Poutine refuse de cesser le feu contre l’Ukraine, Trump au pied du mur ?

Dès l’élection du pape le 8 mai, c’est bien la grande parade militaire à Moscou du 9 mai qui devait marquer les esprits. Mais les pays européens ont remarquablement retourné la situation en se réunissant en Ukraine le 10 mai, lors d’un sommet à Kiev qui fait enfin espérer une issue à ce conflit sanglant, déclenché par la Russie en février 2022 pour soumettre son voisin.

Grande victoire patriotique contre le nazisme à Moscou, Poutine défie l’histoire et Donald Trump

Le 9 mai, la Russie fêtait en « grande pompe » la 80ème commémoration de la « grande victoire patriotique » contre le nazisme en 1945. Défiant la réalité historique, Vladimir Poutine essaie d’assimiler la guerre mondiale contre Hitler (oubliant au passage que Staline avait commencé par s’allier avec celui-ci) avec sa propre guerre de soumission de l’Ukraine, qu’il n’arrive pas à gagner d’ailleurs, lui qui croyait avoir la deuxième armée du monde.

Le procédé est assez choquant mais pas étonnant de la part d’un dictateur fascisant comme Poutine. Il se dit féru d’Histoire mais la tord joyeusement pour qu’en aucun cas, elle ne puisse le contredire. Sa grande commémoration du 9 mai aurait dû être célébrée avec une large partie du monde. Pourtant, seule une vingtaine de dirigeants se sont réunis à Moscou, dont la moitié issue de l’ancien empire soviétique…

Notons au passage que, parmi l’autre dizaine de chefs d’État présents à Moscou, deux Européens affichaient leur obédience à la Russie de Poutine, tout en voulant profiter des avantages de l’Union européenne : le président serbe et le Premier ministre slovaque…

Cependant, le clou de la parade du 9 mai à Moscou n’avait pas pour vocation la démonstration de telle arme ou de telle unité militaire, mais bien l’exhibition pendant trois jours de la proximité de Vladimir Poutine avec le président chinois, Xi Jinping. Dans un contexte où Donald Trump a fait des propositions inouïes au président russe pour qu’il arrête la guerre contre l’Ukraine – mais aussi pour lui permettre de se rapprocher des États-Unis -, la volonté de Poutine de mettre en scène au cours de cette parade militaire le soutien qu’il aurait de la Chine sonne comme un air de défi.

« Ne va surtout pas penser que j’ai vraiment besoin de toi » semble dire le président russe à Trump avec cette démonstration de force et de soutien international.

Le président chinois, Xi Jinping, et le président russe, Vladimir Poutine, lors du défilé militaire pour le 80ᵉ anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie, à Moscou, le 9 mai 2025. Des soldats chinois défilant à Moscou se reflètent dans la vitre de protection SERGEI BOBYLEV / AP

Une attitude de défi de Poutine d’autant plus surprenante que le président américain négocie depuis des mois une proposition largement à l’avantage du Maître du Kremlin, à la condition que celui-ci accepte enfin un véritable cessez-le-feu et une négociation réaliste sur les conditions de sortie de cette guerre, qui dure désormais depuis plus de trois années.

Mais en dehors d’une trêve aussi courte qu’opportuniste, manifestement destinée à protéger sa grande parade militaire plutôt qu’à stopper la guerre, Poutine n’a donné aucun signe de bonne volonté face aux demandes pourtant répétées de Donald Trump et de son cercle.

Bras d’honneur à Donald Trump ou baroud d’honneur avant de stopper son échec militaire en Ukraine ?

La grande parade à Moscou du 9 mai 2025 a vu défiler des unités militaires chinoises aux côtés des régiments russes, « héros » de la guerre contre l’Ukraine… Vladimir Poutine a semblé ainsi faire un bras d’honneur à celui qui veut désespérément le prix Nobel de la paix et chercher à se définir comme le « président le plus puissant de l’histoire des États-Unis ». Signe de défiance à Donald Trump et/ou message destiné à rassurer ses propres ultras, ceux qui ne comprennent pas pourquoi la Russie ne rase pas l’Ukraine ?

Cette démonstration de force est probablement compréhensible dans un contexte où la négociation avec Trump bat son plein mais dont l’issue reste incertaine. Donald Trump a manifesté à plusieurs reprises son mécontentement et même son impatience, dont l’expression la plus forte a été son tweet : « Vladimir, arrête », qui sonnait comme un avertissement… D’autres signaux, moins publics, ont également été lancés par les États-Unis vers ce protagoniste récalcitrant, pour lui signifier que le  » deal  » n’avait que trop tardé.

