à la motivation européenne à s’opposer à son « empire » ?
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Le principe est organisable en moins de deux ans, la montée en effectifs est rapide, et sans infrastructures dédiées
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Cette idée excellente, inspirée par le génie ukrainien (qui me rappelle celui des Vietnamiens dans un tout autre contexte idéologique, ou celui de Museveni et de sa NRA, de 1981 à 1986 ou encore le parcours de Georges Guigouin qui su comment résister dès juin 40, en dépit des manœuvres de ses chers camarades du PCF), a-t-elle une chance de franchir les obstacles bureaucratiques et partisans du système institutionnel européen et de ses composantes nationales ?
Quelles initiatives culturelles locales pourraient dès aujourd’hui en préparer ou accompagner la diffusion ?
Par exemple : les vieux nés en Europe, en Asie ou en Afrique dans les décombres de 40-55 (disons les gens nés avant 1955) pourraient être mobilisés pour instruire la jeunesse des illusions qui ont coûtés près de 100 millions de morts entre 1914 et 1945.
Frédéric.
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L’Europe est à un tournant : soit elle reste un grand marché régulé, soit elle devient une puissance politique complète. Or une puissance politique sans outil de protection crédible n’est qu’une administration confortable sous parapluie чуж—et ce parapluie, on voit bien qu’il se plie au gré des cycles électoraux, des intérêts nationaux et des urgences du moment.
C’est précisément pour ça que l’idée d’une Europe de la défense est aujourd’hui plus qu’un slogan : c’est un projet fondateur, capable de donner naissance à une “autre Europe” — une Europe unie non pas seulement par l’argent, mais par un impératif de protection collective, une responsabilité partagée, une souveraineté assumée. Passer du marché commun à la communauté de sécurité
L’Union européenne a été construite pour rendre la guerre improbable entre Européens. Très bien. Mais l’histoire contemporaine rappelle une règle simple : quand la guerre redevient pensable aux frontières, la paix intérieure dépend d’une chose… la capacité de dissuader et de tenir dans la durée.
L’objectif n’est pas d’imiter un modèle impérial ou de rejouer une logique de blocs. L’objectif, c’est la crédibilité : être en mesure de protéger le territoire européen, ses infrastructures, ses voies logistiques, ses citoyens, et de soutenir un théâtre extérieur si nécessaire, sans être mécaniquement dépendants d’un arbitrage américain. Une Garde européenne : masse, résilience, territorialité
Au-delà de tout débat sur un service militaire national “à l’ancienne” (coûteux, lourd à encadrer, difficile à employer de façon utile), la solution moderne est une Garde européenne : une force de réserve structurée, entraînée, territorialisée, interopérable, et mobilisable rapidement.
Son rôle est clair :
Mais cette Garde ne doit pas être un club de volontaires isolés : elle doit être un amalgame des armées européennes, un pilier organique de l’architecture de sécurité, pas une annexe. Architecture de commandement : stable là où il faut, tournante là où c’est sain
Là où il faut être lucide : un “commandement tournant” pur et dur, calqué sur la présidence de l’UE, est une fausse bonne idée au niveau opérationnel. La chaîne de commandement militaire exige de la continuité, de la doctrine, du réflexe.
Donc on découple proprement :
Résultat : tu gardes la légitimité politique européenne, sans saboter l’efficacité militaire. Industrie : harmoniser, standardiser, acheter européen (pour de vrai)
Une défense commune sans base industrielle cohérente, c’est une défense sous perfusion. Aujourd’hui, l’Europe paie trop souvent pour :
Une Garde européenne est une opportunité directe d’harmoniser :
Et surtout : d’assumer une règle simple — l’argent des Européens doit prioritairement financer des programmes européens, parce que c’est ainsi qu’on construit la souveraineté : par la continuité budgétaire, l’effet d’échelle, et la maîtrise des technologies. La France : un levier stratégique évident, sans arrogance
Dans cette architecture, la France a un rôle particulier pour une raison froide, objective : elle est la seule puissance nucléaire de l’Union européenne. Et elle dispose d’une capacité de projection spécifique : le seul porte-avions CATOBAR à propulsion nucléaire de l’UE, le Charles de Gaulle. (Oui, d’autres marines européennes opèrent des porte-aéronefs/porte-hélicoptères, mais pas ce profil-là.)
