Alors que la France se débat avec les conséquences de la Macronie, qu’elle est désormais soumise au bon vouloir des deux extrêmes politiques de notre pays, les guerres en cours sont moins affectées par nos préoccupations politiques immédiates que par l’arrivée de Donald Trump à la tête des Etats-Unis, la seule « puissance » capable aujourd’hui de nous protéger des empires menaçants… et donc aussi de nous laisser choir.

Allons d’abord au Proche-Orient où le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou attend avec soulagement l’arrivée de son ami Donald Trump, dont il espère notamment obtenir l’autorisation d’attaquer l’Iran.
Tandis qu’un fragile cessez-le-feu s’efforce de s’installer au Liban, Netanyahou continue de repousser tout accord avec le Hamas pour achever de dévaster la bande de Gaza, qui est pourtant la clef d’un retour de la paix dans la région.
Lire aussi : Cessez-le-feu au Liban, première étape d’une paix incertaine au Proche-Orient ?
Depuis une année maintenant, les « négociations » continuent, elles aboutiront « comme par miracle » avant l’accession de Trump au pouvoir le 20 janvier alors qu’elles auraient pu se concrétiser à de multiples reprises auparavant. Ainsi Netanyahou aura-t-il sacrifié les otages israéliens à sa volonté de ravager la bande de Gaza. Et lorsque les bombardements israéliens cesseront enfin – ils n’ont plus aucune cible militaire consistante aujourd’hui – c’est un spectacle de désolation qui restera.
Gaza : le plus fort taux au monde d’enfants amputés
La population gazaouie a d’ores et déjà obtenu le triste privilège d’avoir le plus fort taux d’enfants amputés au monde, victimes d’un déchaînement de violences que seule la volonté de terreur peut désormais justifier.

J’ai honte pour mes amis israéliens qui devront assumer la politique de Netanyahou jusqu’à ses pires mensonges auxquels plus personne ne peut croire. Quant aux défenseurs d’Israël dont je fais partie, je suis indigné que nous n’ayons pas su empêcher l’Etat hébreu de sombrer dans ce terrorisme, ce que cherchait finalement le Hamas en déclenchant son attaque terroriste du 7 octobre 2023 : disqualifier Israël sur la scène internationale.
La Syrie bascule et affaiblit l’Iran comme la Russie
L’équipe de Trump en a été informée, et il y a bien une forme d’unanimité pour faire tomber le régime de Bachar al-Assad, le boucher de la Syrie. Son armée s’effondre face à la coalition de ses opposants et en l’absence de fait de l’appui militaire russe qui lui avait seul permis de conserver son pouvoir et de faire régner la terreur dans son propre pays.
Les opposants de Bachar créent la surprise en avançant à grande vitesse, ils s’emparent de la capitale Damas sans combats, tandis que les Russes finissent de replier leur matériel le plus sensible (notamment les systèmes sol-air) pour le rapatrier en Russie ou peut-être en Iran.
Bachar s’est enfuit, son armée s’est effondrée, les Syriens se sont enfin débarrassés de lui. L’Iran est la grande perdante du renversement de Bachar le boucher… En effet, pour accéder au Hezbollah et contrôler indirectement le Liban, il leur faut passer (géographiquement comme politiquement) par la Syrie.


Situation le 7 décembre (carte de gauche WarMapper) puis le 8 décembre (carte de droite Le Monde)
Le renversement du régime de Bachar signe par conséquent l’échec de l’Iran et l’affaiblissement de ses « proxy » de l’ouest, en Syrie comme au Liban, du Hamas au Hezbollah. La chute du boucher de la Syrie illustre aussi l’échec de la Russie qui avait déclenché cette guerre au Proche-Orient pour créer un deuxième front et affaiblir le soutien américain à la résistance ukrainienne. Mais ce conflit au Proche-Orient se retourne désormais contre Poutine, en affichant son incapacité à soutenir concrètement ses alliés et en révélant sa faiblesse militaire.