Pour protéger cette commémoration, Poutine avait en effet réquisitionné de nombreux systèmes de défense anti-aériens autour de Moscou. Et, les Ukrainiens en ont profité pour bombarder sur le sol russe des cibles relativement sensibles, des entreprises clés de l’industrie de l’armement russe. Mais les seules qui pouvaient cartographier ces faiblesses temporaires dans la défense sol-air russe sont les agences de renseignement américaines, qui ont fait montre dans ce conflit de leur supériorité en ce domaine.

Lire aussi : Avant d’investir des milliards dans l’armement, il faut d’abord construire un système commun de renseignement


Poutine fête la Victoire à Moscou mais il est en échec face à la résistance ukrainienne

Le soutien américain à ces frappes en profondeur sur le territoire russe est avéré. Il avait pour contrepartie qu’aucune attaque n’aurait lieu le 9 mai, afin de ne pas compromettre l’avenir de ces difficiles négociations. Et puisque Donald Trump affiche volontiers sa réticence face à la guerre et sa volonté de se concentrer sur le seul domaine qui l’intéresse, le business, il était déplacé pour le président américain d’évoquer ce bâton militaire, face à un président russe qui se veut insensible à la pression. Trump utilise cependant le levier des armes, sans le dire, et cela n’a pas échappé à son homologue russe.

Ainsi, cette grande parade militaire du 9 mai à Moscou devait essentiellement envoyer un message mondial de détermination et de puissance de la part de la Russie, qui se rêve en empire, mais dont l’armée n’a même pas réussi à conquérir un pays cinq fois plus petit que lui… Cette démonstration de force était sans compter avec la réaction, tardive mais bien organisée, de nombreux pays européens et autres alliés de Kiev.

Sommet européen de Kiev : « coalition des volontaires » et rôle clé du lien transatlantique

Sans l’avoir annoncé, pour des raisons de sécurité mais aussi pour créer une forme de surprise, les pays européens – ainsi que d’autres alliés membres de la « coalition des volontaires » prêts à soutenir militairement l’Ukraine – se sont réunis le 10 mai à Kiev, au cœur de l’Ukraine. Ce sommet a rassemblé notamment le président français Emmanuel Macron, le premier ministre britannique Keir Starmer, le tout nouveau chancelier allemand Friedrich Merz et enfin le Premier ministre polonais Donald Tusk autour du président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Plusieurs de ces dirigeants européens sont venus accompagnés de leur chef d’état-major, car leur projet politique comprend une dimension militaire indispensable à la sécurisation de l’Ukraine. Et, cette fois, ils ont pris soin de se concerter avec les États-Unis de Donald Trump pour qu’ensemble – Ukraine comprise – ils exigent la même chose de Vladimir Poutine. Quel cheminement incroyable en seulement quelques semaines, depuis l’humiliation publique infligée au président ukrainien par Donald Trump à Washington, jusqu’à cette manifestation d’une coalition unanime autour de la défense de l’Ukraine !

Le plan initial de Donald Trump pour stopper ce conflit en Ukraine, dont il a fait un enjeu personnel de manifestation de son pouvoir, consistait à tout céder à Vladimir Poutine alors même que ce dernier porte la responsabilité de cette guerre de soumission contre un voisin qui ne l’a jamais menacé. Mais le projet porté désormais par les Européens et les Américains consiste à figer la guerre en l’état dans un premier temps, par un réel « cessez-le-feu » (qui signifie littéralement que les armes se taisent : ni tirs, ni bombardements), afin de discuter d’un accord déterminant la fin du conflit dans des conditions acceptables par les différentes parties, Européens compris.

Le Monde

Un réel cessez-le-feu pour permettre de discuter des conditions de sortie de la guerre

Globalement, ce projet de la « coalition des volontaires » ressemble à celui que Trump avait annoncé en décembre 2024 aux membres de l’OTAN interloqués. Mais les Européens ont habilement manœuvré pour ne pas braquer le nouveau président américain – qui est prompt à être contrarié ! – ainsi que pour trouver un compromis avec une Ukraine épuisée par trois années de guerre meurtrière, légitimement drapée dans la susceptibilité de celle qui a su résister.

