
Il n’y aura probablement pas de septième semaine de bombardement dans cette guerre contre l’Iran que Donald Trump a décidé de « suspendre » le 8 avril 2026, moins de deux heures avant l’expiration d’un ultimatum qui menaçait rien de moins que faire disparaître « toute une civilisation ». Les outrances du président des Etats-Unis prêterait à rire s’il ne s’agissait d’une guerre qui a fait des milliers de morts pour un résultat des plus incertains.
Mais dans le chaos qu’il aime à semer, la volonté de Donald Trump d’arrêter cette « guerre de 40 jours » est claire. Outre le fait que cette opération était planifiée pour 7 semaines, l’impasse militaire était patente quant à l’objectif de renverser le régime des gardiens de la révolution : Trump affirme avoir changé ce pouvoir, en réalité il l’a renouvelé à ce stade et il va même le conforter s’il trouve un accord avec celui-ci.
Pour ce qui est de l’affaiblissement des gardiens de la révolution, le résultat ne pourra être observé que dans les mois à venir, comme me l’a indiqué un responsable de la résistance iranienne qui espère bien sûr que la partie est loin d’être jouée :
« Maintenant le régime iranien des gardiens de la révolution va être confronté à la guerre principale, celle de l’intérieur. Le seul gagnant de ce cessez-le-feu est le peuple iranien. »
Un difficile mais clair processus de sortie de guerre
Mais revenons quelques instants à cette « séquence » de sortie de guerre qui est certes loin d’être achevée, mais qui est réellement entamée. Dans la sixième semaine de bombardements, alors que Trump proclamait que l’Iran était écrasé et son armée « anéantie », l’US Air Force a perdu un avion F15-E abattu le 3 avril par cette même armée et elle n’a réussi à récupérer son équipage de deux officiers que d’extrême justesse le 5 avril.
Trump va s’en glorifier mais s’en inquiéter aussi, il est passé à deux doigts d’une catastrophe diplomatique alors même qu’il souhaitait entamer une négociation de sortie de guerre. Il a besoin désormais de trouver une issue à cette guerre qu’il a déclenchée, avant de s’embourber comme ces avions Hercules venus récupérer le pilote abattu en Iran et qui ont dû être incendiés sur place.
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Un ultimatum qui a fait craindre un embrasement régional aux conséquences mondiales
Le 6 avril, le président états-unien menace alors le régime iranien d’une destruction massive de ses infrastructures civiles dont l’armée israélienne se charge de lui donner un avant-goût, en bombardant quelques usines, ponts routiers et ferroviaires, et installations énergétiques. À grande échelle, la société iranienne serait alors « plongée dans le noir » par de telles attaques, elle serait réduite moins à l’âge de pierre qu’à se passer d’électricité, insoutenable en particulier dans les grands centres urbains.
Même si beaucoup préfèrent imaginer qu’encore une fois Donald Trump est dans l’exagération la plus complète, tout le monde « serre les fesses » en se demandant jusqu’où il est capable d’aller dans sa démesure qui relève de la démence à bien des égards. Ces messages rageurs sur son réseau social ont de quoi inquiéter sur sa santé mentale, quand il écrit notamment « Ouvrez le Putain de Détroit, espèce de tarés, ou vous vivrez en Enfer – VOUS ALLEZ VOIR! Gloire à Allah ».
En fait, la relation avec le régime iranien – tout du moins avec certains membres – n’a jamais cessée depuis le début de l’opération « fureur épique » et c’est un soulagement général lorsque, le 8 avril, Trump annonce suspendre tout à la fois l’ultimatum, les bombardements et les menaces de fin du monde. Jusqu’où était-il prêt à aller pour imposer « sa paix » par la force ? A-t-il envisagé l’utilisation d’armes nucléaires tandis que son ministre de la guerre, Pete Hegseth, ne risquait pas de le modérer ?
Ce 8 avril donc, Donald Trump déclare que les États-Unis lancent des négociations avec le régime iranien, sous l’égide du Pakistan, puissant voisin du belligérant, puissance nucléaire et incontournable acteur régional, qui entretient une relation de relative confiance avec l’Iran comme avec les Etats-Unis. Ce changement radical de posture signifie surtout que Trump a décidé de mettre fin à cette guerre qu’il avait lui-même déclenchée et c’est le soulagement général qui prévaut, y compris aux Etats-Unis.
Trahi par son ami Netanyahou qui provoque un carnage au Liban
Dans la journée même de l’annonce de suspension des opérations militaires et de lancement des négociations, le Premier ministre israélien et acteur de la coalition contre l’Iran, Benyamin Netanyahou déclenche une vague sans précédent de bombardements contre le Liban. Avec plus de 350 morts et 1 200 blessés, ce carnage n’est pas sans rappeler les heures les plus sombres de son opération contre Gaza. Netanyahou a beau envoyer ses porte-paroles raconter qu’il s’agit de frappes strictement ciblées contre des membres du Hezbollah, personne n’est dupe et en particulier les Libanais de l’ampleur des destructions menées jusqu’au cœur de la capitale.
J’ai visionné plusieurs de ces frappes, elles ont été conduites avec des bombes de dévastation pour un milieu urbain (500 et 1 000 kg) alors qu’Israël sait parfaitement conduire des opérations ciblées qui feront seulement quelques victimes avec des munitions dix à vingt fois moins puissantes. Cette opération est un carnage donc, tandis que le Hezbollah respectait scrupuleusement le cessez-le-feu ordonné par le régime iranien et s’abstenait enfin de tirer sur Israël. Et tout le processus de sortie de guerre s’en trouve ébranlé comme ces immeubles détruits au cœur de Beyrouth.