Ça change quoi ? Ça change la colonne vertébrale stratégique :
Et ça peut aussi redonner du sens aux programmes structurants qui patinent — typiquement le chasseur de nouvelle génération : sans vision commune de puissance, les projets s’enlisent dans les divergences industrielles et les besoins contradictoires. Avec une Europe de la défense assumée, ces programmes redeviennent un instrument de souveraineté, pas un champ de bataille bureaucratique. Sécurité interne : empêcher le noyautage, sans naïveté
Si on crée une force européenne, elle deviendra une cible prioritaire : influence, corruption, infiltration, guerre informationnelle, sabotage cyber. Il faut donc des garde-fous opérables, pas des incantations.
Exemples de mécanismes concrets :
Ça permet de traiter le risque de pénétration par des acteurs hostiles (États, réseaux, proxies) sans tomber dans le procès politique permanent. Conclusion : faire de la défense un ciment européen
L’Europe a longtemps été un projet de prospérité. Elle doit devenir un projet de protection. Pas “contre” le monde, mais pour exister dans le monde.
Une Garde européenne bien conçue — force de masse territoriale, adossée à un QG permanent, encadrée par un contrôle politique clair, soutenue par une base industrielle harmonisée — serait un saut qualitatif. Elle ferait passer l’Union d’un système économique sophistiqué à une communauté stratégique adulte.
Et ça, oui : c’est fondateur.
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Cette idée semble plutôt intéressantes, et ferait plutôt avançer positivement la situations, en tout cas plus efficassement qu’un dispositif se surimposant à d’autre déjà existant et moins interessant que ceçi (en tout cas c’est ce que j’ai compri de l’article du michel Goya sur le sujet) Bref cela permettrai d’agir plutôt que de laisser croire que l’on fait quelque chose sans en fin de compte amélioré la situation.
Malheureusement nos politiques seront-ils prendre les devant et refreiner les appétits Russe en se préparant à les affronter comme il se doit pour conserver nos indépendances, nos souveraineté et surtout nos liberté ou attendrons-t-ils l’urgence d’une confrontation avec la Russie pour agir, en catastrophe, et du même coup en perdant un temps toujours préçieux sur un champ de bataille ?
Rien ne semble l’indiquer pour le moment, mais qui sait, parfois les déçisions sont provoquer par les événements et l’on se retrouve où on n’aurait jamais pensé arriver…
Salutation, Ludovic Melin.
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C’est bien sûr une option, mais guerrière. J’en vois une autre, moins coûteuse : mettre en place une vraie politique de sanctions qui ruine véritablement la Russie et l’empêche de dégager les budgets lui permettant de poursuivre et d’amplifier son agression militaire. Jusqu’à présent, les quelques 22 trains de sanctions n’ont fait que l’érafler, on doit pouvoir leur rendre la vie impossible, tellement intolérable que le peuple russe ne pourra plus continuer à soutenir ce régime. Les russes ne peuvent pas vivre que de fake news, il leur faudra aussi du pain.
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Merci Monsieur pour cette Analyse.
sans vouloir, en aucun cas, être pessimiste, je ne vois pas comment l’Europe sera capable d’unifier ses efforts et ses effectifs militaires alors que toutes les nations européennes, dont la France, sont déchirées de l’intérieur par la haine entre les différentes composantes ethniques, religieuses, et sociales de son peuple. J’aimerais croire à l’existence de l’homme providentiel qui sera capable d’apporter l’unité et le respect mutuel dans notre pays, déjà dans un seul de ses villages.
la force d’un peuple vient de son unité intérieure, vous le savez mieux que quiconque. C’est mieux que persuasion armée.
vos analyses sont toujours claires et précises. Si je me permets, je n’y ai pas vu votre avis sur cette question intérieure. Nos dirigeants peuvent suivre vos recommandations, mais si le peuple est divisé,,,,.
Respectueusement Monsieur Ancel
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Tout à fait d’accord. J’ai fait un commentaire dans ce sens à un article du Monde, en évoquant en plus l’avantage de développer la conscience européenne avec une possibilité d’accueil dans des unités des autres pays. Félicitations pour votre bloc et vos diverses contributions.
