Gaza, déportation en cours, pour s’y opposer il faut commencer par le dire

Après 2 années de guerre, déclenchée par le Hamas et par l’aveuglement du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, voilà que ce dernier a engagé une opération « militaire » majeure contre la ville de Gaza, au cœur de la bande du même nom.

Cette opération, que de nombreux militaires israéliens ont vivement déconseillée, n’est pas une « offensive terrestre destinée à détruire le Hamas et à libérer les otages israéliens » comme l’affirme Netanyahou, mais une vaste entreprise de déportation de la population palestinienne que le dirigeant israélien assimile au Hamas.

En effet, l’objectif premier de cette opération n’est pas de détruire un mouvement terroriste qui n’a aucune consistance militaire – et Israël a suffisamment d’expérience anti-terroriste pour le savoir – mais de faire fuir la population palestinienne vers le sud de la bande de Gaza, de réduire le territoire déjà limité qu’elle occupe pour s’en emparer. La manœuvre est grossière, mais elle est claire : les bombardements massifs contre la ville sont les préliminaires d’une vaste occupation de la capitale destinée à déporter massivement la population pour la concentrer vers la frontière avec l’Egypte.

Aucun argument militaire à l’opération contre la ville de Gaza, si ce n’est de la vider de sa population

Tsahal, l’armée israélienne, ne va combattre aucune armée du Hamas pour la raison que cette dernière n’existe pas. Son opération n’est pas une offensive terrestre car pour cela il lui faudrait une opposition militaire, une armée à vaincre alors qu’il n’existe plus dans Gaza qu’une population épuisée et affamée qui erre au plus pressé, survivre.

Certes, l’occupation de Gaza se fera dans un environnement particulièrement hostile du fait que les soldats israéliens ne risquent pas d’être accueillis avec des roses mais plutôt avec des grenades. Des grenades à peine plus dangereuses que les milliers d’engins non explosés tirés par les Israéliens eux-mêmes (obus, missiles et drones) et les immeubles dévastés menaçant de s’écrouler à tout moment sur ceux qui voudraient s’y aventurer.

L’argument de la destruction des tunnels n’est même plus brandi par le gouvernement Netanyahou tellement il est éculé, comme si détruire un souterrain pouvait anéantir un mouvement terroriste. Quant aux immeubles encore debout qui sont systématiquement bombardés, il ne s’agit évidemment pas de cibles pertinentes qui affaibliraient le Hamas, mais de détruire à tout jamais la possibilité pour les Gazaouis de vivre ici.


Une déportation de masse qui constitue un crime contre l’humanité

Déporter la population de Gaza poursuit un objectif très clair et souvent reconnu par les suprémacistes qui participent au gouvernement Netanyahou : chasser la population palestinienne. Une fois amassés vers la frontière égyptienne, pour ceux qui auront survécu aux bombardements et à la famine, les Palestiniens se verront « miraculeusement » proposer de fuir la bande de Gaza devenue ces deux dernières années un cauchemar au quotidien.

Fuir vers l’Egypte, fuir par la Méditerranée, fuir vers d’autres destinations, fuir à tout prix dès lors que l’armée israélienne aura reçu l’ordre d’ouvrir des portes vers l’extérieur de la bande de Gaza, aujourd’hui totalement verrouillée, comme un immense champ de la mort. Une déportation de masse qui constitue un crime contre l’humanité pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris ou qui ne veulent pas observer la réalité.

Le Monde

Quant aux otages israéliens, moins d’une vingtaine encore vivants et dont on n’ose pas imaginer l’état, Netanyahou vient de les achever ou quasiment en allant bombarder au Qatar les négociateurs du Hamas en charge de discuter de leur libération. Pire encore, cette brute sans limite qu’est devenu Netanyahou a fait tuer le fils du négociateur en chef du Hamas, comme pour s’assurer que les otages israéliens ne seront jamais libérés…

Le Monde

Une déportation de la population que les réseaux Netanyahou veulent empêcher de nommer

Une propagande intense et d’une rare agressivité accompagne cette opération de déportation, pour éviter à tout prix qu’elle ne soit nommée, pour que ceux qui soutenaient Israël jusqu’ici et dont je faisais partie, ne prennent conscience de ce qu’est en train de faire Netanyahou au nom de la sécurité d’Israël. En réalité, celui-ci dirige l’Etat hébreu vers un gouffre abyssal, construire par la violence et la mort un « Grand Israël » en chassant les habitants de ces terres convoitées.

Lire aussi : Gaza, face un crime contre l’humanité, une neutralité impossible

Et pour finir, Netanyahou, dans sa politique de dévastation, entretient consciencieusement le fait que le Hamas – pourtant largement condamné – continue à jouer un rôle majeur. Il impose en permanence son meilleur ennemi pour représenter le peuple palestinien, au lieu de faire place à une organisation dont l’objet ne serait ni la guerre, ni la vengeance.