Au moyen-âge, une corporation très respectée était chargée de déclarer qui avait gagné une bataille pour éviter qu’elle ne tourne au carnage et pour qu’elle s’arrête dès lors que cette corporation en établissait le vainqueur. Pour Trump, il semble que ce soient les marchés financiers et le prix du pétrole qui jouent ce rôle d’arbitre incontestable, en l’absence de voix mesurées dans son entourage vassalisé.
Ainsi, le prix du baril avait littéralement dégringolé à l’annonce de la suspension de la guerre et de l’ouverture des négociations, redescendant en-dessous de 100 $ quand il avait dépassé les 150. Mais avec le bombardement ravageur de Netanyahou, l’escalade reprend aussitôt et le baril dépasse à nouveau les 100 $.
Un risque d’escalade incontrôlable
Trump, furieux, appelle son « ami » et le menace à son tour. Sans le soutien de Donald, Netanyahou sait qu’il est perdu et que la société israélienne le poursuivra pour tout ce qu’il a fait alors qu’elle ne s’est jusqu’ici pas vraiment mobilisée pour l’arrêter. Netanyahou n’a pas d’autres choix que d’annoncer le 9 avril l’ouverture d’une négociation immédiate avec le gouvernement libanais et de diminuer drastiquement ses opérations de bombardement. Et le baril de pétrole redescend en-dessous des 100 $…
Israël continue néanmoins à se battre contre le Hezbollah d’une part pour installer son emprise sur le sud-Liban et d’autre part pour répondre aux provocations du Hezbollah qui déclare qu’il est « l’Etat » tout en étant « partie du régime iranien ». Le Hezbollah devient ainsi le meilleur ennemi de Netanyahou et peut remplacer le Hamas moribond pour justifier de l’état de guerre permanent qui permet seul à Netanyahou de se maintenir au pouvoir.

Le processus de fin de guerre en Iran peut cependant reprendre, avec un « cessez-le-feu » (littéralement arrêtez de tirer) qui se verra violer à de nombreuses reprises pendant toute la durée des négociations. Mais sur le fond, Donald Trump a besoin de sortir de cette guerre particulièrement mal comprise par son propre électorat alors que la campagne des élections de midterm a débuté. Quant aux Gardiens de la révolution, ils jouent dans cet accord leur propre survie, quitte à se faire détester d’une partie de leurs propres soutiens. C’est pour cela que la « guerre interne en Iran » ne fait probablement que commencer.
Et la suite…
Les négociations sur l’Iran seront vraisemblablement plus longues que ne le désirerait un Donald Trump pressé par les élections et son caractère chaotique. JD Vance, son vice-président, a été envoyé au Pakistan pour « présider » du côté états-unien ces discussions qui seront par nature difficiles, mais fléchées vers la sortie du conflit. Le Golfe persique va donc se réouvrir à la navigation commerciale et les prix du carburant vont pouvoir diminuer au fur et à mesure des avancées de la négociation.
Toute la gesticulation de Trump autour du forcement militaire du détroit d’Ormuz par ses navires de guerre n’a pas d’autres objectifs que de montrer au régime iranien que sa carte de négociation sur un prétendu minage du détroit est tombée, même si en réalité la navigation commerciale ne pourra reprendre qu’en l’absence de menace, non pas des mines mais des redoutables drones iraniens, difficiles à détecter et à détruire à des prix supportables.
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Pour la négociation au Pakistan, JD Vance est accompagné d’experts – y compris sur l’aspect nucléaire – afin de trouver un accord qui tienne la route et en finir en particulier avec la volonté jamais abandonnée du régime iranien de se procurer l’arme nucléaire, ce dispositif de suicide collectif, qui pourrait le protéger d’attaques militaires dans le futur mais surtout menacer l’existence même d’Israël.
Ces dernières décennies, aucun dispositif de contrôle n’a vraiment fonctionné face à la détermination et à la duplicité des gardiens de la révolution qui disposent de toutes les ressources nécessaires, y compris la maîtrise technologique des centrifugeuses, pour reprendre de manière souterraine un programme de fabrication d’armes nucléaires.
La paix est pour plus tard, mais cette « guerre de 40 jours » va se terminer
Partons du principe qu’un accord sera finalement trouvé pour sortir de cette guerre contre l’Iran alors que l’option militaire est allée au bout de ses possibilités. Contrairement aux vérités alternatives de Trump, le régime iranien n’est pas défait, et nous sommes loin d’une capitulation ou d’une reddition… mais chacun des protagonistes expliquera qu’il a gagné. Le sujet du Liban sera malheureusement dissocié en partie de la question iranienne, alors que cette dernière est essentielle pour en finir avec la menace exercée contre Israël mais aussi contre la majorité de la population libanaise, otage de fait du Hezbollah.