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…bien lu ton article ;je serai l un des premiers candidats ! a plus
tard ,mon Guillaume ,Patrick.-
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Merci de cette chronique très pertinente comme chacune de celle que vous nous partagez. Avez-vous interpellé des élus (députés, sénateurs, potentiels candidats 2027..) sur cette thématique qui semble répondre en grande partie à nos besoins avec une structuration nettement plus pertinente que les dernières décisions prises par nos autorités qui utilisent une petite cuillère, là où une louche est nécessaire ! De même les conditions d’accès à la réserve GN / PN pourraient être revues car elles sont aussi un moyen d’alléger nos militaires sur des missions locales et de les détacher pour encadrer / former une Garde ‘Nationale’ et se consacrer aux missions les plus complexes. Bien à vous
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On veut nous vendre un service militaire européen au nom d’une fable simple : “la Russie est le Mal, l’Ukraine est l’innocente, et l’Europe doit s’armer — donc préparer ses enfants”.
Moi je pose une question brutale : depuis quand l’histoire de l’Europe se résume à des slogans ?
Parce que si on met les faits sur la table, l’histoire racontée en boucle est une version épurée, instrumentalisée, faite pour fabriquer l’adhésion.
À l’origine, le socle symbolique des Slaves orientaux — la vieille matrice politique et spirituelle dont la Russie moderne se réclame aussi — c’est la Rus’ centrée sur Kyiv. Kyiv n’est pas un détail : c’est un cœur originel, un marqueur identitaire. Moscou arrive plus tard, se construit ensuite, hérite ensuite. Donc oui : du point de vue russe, Kyiv et son espace ne sont pas “un pays étranger comme les autres”. C’est un morceau de récit fondateur.
Et maintenant, la partie que l’Occident ne veut pas regarder en face : l’Ukraine moderne, dans ses frontières actuelles, est un produit tardif.
Pas “inventé en 1991”, non : construit par strates — empires, puis découpages soviétiques, puis consolidation d’un État-nation après l’effondrement de l’URSS. Les frontières administratives soviétiques ont été transformées en frontières internationales du jour au lendemain. C’est légal, c’est acté, mais c’est aussi un fait : l’architecture territoriale et institutionnelle ukrainienne moderne est profondément héritée du cadre soviétique, puis reconfigurée par les logiques post-Guerre froide.
Et après 1991 ? On nous demande d’ignorer l’éléphant dans la pièce : la victoire occidentale a produit une stratégie d’expansion d’influence (économique, politique, militaire) vers l’Est. On peut l’appeler “aide”, “démocratisation”, “partenariats”, ça ne change pas la mécanique : une puissance qui avance ses réseaux jusqu’aux marches de l’autre crée un dilemme de sécurité. La Russie ne lit pas ça comme “un gentil projet européen”. Elle lit ça comme un encerclement progressif.
Donc quand Bruxelles nous sert l’équation : “Ukraine = ligne morale ; Russie = menace ; conscription européenne = évidence”… j’entends surtout : prépare tes enfants à payer une facture stratégique qui n’est même pas débattue sérieusement.
Parce que la conscription, ce n’est pas une phrase au journal télé : c’est des infrastructures, des instructeurs, des stocks, une industrie, une doctrine, et surtout une légitimité démocratique. Sinon, c’est du théâtre. Et le théâtre, ça finit parfois en drame.
Moi je dis : la priorité européenne n’est pas de militariser la jeunesse, c’est de stabiliser le continent. Et stabiliser, ça veut dire quoi ?
Ça veut dire sortir de la religion des slogans, reconnaître la part historique et sécuritaire du problème, et négocier une architecture réaliste : neutralités, garanties, zones tampons, contrôle des armements, désescalade. Pas “on part en guerre pour prouver qu’on est du bon côté”.
Et je mets le miroir là où il fait mal : si l’Europe veut brandir le droit, la protection des civils, et la morale… qu’elle soit cohérente.
Parce qu’en parallèle, il y a la Palestine : là, on parle de civils écrasés, de famine, de punition collective, de colonisation et d’impunité perçue — et l’Europe, souvent, bégaie.
