Iran : poker menteur entre un semeur de chaos, un vit-de-la-guerre et les gardiens cancers de la révolution

Le Monde

Nous rentrons dans la 5ème semaine de l’opération « fureur épique » lancée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou contre l’Iran. Celle-ci a été planifiée pour 7 semaines et le président états-unien a bien l’intention d’en sortir avant la fin, si toutefois sa négociation de dealer immobilier n’échoue pas face aux cancers que sont les gardiens de la révolution, véritables propriétaires du pouvoir en Iran, bien plus que les « mollahs ».

Trump a besoin de conclure tout en déclarant le contraire, affirmant contre toute évidence qu’il a anéanti le pouvoir de ce régime iranien. Il ne craint même pas de déclarer qu’il a obtenu un changement de régime en Iran arguant que « ceux qui le dirigeaient ont été tués et remplacés »… par d’autres gardiens de la révolution, probablement encore plus radicaux, tant ils savent qu’ils ne survivraient pas à un réel changement de régime après tout ce qu’ils ont fait subir aux Iraniens.

A l’exception d’Israël, les protagonistes de cette « fureur épique » surjouent la guerre pour en négocier la fin

Trump mobilise des troupes « terrestres » – en fait quelques milliers de fantassins, parachutistes et Marines spécialisés dans les opérations amphibies –, pour être en « mesure de » lancer des opérations limitées dans le temps et dans l’espace, afin de s’emparer temporairement d’une île comme le terminal pétrolier de Kharg ou de bandes côtières comme celle du détroit d’Ormuz.

Mais le fait que ces unités n’aient pas été déployées auparavant démontre surtout qu’elles n’étaient pas prévues dans la planification de cette opération, et qu’elles sont d’abord destinées à faire pression dans la négociation qui a commencé depuis la fin de la troisième semaine de bombardements, au moins.

Guerre contre l’Iran, une impasse militaire et politique ?

Une négociation difficile à laquelle Trump espérait pouvoir imposer comme au Venezuela son « agenda » et dans laquelle il semble surpris de la résistance de ce régime qui continue – facialement tout du moins – à lui tenir tête. Trump est aussi sous la pression des marchés financiers, seuls réels contre-pouvoirs aujourd’hui aux Etats-Unis, et qui n’accordent plus aucun crédit à ses mensonges outranciers.

Lire aussi : Trump, le chaos furieux

Mais après avoir encaissé plus de 20 000 frappes aériennes, sans compter l’usage étendu de drones par les Américains et les Israéliens contre les patrouilles destinées à terroriser la population dans les grandes villes iraniennes, le pouvoir des Gardiens de la révolution est au bord du gouffre et voit comme une garantie de survie la possibilité de conclure un accord avec les États-Unis.

Des négociations difficiles du fait de l’empressement de Trump

Les discussions sont sérieusement avancées malgré les dénégations grandiloquentes des « autorités iraniennes » qui jouent ici leur survie. Le Pakistan, puissance régionale et détentrice de l’arme nucléaire, propose et s’impose comme un intermédiaire puissant, après l’échec des pays du Golfe hébergeant ces bases états-uniennes qui leur ont apporté plus de chaos que de sécurité. Les monarchies du Golfe se questionnent déjà sur l’intérêt réel de ces bases US censées les protéger, mais qui ont servi uniquement à sécuriser Israël…

Tirs de missiles depuis l’Iran (Haaretz)

Il faut noter également l’échec de l’intermédiation suisse qui a longtemps assuré le service diplomatique des Etats-Unis avec l’Iran, et qui a permis d’éviter une offensive militaire pendant le premier mandat de Trump en 2017-2021. Ce qui ne lasse pas d’étonner non plus dans ces circonstances, c’est le rôle central que continuent à jouer en faveur de Trump son ami Steve Witkoff et son gendre Jared Kushner, alors même que ces derniers ne cessent d’afficher leur proximité avec Israël et tout particulièrement avec son Premier ministre Benyamin Netanyahou.

Witkoff a transmis au régime iranien un plan en 15 points, qui n’est pas sans rappeler celui en « 20 et quelques points » pour l’Ukraine. Donald Trump veut faire vite, mais son empressement a fragilisé la discussion et il feint désormais d’avoir tout son temps.

Les gardiens de la révolution affirment quant à eux vouloir continuer à résister, mais en réalité ils négocient leur existence, collective et personnelle. D’ailleurs le président du parlement iranien, Mohammad Qalibaf ainsi que le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, ont été retirés provisoirement de la liste des « dirigeants à abattre » par la coalition israélo-états-unienne, ce qui les marque du rôle particulier qu’ils jouent dans cette négociation.

Du côté des rares alliés de l’Iran, les Houthis au Yémen viennent de donner de la voix en tirant quelques missiles contre Israël et en menaçant de bloquer à nouveau le passage par la mer Rouge et donc l’accès au canal de Suez, alors qu’ils s’étaient soigneusement tenus à l’écart de la défense de leur allié iranien jusqu’ici.