Quant à l’espoir que Netanyahou en finisse avec la guerre, on peut toujours rêver, Gaza est bombardé régulièrement, les colons en Cisjordanie peuvent terroriser les Palestiniens, le sud de la Syrie est envahi et l’Irak bombardé aussitôt que Netanyahou le souhaite. Un état de guerre permanent savamment entretenu, comme s’il pouvait faire espérer la moindre paix en guise d’avenir pour l’Etat hébreu.
Lendemain difficile pour l’Ukraine, l’OTAN et les Européens
Dès lors que le tandem Steve Witkoff et Jared Kushner sera de nouveau disponible après cette négociation sur l’Iran, la question de la guerre russe contre l’Ukraine sera « réinvestie » par le cercle de Trump, probablement pour s’en désinvestir le plus vite possible. Parallèlement, le vice-président JD Vance vient d’apporter son soutien à Viktor Orban, principal relais de Poutine au sein de l’Union européenne et éminent représentant de l’extrême-droite qui cherche à prendre le pouvoir sur le Vieux continent.

Les derniers mots de la conférence de presse de Trump le 6 avril furent glaçants quant à l’avenir de l’OTAN : « Tout a commencé, si vous voulez connaître la vérité, avec le Groenland. Nous voulons le Groenland. Ils ne veulent pas nous le donner. Alors j’ai dit : “Bye bye !” ».
Trump pourrait ainsi accéder au vœu le plus cher de son ami Vladimir Poutine, défaire l’alliance militaire vieille de 75 ans et qui a notamment protégé l’Europe de ses ambitions impériales jusqu’ici.
Est-ce une partie du deal passé entre Trump et Poutine lors du sommet d’Anchorage en août 2025 ? Les industriels états-uniens de l’armement rappelleront-ils à temps à Donald Trump que les pays de l’Otan sont leur premier marché de l’armement pour le dissuader d’en sortir ?
La seule certitude est que Donald Trump n’a jamais compris ce qu’était l’OTAN, une alliance défensive et pas un club d’affaires destiné à lancer des raids sur des « opportunités fantastiques ». Mais sa détermination à anéantir l’OTAN est aussi une occasion historique pour les pays européens de se ressaisir quant à leur avenir et d’investir collectivement dans leur propre défense.

Points clefs
Donald Trump a décidé de sortir de cette guerre contre l’Iran et il fera en sorte que la négociation commencée au Pakistan débouche sur un accord pour y mettre fin.
Netanyahou a essayé de torpiller ce processus de fin de guerre en déclenchant un carnage au Liban, mais il a été rattrapé par la décision de Trump de mettre fin à cette guerre.
La négociation, sous l’égide du Pakistan, va être longue et compliquée, le cessez-le-feu sera probablement violé à plusieurs reprises, mais cette « guerre des 40 jours » va se terminer.
La situation du Liban, otage du Hezbollah et de la politique de Netanyahou de rester en guerre, est catastrophique si d’autres acteurs ne s’en mêlent pas.
Après l’Iran, l’équipe de Donald Trump s’occupera de mettre fin à la guerre contre l’Ukraine en concédant en grande partie ce que Poutine souhaitait, peut-être même au prix de l’OTAN. Une occasion historique pour les Européens de prendre en main leur défense.
Pour approfondir,
Les enjeux d’une guerre asymétrique, Récit stratégique {hors-série}
Urgence Drones, faire de la France un des moteurs d’une filière Europe–Ukraine (par Anne Marleix)
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Le sabordage de l’OTAN par Trump qui apparaît encore à propos d’Ormuz, pourrait-il être un mal d’où sortirait un bien ? En obligeant les Européens à enfin transformer la mosaïque UE en un puissant Etat de près d’un demi-milliard d’habitants, avec des capacités militaires qui, mises en commun, surpasseraient celles de la Russie comme des USA, ce que ce blog a déjà souligné.
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