La Syrie est un boomerang pour la Russie comme pour l’Iran
En réalité, la suite sera compliquée en Syrie où la coalition actuelle ne tient que par la volonté commune de renverser Bachar al-Assad. Mais maintenant que sa chute est achevée, la question du futur pouvoir en Syrie se pose dans son entièreté. Il suffit pour cela de considérer cette alliance de circonstance entre djihadistes, salafistes, kurdes et armée libre de la Syrie. Il faut observer aussi l’action conjuguée mais poursuivant des objectifs très différents de la Turquie, d’Israël, de l’Ukraine (qui partage son expérience de combat contre l’armée russe) et des États-Unis notamment.
Avec ce basculement de la Syrie, Trump disposera d’une carte supplémentaire pour négocier avec Vladimir Poutine, et Israël pourra légitimement penser que la menace iranienne en sera largement réduite. Quant à la Syrie elle-même, elle échappe enfin aux griffes d’un des pires massacreurs de sa longue histoire (plus de 500,000 morts), sans que son avenir ne soit sécurisé pour autant.
Trump et Poutine pour sceller le sort de l’Ukraine
Le sort de l’Ukraine va probablement se jouer en début d’année 2025, la guerre cessera vraisemblablement, mais la paix dans cette région n’en est pas assurée pour autant. Ce qui se dessine nettement est la volonté de Trump de stopper les combats sur un scénario semblable à la guerre de Corée où, faute d’une victoire atteignable, la ligne de front s’est figée pour devenir une ligne de démarcation. La question centrale sera alors de « sécuriser » ces 1,200 km de front et reposera aussi sur la capacité militaire et la détermination des acteurs les plus impliqués, que sont les Européens.
Dans ce contexte, il est probable que Poutine et Trump se mettent d’accord, en faisant peu de cas en réalité de l’avis de l’Ukraine et des pays européens, et qu’ils figent moyennant quelques aménagements la ligne de front actuelle. Le président ukrainien sera obligé de l’accepter puisque concrètement il n’a pas les moyens de faire autrement, mais il aura besoin de « garanties de sécurité » auxquels les pays européens les plus impliqués ont intérêt à contribuer activement car il s’agit bien de leur sécurité qui est en jeu.

Il n’est pas envisageable que cette garantie soit un simple traité de bonne volonté, comme le memorandum de Budapest qui prévoyait la sécurisation des grands en échange du renoncement de l’Ukraine à ses armes nucléaires… En conséquence, seule une présence militaire crédible est de nature à garantir que cette ligne de démarcation ne redevienne pas une ligne de front, une ligne d’affrontement.
L’OTAN peut garantir une ligne de démarcation à défaut d’accueillir l’Ukraine en guerre
L’OTAN, si une partie de ses pays membres l’acceptent, peut organiser cette force de protection. Ce serait difficile pour Trump de refuser une participation américaine alors qu’il voudra s’afficher comme le parrain de la fin de cette guerre (à défaut d’une paix retrouvée). De plus, sans le dispositif global de renseignement américain auquel l’OTAN permet d’accéder, une force strictement européenne serait myope, ce qui est extrêmement dangereux pour une force de protection.
Pour Poutine, voir une mission de l’OTAN assurer la protection de l’Ukraine qu’il prétendait vouloir empêcher de rentrer dans cette organisation défensive sera difficile à accepter. Cependant, il pourra négocier sans difficulté que l’Ukraine ne rentre pas pour autant dans l’OTAN, ce qui est virtuellement impossible pour un pays en guerre. De plus, au vu de l’état réel de son armée – qui n’est même plus capable de porter secours à un régime frère comme la Syrie –, ce serait particulièrement dangereux pour le « maître du Kremlin » de vouloir défier Trump au début même de son dernier mandat.
Quant aux résultats de l’opération militaire spéciale russe en Ukraine, il faut regarder objectivement son échec. Lors de cette dernière année (décembre 2023 à novembre 2024), l’armée russe a conquis moins de 3,000 km2 en Ukraine malgré la concentration de tous ses efforts et le sacrifice de centaines de milliers de soldats. Cela représente 0,6% des 480,000 km2 qu’il lui resterait à conquérir, soit concrètement deux siècles de combats de cette intensité pour essayer de soumettre l’Ukraine…

En fait, Poutine n’a ni les moyens ni intérêt à ne pas « dealer » avec Donald Trump. Le président Zelensky peut s’en émouvoir mais il n’aura pas le choix. Et les pays européens pourront contribuer activement à l’application de cet accord mais leur désunion ne leur permet pas de constituer une alternative crédible à l’accord que passeront Trump et Poutine. Il faut donc s’y préparer : dans six semaines seulement, Donald Trump sera « au pouvoir ».