Moi, si on doit mobiliser une énergie politique totale, je comprends beaucoup plus une mobilisation pour la protection des civils palestiniens, l’accès humanitaire, la fin de l’occupation et la responsabilité juridique, que l’idée d’envoyer des gamins européens se faire broyer sur un front Est au nom d’un récit simplifié.
Le vrai courage, c’est de refuser qu’on transforme nos enfants en monnaie d’échange d’une guerre de blocs. Le vrai courage, c’est de dire : non à la conscription émotionnelle, oui à la lucidité stratégique.
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Votre conception des relations internationales et de leur histoire ne s’inspirerait – elle pas de la doxa bolchévico-stalinienne : stabilité du continent menacée, fable historique, zone tampon, neutralité, désescalade militaire , recherche de la paix, encerclement, victimisation ? Bref : la Russie est assiégée et menacée ! Mais par qui ?
Des populations qui ont choisi librement la démocratie,la libre circulation des biens et des personnes, le règlement des frictions de tous ordres par le droit, le développement et le confort matériel, la paix depuis 1945, etc…? L’Otan qui protège ces pays des tentatives de déstabilisation serbe ( guerre civile yougoslave ) ou russe ( Moldavie, Ukraine, Géorgie, etc…).?
Pourquoi les réfugiés du monde entier n’affluent-ils pas dans ce beau paradis russe ( voire chinois, coréen du Nord, cubain, vénézuélien, iranien ….) mais dans cette Europe militariste, agressive et expansionniste ? Vous ne vous plaisez plus en Europe ? Je vous suggère de vous expatrier dans le pays de Poutine….Vous serez aux côtés des opprimés et des pacifistes….
Quant à la Palestine : nous attendons une grande initiative de paix russe en tandem avec Trumpov !
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Il me semble que nous étions passés au tutoiement.. je te réponds donc.
Il manquait à ce fil mon analyse de ce matin, donc je comprends pourquoi, lu “à sec”, mon passage sur Kyiv pouvait sonner 5ᵉ colonne. Je l’entends. Mais ce n’était pas ça.
Maintenant, sur le fond — dire que Kyiv est centrale dans le récit fondateur russe (la Rus’ de Kyiv, la matrice symbolique, l’ADN narratif), ce n’est pas dire :
C’est juste un constat d’ingénierie du récit : les États construisent de la légitimité avec des mythes fondateurs, et Kyiv est une pièce maîtresse dans cette architecture. Point.
Quand tu confonds analyse des représentations (narratif/identité) et adhésion morale/politique, c’est une erreur de méthode.
Sur ta tirade “doxa bolchévico-stalinienne / encerclement / victimisation” : tu fais un amalgame.
En relations internationales, tu peux parler de dilemme de sécurité, de profondeur stratégique, de zones tampons, sans être un nostalgique du Komintern. Ce vocabulaire décrit des logiques de puissance, pas une morale.
Sur l’OTAN et “les peuples ont choisi librement” : oui, il y a de l’agency à l’Est, parce que l’histoire du XXe siècle et 1991 ont laissé des traces. Mais l’autre moitié de l’équation, c’est que la Russie a aussi construit sa politique sur l’idée que perdre l’Ukraine = perdre le cœur symbolique et perdre un glacis. Ça n’excuse rien : ça explique pourquoi le dossier est inflammable.
Sur “si tu n’aimes pas l’Europe, expatrie-toi chez Poutine” : c’est de l’attaque rhétorique, pas un argument.
Je peux être pro-européen et anti-agression, tout en refusant le confort mental du monde en noir et blanc.
Et sur ta chute “initiative de paix russe avec Trumpov” : tu es dans le slogan. La paix, ce n’est pas une incantation, c’est un rapport de forces + des garanties + des mécanismes de contrôle. Le reste, c’est de la com’.
Ma position, simple :
Si tu veux débattre sérieusement, on peut : histoire des récits vs droit international vs intérêts de sécurité. Mais si le niveau, c’est “tu es la 5ᵉ colonne, déménage”, alors tu n’analyses plus : tu milites. Et ce n’est pas mon registre.