Dans ce plan, les concessions territoriales sont importantes : la péninsule de la Crimée est de fait attribuée à la Russie qui l’a annexée illégalement en 2014 et la plupart des territoires conquis par l’armée russe lui sont concédés. Ce plan devra s’appuyer sur un mécanisme intelligent de tracé d’une ligne de démarcation qui fasse sens, plutôt que de figer pour un temps indéterminé une ligne de front aussi biscornue que tourmentée.

Ainsi la centrale nucléaire de Zaporijia, conquise à ce jour par la Russie, serait échangée contre des territoires ukrainiens encore libres afin de lisser une future frontière. Cette-ci formera malgré tout une sorte de rideau de fer, entre une Ukraine libre et une fédération de Russie se comportant plus que jamais en empire menaçant. Ce fut la situation de l’Allemagne de l’Ouest pendant 45 ans ! Ce pourquoi, la frontière de l’Ukraine libre est à dessiner clairement, de manière à la stabiliser.

Une force de garantie imposée par les alliés

Évidemment, la Russie de Poutine avait exigé dans ses discussions avec Donald Trump que la partie de l’Ukraine non encore contrôlée soit dominée de fait, par le biais d’une « démilitarisation », donnant la possibilité à la Russie d’en prendre une forme de contrôle indirect. Mais les alliés ont obtenu, s’appuyant sur le précédent ouest-allemand que même Donald Trump connaît, que l’Ukraine libre soit protégée par le déploiement d’une force militaire conséquente qui n’a pas besoin d’être massée sur la ligne de front. Cette force de garantie est le seul moyen de mettre l’armée de Poutine face à un dilemme, au cas où ce dernier voudrait reprendre son offensive : s’attaquer non plus à l’Ukraine mais à toute une coalition.

Notons au passage la duplicité de Poutine, assimilant à « une menace de guerre » la présence sur le territoire ukrainien de militaires d’autres nations, alors que ses troupes sont déployées sur presque 20% de sa surface, avec le renfort affiché de soldats nord-coréens et d’armes iraniennes… La grande contrariété de Poutine sur le sujet est reliée à l’efficacité de cette mesure qui empêcherait toute tentative ultérieure de reprise de sa guerre d’agression. C’est donc un point essentiel de ce projet pour mettre fin à la guerre.

En l’absence de réelle alternative… dans une situation d’impasse militaire

En effet, il faut se rappeler que la situation de la guerre en Ukraine aujourd’hui est une impasse militaire. Et qu’il est absolument nécessaire de trouver une issue à ce conflit qui ne pourra pas se résoudre par la guerre. La plus grande crainte (en même temps que l’étonnement du président américain), vient du refus de Poutine au projet initial de Trump, qui concédait au dictateur russe une forme de victoire partielle que sa guerre n’avait pas réussi à lui donner.

Mais en impatientant Donald Trump, ou peut-être aussi parce qu’il ne s’imagine pas sortir de la guerre, Vladimir Poutine a renversé un appui largement positif et inespéré des États-Unis au déficit d’une coalition large qui lui est clairement opposée. Une coalition qui reconstitue au fond ce qu’était initialement « l’alliance Atlantique » dont l’organisation s’appelle l’OTAN… La balle est alors dans le camp de Vladimir Poutine, une balle que les pays européens ont brillamment négociée et ce, sans rompre ce lien transatlantique qui leur a garanti 80 ans de sécurité.  

Poutine refuse le cessez-le-feu de la coalition des volontaires et met Donald Trump au pied du mur

A ce stade, le 11 mai, Poutine refuse le cessez-le-feu en proposant des négociations « sans conditions préalables […] pour discuter des causes profondes de cette guerre », les « conditions préalables » étant justement cette trêve des armes. Poutine utilise cet argument depuis des années pour faire croire qu’il veut la paix tout en continuant la guerre. Il l’a déjà largement utilisé pour prolonger pendant des mois ses discussions avec l’équipe de Donald Trump. Et sur le terrain, plus d’une centaine de drones ont bombardé l’Ukraine ce dimanche matin.

Donald Trump est maintenant au pied du mur. Saura-t-il faire pression sur Poutine et le faire « cesser le feu » pour discuter sérieusement de la fin de cette guerre ? Ou bien l’auteur de « The Art of The Deal » se laissera-t-il berner par le dictateur russe qui n’a jamais compris qu’un seul langage, celui de la force ?


PS : cette mobilisation des Européens et des Etats-Unis avec de nombreuses autres nations volontaires pour protéger l’Ukraine et stopper cette guerre de soumission est remarquable.