Et pour ce qui concerne la France, Vladimir Poutine se frotte les mains de la polarisation du débat politique sur les extrêmes car ce désordre intérieur démonétise la parole du président Macron à l’international, alors que la guerre hybride menée par la Russie vise justement à fragmenter l’Union européenne, comme on le voit avec la Hongrie ou les dernières élections en Roumanie.

Pour compléter,
L’art de la guerre hybride : la stratégie délétère de Vladimir Poutine pour diviser la France et l’Europe par Pierre Challier (La Dépêche)
En Syrie, la chute de Bachar Al-Assad, président par accident, modernisateur raté et despote sanguinaire par Benjamin Barthe (Le Monde)
Guerre en Ukraine : missiles Zircon, Kalibr, Onyx… la Russie déploie son arsenal lors d’un exercice, mais dans quel but ? par Pierre Challier (La Dépêche)
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Cela fait 3 ans qu’on entend que la Russie va s’effondrer notamment sous le coup des sanctions. La Russie a certainement des limites, les Russes aussi. Mais il est très difficile de les apprécier. Je préfère garder comme une éventuelle divine surprise que les limites des Russes et de la Russie ramènent Poutine à la raison. Mais l’Europe ne doit pas plus tabler la-dessus que non plus sur les épaules du porte casquette rouge, c’est à dire ne compter que sur elle-même.
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Je ne sais pas ce qui va se passer dans ce craquement de la banquise géopolitique. En intégrant la lecture de cet article, nous irions vers un nouvel équilibre qui ne serait pas complètement celui que Poutine souhaitait. C’est vraisemblable. Mais tout est instable. Au cœur de cette instabilité, l’Europe va-t-elle vers sa désintégration ? C’est l’apparence actuelle. Mais même cela n’est pas certain.
« C’est quand je suis faible que je suis fort » jaillit de Notre-Dame reconstruite. Les deux hommes les plus « puissants » de la planète, Trump et Musk, sont venus s’incliner admiratifs devant les pompiers, ingénieurs et artisans et petites PME de France. Les « capitalistes » ont apporté de gros sous, mais pour une fois ont laissé faire les compétents sans autre prise d’intérêt que l’entretien de leur notoriété.
Pendant ce temps la « deuxième armée du monde » du « puissant » ours de la Taïga bat en retraite en Syrie et constate ses maigres succès face au petit comédien d’Ukraine venu lui aussi à Notre-Dame. Il fut salué comme les pompiers de Paris, par des applaudissements qu’on n’entendit pas lorsque les deux puissants américains s’enfoncèrent chacun son tour dans le silence de Notre-Dame.
Reconstruire Notre-Dame est apparu aussi génial, sinon plus, que les actions étonnantes d’Elon Musk… et notablement plus émouvant pour la « vibration médiatique internationale ». Elles ont un point commun : il a fallu manager de grandes complexités de savoir-faire très pointus. Cela me rappelle la construction de cette tour parisienne menée avec une grande maitrise technique et médiatique contre les puissants de France de l’époque par Alexandre Gustave Eiffel, né Bonickhausen, un français d’origine allemande, quelques années avant les deux dernières guerres mondiales déclenchées en Europe. C’était pourtant déjà l’Europe en marche.
Éteindre l’incendie de Notre-Dame semblait impossible vu l’ampleur du brasier. Le puissant de la Maison Blanche, un entrepreneur ambitieux, voulait écraser les restes de Notre-Dame sous les tonnes d’eau d’un canadair pour en finir en une minute. Ce sont des pompiers blindés de savoir-faire et de courage, sachant apprécier la situation et se positionner au bon endroit qui l’ont réussi en quelques heures.