Bien cordialement,
JGG
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J’ai eu le courage de lire intégralement votre interminable propagande d’ultradroite ou ultragauche ou d’ultra frontière UE, eh bien finalement vous m’avez convaincu.
Oui, vous m’avez convaincu. Par simple application de votre argumentaire, j’appelle dès maintenant à ce que la France attaque militairement et annexe la Belgique, berceau historique des Francs et de la France, et où il existe plein de gens qui parlent français. Il y a même en Belgique un petit parti rattachiste (à la France), mettons-le au pouvoir ! Attaquons et annexons aussi la Rhénanie pour récupérer avec un motif historique la région du siège de Charlemagne. Tant qu’à faire, attaquons et annexons la Suisse et le Val d’Aoste, c’est plein de gens qui parlent français.
Merci M. ou Mme Jofftrey Gabriel Galichet.
Christian GUILLAUME (génération service militaire, sous la forme service armé).
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J’ai étayé mon analyse ce matin, en rejoignant l’idée que monsieur Ancel évoque.
( ça a été publié plus haut, lorsque monsieur Ancel validera l’intervention..)
Merci à vous de m’avoir lu, monsieur.
Je vous souhaite (à tous!) un bon repos dominical et de très bonnes fêtes de fin d’année!
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Mais entièrement d’accord !
Le fondement de la “France moderne”, c’est Clovis, évidemment : le vase de Soissons — « ainsi as-tu traité le vase de Soissons ». Les Francs saliens, la francisque… et derrière, la fameuse “loi salique”.
À l’origine, la Lex Salica
« De terra vero Salica in mulierem nulla portio hereditatis transit; sed hoc virilis sexus acquirit… »
En clair : la terre salique ne se transmet pas aux femmes, elle revient aux hommes.
Des siècles plus tard, lors des crises de succession (XIVe), on “habille” politiquement la règle et on en tire des maximes du genre :
« Le royaume de France ne tombe pas en quenouille » — et sa variante : « le lys ne file pas ».
Donc oui, si on suit votre logique parodique : Bruges (la Venise du Nord, magnifique) “objectivement à nous”, on remet la capitale à Tournai, boucle bouclée. 😄
Bon. Évidemment que non.
Votre reductio est drôle, mais elle fait un contresens : défense collective ≠ conquête. Une Europe de la défense / une Garde européenne, ce n’est pas “attaquer et annexer” des voisins : c’est construire une capacité de protection, dissuasion, résilience, avec doctrine, interopérabilité, stocks, industrie — et des garde-fous sérieux contre l’ingérence.
Et pour rester dans le concret : la France est la seule puissance nucléaire de l’UE, et la seule à disposer d’un porte-avions nucléaire CATOBAR (Charles de Gaulle). Mais l’UE n’est pas “sans pont d’envol” : l’Espagne et l’Italie ont aussi des bâtiments porte-aéronefs.
Bref : caricaturer peut être salutaire, mais ça ne répond pas au sujet.
Merci d’avoir lu mon analyse sérieuse sur la “Garde européenne” : je n’avais pas eu le temps de la terminer avant ce matin. Je vous invite à la lire lorsqu’elle sera publiée.
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Petit rappel historique : après 1945, la France a obtenu par un traité de paix et un référendum » deux villages appartenant à l’Italie fasciste vaincue ( Tende et La Brigue ) ….Charles De Gaule aurait voulu bien plus de territoire par annexion pure et simple….
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Ce corps europeen sera armé par qui ?…par les US bien sûr ..MAIS avec un financement europeen ..cela ne fait que prolonger ce qui s’est RÉELLEMENT passé durant les 4 dernieres années ….sur le front Russo Ukrainien ……..
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Vous partez d’un fait réel ( l’achat massif par les pays de l’Otan d’armement américain depuis 1945 ) , soit ! Mais qui vous permet d’extrapoler et de déterminer un futur intangible ? Trumpov ne pousse-t-il pas les pays européens à privilégier la fabrication et l’achat de produits locaux, voire de prendre en charge la structure de commandement de l’Otan dans les années à venir ? Soyons plus optimistes et moins catégoriques ……
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Merci Guillaume. Meilleurs vœux HP
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