Une telle mobilisation serait essentielle pour stopper aussi la guerre que mène Benyamin Netanyahou avec son gouvernement extrémiste à la tête d’Israël aujourd’hui. Celui-ci met à feu et à sang le Proche-Orient, en bombardant sans plus aucune limite (et avec des bombes américaines) la bande de Gaza pour finir de la dévaster, mais aussi la Cisjordanie pour s’en emparer, le Liban, la Syrie et le Yémen… Ne laissons pas la guerre en Ukraine nous aveugler, lisons la rabbine Delphine Horvilleur.

Le Monde

Lire aussi : Gaza, le champ de la mort




Pour approfondir,

L’Ukraine et ses alliés réclament à la Russie un cessez-le-feu de trente jours, Vladimir Poutine les ignore et propose des négociations directes avec Kiev le 15 mai, par Thomas d’Istria (Le Monde)


« Nous avons cru être exemptés de guerre » : Guillaume Ancel est l’invité de Libre à vous (Le Figaro TV)


Une attaque de drones jette le trouble sur les célébrations du 9-Mai à Moscou, par Benjamin Quénelle (Le Monde)


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9 commentaires sur “Poutine refuse de cesser le feu contre l’Ukraine, Trump au pied du mur ?

  1. Et Poutine refuse de se déplacer en Turquie pour rencontrer le président Zelensky.

    Il a envoyé une délégation de ministres et autres individus de 2nde main pour des entretiens qui ne mèneront nulle part puisqu’il veut conquérir toute l’Ukraine, la tête de Zelensky sur un plateau et un nouveau gouvernement à sa botte.

    Triste sire que Poutine.

    S Cazeneuve

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  2. Résumons Krasnov:
    « S’il veut la paix, Zelensky doit aller en Turquie pour négocier. Tout de suite. Sans cessez-le-feu. »
    « S’il veut la paix, Poutine, lui, non, pas besoin de cessez-le-feu, pas besoin qu’il aille en Turquie. Non non. Seulement si j’y vais aussi. »
    « Moi je veux la paix. Comment ? Moi, aller en Turquie? Nah. Quoi ? Poutine ? Oh z’avez vu, le gros navion plaqué or, j’le veux! »

    « Tout’façons c’est la guerre de Biden. »

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  3. Votre « post scriptum » est approprié, mais, justement, je me demande pourquoi existe encore ce système des deux poids, deux mesures entre ces situations. Pourtant, ce sont deux criminels également visés par des mandats d’arrestation légitimes qui font fi, sans gêne, du droit international.

    Ça me dégoûte de constater que les dirigeants du monde font toujours les autruches…

    L’Histoire, la vraie, les jugera sévèrement, tout autant que Poutine et Netanyahou, mais il sera trop tard pour les millions de victimes palestiniennes, dont les quelques 100 000 morts et les centaines de milliers de blessés, lesquels comprennent un nombre incroyable de femmes et d’enfants.

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  4. Krasnov, faire pression sur son officier traitant? Mais vous rigolez ou quoi?

    Krasnov ne déteste pas moins les ukrainiens et les européens, et n’admire pas moins les dictateurs, qu’avant que le pape ne casse sa pipe. Une photo-op ne dure qu’un instant. La seule chose qui intéresse encore krasnov dans cette « affaire » est de faire un défilé plus beau que celui de moscou. Il a plus important à préparer, comme sa réélection à vie, et encore une longue liste d’ennemis à persécuter d’ici là.

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  5. Poutine n’acceptera jamais que 80% de l’Ukraine passe sous influence occidentale. Il veut la paix, mais avec des élections arrangées pour mettre une marionnette à la tête de l’Ukraine.

    Toute autre option reviendrai à une défaite pour lui. Dans la situation actuelles, les négociations sont donc vaines. La seule solution pour le faire lacher se situerait sur le terrain militaire, mais avec un risque d’escalade.

    Le conflit va donc continuer encore de nombreux mois…

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  6. Je reste profondément persuadé que cette « coalition de volontaires », si elle avait été organisée au tout début de l’invasion russe en février 2022, aurait évité bien des morts et des souffrances au peuple ukrainien.En effet, le pré-positionnement de soldats sur le front ukrainien, issus des armées européennes et/ou de l’OTAN, avec un accord de coopération avec l’Ukraine, aurait contraint Poutine à se retirer sinon à se retrouver confronté à une puissance européenne voire « otanienne ». Le courage politique a manqué alors…

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