Ukraine : après la réunion de la coalition des volontaires à Paris, il ne reste plus qu’à trouver un accord de paix avec la Russie…

Le ton peut sembler moqueur, mais l’événement est d’importance : 35 pays « volontaires » se sont rassemblés à Paris pour soutenir l’Ukraine et 26 d’entre eux se sont engagés formellement à lui fournir des « garanties de sécurité », pour sécuriser un accord de paix qui va désormais être le cœur des négociations à venir.

Des garanties de sécurité étendues à quatre domaines

Ces garanties de sécurité, qui ont demandé des mois de discussions entre les pays volontaires, sont donc destinées à garantir que les concessions qui seraient faites par l’Ukraine en échange d’un arrêt de la guerre ne puissent pas être mises en péril par un revirement de la Russie.

La garantie la plus commentée parce que la plus visible est bien évidemment le déploiement d’une force multinationale « sur terre, dans les airs et sur mer », mais elle complète en réalité un dispositif plus large qui comprend plusieurs aspects.

La première garantie de sécurité est de continuer à soutenir l’Ukraine, financièrement et militairement – notamment par des livraisons d’équipements militaires – tant qu’un accord n’est pas trouvé, afin de ne pas fragiliser ce pays qui résiste à un ogre cinq fois plus lourd qu’elle depuis trois ans et demi maintenant. Rappelons au passage que, depuis l’arrivée de Trump à la tête des Etats-Unis, ce sont ces pays volontaires qui financent l’essentiel des livraisons d’armes, américaines en particulier.

La deuxième garantie porte sur le futur « modèle de force » ukrainien, autrement dit ce que sera l’armée ukrainienne si cette guerre se terminait. La Russie voudrait imposer une armée « croupion » pour désarmer l’Ukraine, comme si Poutine pouvait faire croire qu’elle le menaçait… La coalition des volontaires s’est entendue sur l’importance de garantir à l’Ukraine une armée taillée pour la défendre quelles que soient les exigences de Poutine. Cette question est importante pour la négociation à venir et plus encore pour l’avenir de l’Ukraine.

Le déploiement de forces en et autour de l’Ukraine constitue la troisième garantie

Le troisième sujet, le plus visible pour nos sociétés, est le déploiement d’une force militaire multinationale dont l’objet n’est pas de se lancer contre l’armée russe, mais de la dissuader de reprendre la guerre après un accord. Ce déploiement de forces n’est pas non plus destiné à surveiller la frontière ou à participer aux opérations de l’armée ukrainienne qui seront réputées s’arrêter avec un accord de paix ou au moins de cessez-le-feu.

Cette force multinationale serait stationnée en partie dans des pays voisins, comme la Pologne ou la Bulgarie, notamment pour la composante aérienne ou logistique, et en partie sur le territoire ukrainien à une distance « raisonnable » de la ligne de front qui deviendrait alors une frontière. Cette dernière serait élargie d’une zone démilitarisée de part et d’autre pour éviter qu’un accrochage intempestif, c’est-à-dire une violation du cessez-le-feu, ne (re)mette le « feu aux poudres ».

Situation du front au 31 aout 2025 @PouletVolant3

Cette mesure de déploiement de forces est la plus visible et symbolique d’un engagement des pays volontaires à défendre l’Ukraine contre une nouvelle attaque, elle participe aussi à la quatrième mesure de garantie, celle d’un engagement effectif de « solidarité dans l’avenir » pour éviter les affres des accords précédents, ces « accords de papier » qui n’engageaient que ceux qui y croyaient.

Le fait que des forces militaires des volontaires soient déployées sont une forme de pré-engagement, comme le rôle joué par les Forces Françaises en Allemagne (FFA) qui ont participé pendant 50 ans à la sécurisation de la partie occidentale de l’Europe. Cette garantie de solidarité effective serait formalisée dans un traité, mais c’est bien la présence de forces sur le territoire ukrainien qui signifierait l’engagement des pays volontaires à ses côtés.

« no american boots on the ground »

La réunion de Paris du 4 septembre 2025 était importante parce qu’elle a officialisé l’engagement de 26 pays (d’autres suivront) à participer à ces garanties de sécurité auxquelles les Américains ne se sont engagés qu’à la mesure de la versatilité d’un Donald Trump qui peut à tout moment se rétracter. Trump n’a d’ailleurs pas formellement défini l’implication américaine, si ce n’est qu’il ne l’a pas refusée, en dehors du déploiement de soldats américains sur le sol ukrainien, avec cette formule « no american boots on the ground », pas de soldats américains sur le terrain.