Netanyahou, en guise de politique, accélère ses guerres tous azimuts

Et, enfin, du côté israélien, l’empressement à détruire le plus possible de cibles en Iran tant que l’opportunité leur est encore ouverte est palpable. Dans le même temps, Netanyahou accélère ses guerres tous azimuts, nourries par les pires extrémistes israéliens voulant ravager et annexer le sud du Liban ainsi qu’une partie de la Syrie, bien évidemment la Cisjordanie, le tout sans compter la « malheureuse » Gaza qui continue à être bombardée et dévastée, malgré le cessez-le-feu réputé être supervisé par le « comité de la paix »… présidé par Trump lui-même.

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Cependant, lorsque Trump décrétera qu’il mettra fin à cette guerre puisqu’il l’aura gagnée et qu’il n’hésitera pas à se proclamer « faiseur de paix » dans un conflit qu’il aura pourtant déclenché, la marge de manœuvre de Benyamin Netanyahou sera d’autant plus faible qu’une partie de l’électorat de Trump s’inquiète des dépenses vertigineuses faites au profit des guerres sans fin de l’Etat hébreu dont l’Iran ne sera pas des moindres. A six mois des élections de mid-terms aux Etats-Unis, Donald Trump voudra exhiber ses victoires, une baisse spectaculaire du prix du carburant et la soumission de Cuba (vieux rêve de Marco Rubio son ministre des Affaires étrangères).

Marco Rubio

L’OTAN prochaine cible de Trump et victoire de Poutine

Trump pourrait enfin finir de torpiller l’OTAN, réalisant ainsi le vœu le plus cher de son ami Poutine, en fragilisant les pays européens alors que la Russie obtiendra une forme de victoire, en se voyant octroyer la partie du Donbass qu’elle peine tant à soumettre malgré quatre années de combats dévastateurs contre l’Ukraine.

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Dans ce contexte, les Européens pourraient jouer un rôle crucial au Liban, en empêchant que la combinaison Hezbollah-Netanyahou ne mène à l’implosion de ce petit pays et en aidant le gouvernement libanais à désarmer ce dangereux allié de l’Iran. Les Européens devront déployer aussi les « garanties de sécurité » promises aux Ukrainiens en sécurisant leurs frontières que la Russie menacera plus que jamais.

Lire aussi : Ukraine, fin de guerre en perspective… sur un désaccord que la crise en Iran pourrait faire oublier

Dans ce contexte dévastateur, l’Europe joue désormais son avenir et sa survie

Cette guerre contre l’Iran, que Donald Trump est loin d’avoir gagnée, démontre s’il le fallait encore sa dangerosité, pendant qu’il continue à proclamer ses contre-vérités dans un total déni de réalité. Le gouvernement des Gardiens de la révolution n’est pas anéanti, pas plus que leur pouvoir de nuisance qu’ils démontrent au quotidien. Et Netanyahou profite de cette aubaine pour dévaster son voisinage comme si la paix pouvait naître des tombes et des cendres.

L’absence de stratégie et même de cohérence de Donald Trump, sa connivence de fait avec Vladimir Poutine en font un dirigeant particulièrement dangereux, dont le cercle – son « administration » et JD Vance en premier lieu – soutient ouvertement les partis d’extrême-droite qui rêvent de prendre le pouvoir sur le « vieux continent » afin de participer au chaos qui les font prospérer. Dans ce contexte dévastateur, l’Europe joue désormais son avenir et sa survie.

Tweet de Marine Le Pen venant soutenir la candidature du seul soutien à Poutine en Europe

Points clefs :

Trump espérait imposer la fin de cette guerre contre l’Iran, mais il est obligé de négocier avec le gouvernement des Gardiens de la révolution qu’il est loin d’avoir anéanti

Pressé par les marchés financiers et par le temps, Trump est dans une impasse militaire au moment de négocier la sortie de cette guerre qu’il a lui-même déclenchée

A l’exception d’Israël, les protagonistes de cette « fureur épique » surjouent la guerre pour en négocier la fin tandis que les Gardiens de la révolution jouent leur survie

Netanyahou, en guise de politique, accélère ses guerres tous azimuts nourries par les pires extrémistes désirant ravager et annexer le sud du Liban, une partie de la Syrie, la Cisjordanie et Gaza

Trump veut torpiller l’OTAN, réalisant le vœu le + cher de son ami Poutine en fragilisant les pays européens, alors que la Russie obtiendra la partie du Donbass qu’elle peine tant à soumettre après plus de 4 années de combats dévastateurs contre l’Ukraine


Pour approfondir,

Guerre en Iran : ce qu’il faut retenir d’un mois de conflit (Le Monde)



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