La reconstruction de Notre-Dame en 5 ans ? Un seul « fou » y a cru dès avril 2019. Un seul, qui a su prendre la tête de cette utopie qui a entrainé les plus compétents, probablement convaincus les uns par leurs passions et les autres par les budgets disponibles et l’idée qu’ils en vivraient pendant 20 ans. L’un des chef d’œuvre de cette entreprise, l’échafaudage éphémère devenu inutile, a du être effacé de notre champ de perception.
Les partis politiques sont les échafaudages de la démocratie. Sans eux l’Europe et les pays européens s’enfonceront dans la désunion, entrainant le monde avec eux. Qu’ils s’accordent !
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Les événements semblent te donner raison.
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Il y a de fortes « chances » que l’on se dirige vers un « cessez le feu » comme celui de Pan Mun Jon le 25 juillet 1953. Mais QUI est responsable de cet état de fait ?
Les responsables sont les pays de l’OTAN, qui n’ont pas donné les moyens nécessaires à l’Ukraine pour stopper Poutine ! Il y a eu 31 chars Abrams, une trentaine de Leopard 1-2 (?) et QUATORZE chars Challengers de livrés ! En face les russes avaient aligné plus de 3.000 chars. Je ne parle pas des « chars légers » les AMX 10, livrés par la France – dont les Ukrainiens se sont vite aperçus qu’ils se transformaient en passoires.
Les américains ont freiné des 4 fers, pour NE PAS LIVRER les F-16 capables de lancer des bombes planantes et frapper les dépôts de minutions, aéroports en profondeur. Ce en quoi la « contre – offensive » ukrainienne, de l’hiver dernier a lamentablement échoué.
Je ne suis pas militaire, mais les alliés se sont extirpés de la bataille de Normandie, grâce à leur supériorité aérienne. Là, les « alliés » ont envoyés les Ukrainiens à l’abattoir ! Comment s’étonner alors que leur mental s’effondre ?
J’ai vu dans Paris Match, que certains soldats souffraient du mal « du pied des tranchées » !!! ( Quelle horreur!) Ce phénomène apparu durant la 1ère guerre mondiale ! Comment demander à des jeunes de laisser de côté leur vie d’ado, leurs sorties en boîte pour aller s’enterrer dans des tranchées pleines de boue, sans hygiène ?
Dans le même numéro de PM, on remarque qu’une grande majorité des soldats ont passé le quarantaine. ( on voit même un artilleur de 52 ans, porter un obus)
Demain il faudra « sécuriser » un No man’s land de 1.200 km de long ( En Corée la ligne de démarcation ne fait QUE 248 km)
Combien de troupes il faudra envoyer pour cette opération ? Pendant combien de temps ? Combien cela va coûter ? Quelles sont les nations qui vont se mobiliser pour cela ? La Pologne, les Pays Baltes, La Finlande …La France est exangue. Les Allemands ne voudront pas se fâcher avec Poutine, pour continuer à vendre leurs Mercèdes.
Malheureusement, on peut craindre que Poutine attende 2/3 ans pour se re-armer, se re-équiper et lancer une autre offensive ! Que se passera-t-il alors ?
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Il faut donc clairement nous réarmer aussi et notre éviction d’Afrique peut nous y aider, à moins que nous soyons à nouveau impliqués au Liban (au titre de la Finul), voire en Syrie. En renonçant aux accords de Budapest, en ne réagissant pas à l’annexion de la Crimée, du Dombass, de l’Ossétie, de la Transnistrie et depuis peu en acceptant la ré-nucléarisation de la Biélorussie, nous avons ouvert les portes du pire et nous ne les refermerons qu’en combattant la Russie de Putin partout et tout le temps qu’il faudra.
Ce n’est pas l’Ukraine qu’il faut défendre jusqu’au bout c’est à dire jusqu’au dernier ukrainien, c’est le russe qu’il faut chasser d’Ukraine, de Moldavie, de Géorgie, d’Afrique, de Syrie, d’Iran, de Corée du Nord, voire de Chine. Peu importe le coût de cette défense car il sera d’autant plus important qu’elle durera longtemps, sachant que nos démocraties manquent surtout de temps et de constance.
Nous sommes exsangues car nous l’avons bien voulu dans un « en même temps » trompeur qui privilégie les grands spectacles aux grands desseins dans une UE allemande et mercantile pour laquelle nous aurons tout sacrifié.
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