La réunion de Paris constitue un engagement majeur de nombreux pays européens (auxquels il faut rajouter le Canada et l’Australie) dans un projet indispensable pour avancer dans les négociations de paix entamées par Donald Trump. Qu’on déteste ou qu’on moque – comme moi – le président américain ne doit pas faire oublier qu’il est seul dirigeant occidental à pouvoir réellement discuter aujourd’hui avec Vladimir Poutine.

Forte de ces garanties, l’Ukraine peut en effet négocier maintenant des concessions avec la Russie, et cette « assurance » était indispensable pour en discuter. Néanmoins, cette force ne garantit pas pour autant l’obtention d’un accord de paix, elle en rend crédible l’application.

La Russie est opposée « normalement » à toute sécurisation de l’Ukraine, qu’elle voudrait « assurer » à sa manière…

L’opposition russe est très forte à ces garanties de sécurité européennes, mais Poutine n’a aucune crédibilité à vouloir assurer la sécurité de l’Ukraine alors même qu’il a initié et alimenté cette guerre pour prendre le contrôle de son voisin qui croyait être un peuple frère.

La difficulté pour les pays « volontaires » de déployer des forces n’est pas des moindres, elle traduit d’abord une forte inquiétude face à un possible engagement militaire dans des sociétés européennes qui croyaient – ou plutôt espéraient – ne plus être concernées par la guerre. C’est l’objet même de mon dernier ouvrage chez Autrement « Petites leçons sur la guerre », sous-titré justement « Comment défendre la paix sans avoir peur de se battre ».

Le Monde

En effet, pour les pays volontaires, craindre que ses soldats doivent faire la guerre, ce serait refuser d’engager des pompiers contre un incendie pour ne pas risquer qu’ils se blessent alors même que c’est leur raison d’être (d’attaquer le feu, pas de se blesser). De fait, engager plusieurs milliers de soldats professionnels dans la défense de l’Ukraine après la signature d’un accord de paix serait une belle réussite pour mettre fin à un conflit sans issue militaire et qui continue de faire des dégâts considérables.

Lire aussi : Négociation impossible sur l’Ukraine ? Et pourtant…

Donald Trump va hésiter, mais son Nobel de la paix a un prix

La balle est maintenant dans le camp du prétendant au prix Nobel de la paix, l’imprévisible Donald Trump, qui va pouvoir démontrer ses talents de négociateur face à un Vladimir Poutine qui n’a pas grand-chose à perdre, si ce n’est le pouvoir et la vie…

Donald Trump va hésiter, mais son Nobel de la paix a un prix. Comme il discute avec son homologue russe pratiquement chaque semaine, la situation va probablement s’accélérer, il a déjà prévu de lui en parler dans les jours qui viennent.

Notons que la belle démonstration de soutien de la Russie par la Chine, l’Inde et la Corée du Nord ne change rien à cette négociation et ne doit pas masquer leur total absence d’intérêt commun, si ce n’est de refuser « l’ordre occidental » dont Donald Trump ne sait plus lui-même s’il doit l’incarner.

Quant à la démonstration de forces de la Chine, avec une grande parade militaire à Pékin, elle n’a jamais été destinée à menacer des pays tiers (Taïwan ne constituant pas à ses yeux un pays souverain), mais à garantir la sécurité d’un empire qui ne peut fonctionner que par le commerce international et la reconnaissance de sa place. Il est vraisemblable qu’à Pékin, le président chinois Xi Jinping ait d’abord conseillé à Vladimir Poutine – dont l’économie ne représente que le dixième de son PIB – de terminer cette guerre qui n’a que trop duré.

La place est maintenant à la négociation entre la Russie (l’agresseur), l’Ukraine (qui a résisté) et les Etats-Unis (qui voudraient s’en extraire). Les Européens eux ont montré leur cohésion et leur cohérence dans leur volonté de sécurisation de l’Ukraine comme de leur propre espace.