La France et l’Arabie Saoudite ont (enfin) pris l’initiative de faire reconnaître auprès de l’ONU un État palestinien digne et débarrassé du Hamas, en faisant adopter la « déclaration de New-York ».
Pendant ce temps, Netanyahou, aidé en cela par son ami Donald Trump le promoteur immobilier ex-candidat au prix Nobel de la paix, précipite la région tout entière vers le chaos. Des dirigeants radicaux veulent nous imposer leur « ordre nouveau », mais nous avons encore la possibilité de les en empêcher en refusant qu’ils nous emmènent sur ce chemin, tout simplement en commençant par le dire, ce qui n’est jamais vain.

Le Monde

Pour approfondir,

Israël-Palestine : l’Assemblée générale de l’ONU adopte une déclaration relançant la solution à deux Etats, sans le Hamas (par Philippe Ricard, Le Monde)


Noam Ben-Zeev et Yael Perlov, intellectuels israéliens : « Existe-t-il encore des mots pour décrire l’horreur que nous infligeons à Gaza ? » (tribune)



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12 commentaires sur “Gaza, déportation en cours, pour s’y opposer il faut commencer par le dire

  1. C’est cela. J’ai du mal à saisir comment un peuple qui a vécu les horreurs de la Shoah puisse aujourd’hui commettre une telle déportation et un tel génocide vis-à-vis des palestiniens. Ils s’en fichent complètement de leurs otages, car BN sait que le jour ou il n’y a plus de guerre, il aura des comptes à rendre à la justice de son pays.

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  2. Mardi 16 septembre 2025 :  » GAZA BRULE « .

    C’est le titre de toutes les chaînes d’info en continue et des journaux sur Internet.

    L’ONU parle d’un génocide et Israël s’en défend.

    « Génocide: crime contre l’humanité tendant à la destruction de tout ou partie d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux. » Larousse 2020

    Tout est dit dans cette définition.

    Israël inflige l’horreur aux Gazaouis avec l’aval des Etats unis et Mr Trump brigue – dans sa tête – le prix Nobel de la Paix. Honte à lui.

    S Cazeneuve

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  3. Même si les USA n’ont pas été jusqu’à voter pour la résolution de New-York, la frappe sur un allier de ceux-çi à été plutôt acceuilli fraichement , les conduisants à ne pas mettre leur véto à une résolutions les condannants… Sans doute insuffisant pour stopper le premier ministre Israëlien et son gouvernement mais un petit rappel des limites de leurs pouvoir!

    L’isolement international d’Israël reste considérable avec seulement une dizaine de pays s’opposant à la résolutions de New-York.

    Alors que les quelques irréductibles ne pourront pas éternellement jouer aux aveugles, sous peine de voir leur propre population les rejetés, suivant en cela de plus en plus d’Israëliens vis à vis de Benjamin et des extrémistes qui le soutienne dans une politique de destructions, de morts et de terreur. Salutation, Ludovic Melin.

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  4. Merci Guillaume

    Ceci vous intéressera peut etre Cela vous intéressera peut etre de savoir que France 24 a refuse de parler du livre de Gilbert Achcar qui était en tournée de conference en France cette semaine et refuse d l interviewer depuis qu il a employe le mot de “genocide” a Gaza

    Amities Francis

    Francis Ghiles Senior Researcher Barcelona Centre for International Affairs Member of the Frontier Energy Network

    fghiles@cidob.org T +33 6 28 40 43 11 skype: francis.ghiles https://www.cidob.org/en/experts/francis_ghiles

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  5. Autant une riposte appropriée d’Israël contre le Hamas aurait été légitime après les atrocités commises sur des civils israéliens par ce mouvement terroriste, autant les opérations Nétanyahou-Trump contre les civils palestiniens relèvent de la Justice internationale.
    Le projet immobilier de Trump sur les ruines de Gaza est une ignominie que les démocraties doivent absolument empêcher.

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  6. je suis  le deuxieme a lire ton blog…Benjamin N . ,a chaque
    bombardement nous montrson vrai visage :au lieu dun homme politique
    roublard ,il vire vers un autre type ,celui deW. Poutine…et mene tout
    son peuple dans une guerre sns fin ! C est trahir ceux qui fuyaient la
    persecution en Europe et au moyen -orient …Patrick .-

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  7. Bravo Guillaume, tout ce que tu as toujours dit est correct et notament le fait qu’Israël se comporte comme l’Allemagne nazie…ce qui t’a fait disparaître des écrans. Que des êtres humains ici et là, puissent encoe défendre Israël et justfier ce génocide me paraît tellement halucinant…de là à conclure que ces jusqu’auboutistes dépourvus de la moindre miette d’empathie ne soient pas humains…Qui sont les « animaux »? Quelle misère, quelle tristesse, quel désaroi. C’est horrible! Je te connais assez pour savoir que tu tiendras bon et que tu continuera à dire la vérité malgré et contre tout. Bravo.

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