PS : le gouvernement Netanyahou continue son « entreprise » de dévastation de la bande de Gaza en s’attaquant pour la troisième fois au moins à la ville de Gaza dont il ne reste pourtant pas grand-chose à détruire. Il est affligeant de lire que les objectifs affichés de l’armée israélienne sont de détruire des immeubles qui pourraient servir au Hamas : autrement dit toutes les infrastructures de Gaza peuvent être explosées, sans pour autant que le Hamas ne puisse être neutralisé puisqu’il n’a jamais été dépendant d’immeubles quelconques mais bien de la place que lui confère le gouvernement Netanyahou pour représenter les Palestiniens. Ce n’est pas une guerre – dans son sens militaire – que mène Netanyahou, mais une entreprise de destruction sauvage et sans limites d’un territoire qu’il veut vider de sa population.

Le Monde

Pour approfondir,

La coalition des volontaires toujours en quête d’un appui américain, par Claire Gatinois et Phlippe Ricard (Le Monde)


Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution, par Pierre Verluise (Diploweb)


Ces chiffres diffusés par l’historien Vincent Lemire sur Gaza sont probablement sous-estimés puisqu’ils s’appuient sur les données du renseignement militaire israélien, incomplètes. Compte tenu du nombre de victimes « ignorées » parce que ensevelies sous les décombres des immeubles explosés, la proportion de civils se situe plutôt dans une fourchette de 90-95%.


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9 commentaires sur “Ukraine : après la réunion de la coalition des volontaires à Paris, il ne reste plus qu’à trouver un accord de paix avec la Russie…

  1. Bonjour, alors que Benjamin Neytanyaou tente de reduire les tensions interne au sein de sa propre armée, qui peine à voir dans ses attaques militaires contre Gaza autre chose qu’un teste de la résistance naturel des batiments et un dénombrement des victimes civiles en résultants, en bombardant le Qatar. Ce rappellant soudainement que les prinçipaux dirigeant du Hamas ne se trouve pas à Gaza ( ce n’est pas la première fois en près de trois ans…). Voilà que les tension déjà vivent entre la Pologne et la Biellorussie et surtout son allier Russe monte d’un cran alors que des dizaines de drone Russes ont traversé la frontière est peine à être rangés dans la catégorie « accident ».

    Tous ceçi traduit surtout l’impasse dans lequel se trouve Israël et la Russie, l’un tentant d’enfermer son pays dans une/des guerre(s) dont les Israëliens ne veulent plus, l’autre incapable d’obtenir des résultats militaires probant sur le sol Ukrainniens tentes de tester l’option de l’ouverture d’un potentiel nouveau front qui entrainerait la Biellorussie dans la guerre mais qui pourrait bien augmenter aussi le nombre d’ennemie qui refuse de pliés sous son joug… Salutation, Ludovic Melin.

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  2. Un accord de paix entre la Russie et l’Ukraine ? UTOPIE.

    Poutine ne lâchera RIE? Il veut l’Ukraine dans sa globalité avec disparition du président Zelensky et de ses soutiens. A la place, un gouvernement à sa botte après des élections truquées comme en Russie.

    Pour Poutine, l’Ukraine s’est rapprochée de l’Europe et de sa civilisation occidentale qu’il considère comme décadente avec libertés en tous genres, légalisation de l’avortement, mariage pour tous, multipartisme, choix de religions et combien d’autres choses interdites en Russie et passibles de peines d’emprisonnement non justifiées à nos yeux d’occidentaux.

    Aucun dirigeant européen n’est dans la tête de Poutine, obstiné et implacable dans sa ligne de conduite. Il ne recule. Il avance, à petits pas certes, mais il avance.

    Nous n’avons pas de solution face à cet individu.

    Quant à ce qui se passe à Gaza, c’est une monstruosité.

    il n’y a que le peuple israélien en se soulevant contre Netanyahou, son gouvernement et son armée qui puisse mettre fin à ce massacre. En a t il envie ? En a t il les moyens ?

    S Cazeneuve

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  3. Tout indique qu’une paix abandonnant au dictateur Poutine les territoires qu’il a volés aux Ukrainiens, générerait un risque considérable d’encouragement aux nombreux autres tyrans qui sévissent sur la planète, désormais alléchés par l’impunité de l’un d’eux.

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  4. Tant que Poutine sera aux commandes au Kremlin, il n’y aura pas d’accord de Paix ! Il est le premier a donner ce signal, puisque depuis que les « négociations «  de Paix ont commencé, le nombre de drones et de missiles a été multiplié par un facteur 3 ou 4 !

    Désormais chaque nuit ce sont entre 400 et 500 engins de guerre qui sont lancés sur l’Ukraine. Depuis le début des « négociations », Poutine cible la capitale Kiev. On est d’ailleurs étonné du relativement maigre résultat de ces frappes, puisque l’on relève une dizaine de morts chaque nuit ( et plusieurs dizaines de blessés. Lors du Blitz de Londres, en septembre 1940, le bilan a été beaucoup plus lourd, puisque en 24 nuits, La Luftwaffe a largué l’équivalent de 7.000 tonnes de bombes et tué 7.000 personnes et blessant 10.000 autres)

    Ce qui est étonnant c’est que ces bombardements à l’aveugle et visant exclusivement des civils ukrainiens, n’a JAMAIS ETE CONDAMNE par aucun parti dit « progressiste ». Il doit donc exister des bombardements condamnables ( Israël dans la bande de Gaza) et d’autres inodores, incolores et qu’on ignore superbement : les bombardements de Monsieur Poutine contre l’Ukraine. Je note au passage que le RN est extrêmement discret sur ce sujet !!!

    Zelensky ne pourra faire pencher la balance, que s’il frappe un grand coup. Il dispose désormais du missile Flamingo, qui a effectué sa première frappe le 1er septembre

    Fort de ce premier succès il pourra pulvériser le pont de Kertsch et isoler la Crimée et priver le front du Donbass d’importants renforts en munitions.

    Idem pour les usines de fabrications de drones ( 300 unités/jour) ainsi que les bases aériennes qui hébergent les bombardiers stratégiques qui lancent les missiles Kinjal et autres sur les civils Ukrainiens.

    Poutine n’a PLUS les moyens d’aligner les milliers d’obus que tire son artillerie tous les jours. Actuellement c’est la Corée du Nord qui lui en a fourni 6 millions. ( Selon les services de renseignements Ukrainiens 50% sont défectueux). Idem pour les missiles c’est l’Iran qui a fourni des centaines de missiles Fath 360…

    Si l’Ukraine s’attaque aux sources de production des Drones et des Missiles, Poutine va se retrouver en culotte courte !

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  5. …bonne analyse,mais en Allemagne , les reticences sont grandes
    …surtout dans l extreme-droite et les ex-communistes ( die Linke )
    ;ton ouvrage sur la guerre est un vrai pave …allez , a bientot  :
    Patrick .-

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  6. Avec la volonté de Donald Trump de laissé faire Nétanyaou littéralement ce qu’il veut, je ne voit guère que le peuple Israëlien pour mettre un terme à sa soif de sang et de destruction, mais malgrès un rejet de plus en plus intense de cette guerre par la population avec près d’un quart des Israëliens dans les rues pour reclamée un cessez-le-feu et la libération des otages, le parlement Israëliens à encore laissé en place ses extrémistes et d’içi les long mois avant qu’il ai de nouveau l’occasion de les faire tombé et mettre ainsi fin au bain de sang, à la famine et au destruction, on peut s’attendre à ce que les pertes de civiles Paléstinniens s’allourdissent encore considérablement.

    Pour la guerre en Ukraine l’impasse est encore plus grandes, contrairement au Israëliens les Russes reste silençieux, prit dans une chape de propagande et de peur. En terme d’accord de paix je ne voie actuellement qu’une résolution militaire et celle-çi est pour les deux camps térriblement improbable, ainsi pour l’Ukraine il s’agirait de reprendre à minima Melitopole, mieux encore mariopole avec et globalement coupé l’accé terrestre à la Crimé au Russe, ou encore prendre le contrôle de la region de Belgarote, la région de Koursk étant trop éloignée du Dombasse pour augmenter la pression sur cette zone de combat… Pour la Russsie au dela des ennnuies que cela nous poseraient ( à nous Européen) au vue des exigence actuelle qui se rapproche d’une capitulation sans condition de l’Ukraine il ne faut pas moins que prendre Kiev…

    Reste la pression économique et international mais qui semble bien loin pour le moment débranler les ambitions démeusuré de Vladimir Poutine et de tous ceux qui le soutiennent en Russie.

    Salutation, Ludovic Melin.

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