
Arrivé à la quatrième semaine de l’opération lancée conjointement avec Israël contre l’Iran, Donald Trump commence à annoncer qu’il a gagné tandis que la guerre n’est même pas terminée…
L’opération « fureur épique » a été planifiée sur 7 semaines par les militaires, états-uniens et israéliens, soit une cinquantaine de jours. Trump l’a probablement réduite à 5-6 semaines pendant lesquelles il décidera seul quand cette opération – qui ressemble de plus en plus à une furie chaotique – s’arrêtera, soit dans les 2 à 3 semaines à venir « seulement ».

Une opération chaotique, à l’image de Trump et de ses annonces, qui se contredisent à l’intérieur d’une même conférence de presse…. Là où les Israéliens s’étaient fixés trois objectifs, le nucléaire, les missiles et le renversement du pouvoir, Donald Trump hésite encore entre les 14 objectifs énoncés depuis le début de cette opération et qui varient au gré des jours et de ses prises de parole.

Dans ses dernières annonces, Trump déclare qu’il envisage de « réduire progressivement » ce dispositif militaire, puisqu’il est en passe de « remplir tous ses objectifs », dont il n’en retient plus que cinq. Il a rajouté aux deux premiers objectifs israéliens, la destruction de la marine et de l’armée de l’air iranienne (qui n’ont jamais constitué une menace), la protection des alliés des États-Unis dans la région (qui n’ont jamais été aussi menacés du fait de cette opération) et enfin la destruction des industries de défense iraniennes capable de produire des armes, et notamment ces fameux missiles…
Comme un pied de nez à Donald Trump, les Iraniens tirent dès le lendemain deux missiles à plus de 4 000 km contre la base stratégique américaine de Diego Garcia dans l’océan indien. En réalité, ce tir de missile a surtout démontré les limites des capacités iraniennes : leurs missiles ont été conçus pour atteindre Israël et n’ont pas une portée opérationnelle réelle supérieure à 2-3 000 km.
L’Iran n’a jamais menacé les Etats-Unis, mais bien le Moyen-Orient et principalement Israël
Pour tirer à 4 000 km, il est probable que ces missiles iraniens ont emporté une charge militaire très réduite. De plus l’un d’entre eux n’a pas fonctionné et s’est écrasé en mer. Le deuxième missile a été abattu sans difficulté par la Marine américaine. Ces missiles n’ont pas menacé la base de Diego Garcia et ce tir démontre surtout que cette menace « balistique » concerne essentiellement Israël et la région du Moyen-Orient, mais n’a jamais visé à stade les États-Unis.
C’est d’ailleurs pour cette raison que Joe Kent, que Trump avait nommé à la tête du centre de lutte contre le terrorisme, a démissionné avec fracas, expliquant publiquement que cette « menace immédiate » contre les États-Unis n’avait jamais existé de la part de l’Iran.
Ce personnage très controversé, d’extrême-droite, en lien avec des groupuscules néonazis, conspirationniste, est même hostile au fait que les États-Unis s’investissent dans la lutte contre le terrorisme (!) et il est bien mal placé pour donner un avis « éclairé »… si ce n’est pour révéler les incohérences et le chaos que fait régner Donald Trump jusqu’au sein de sa propre administration (cette expression contre-intuitive désignant son entourage et non les fonctionnaires de l’Etat fédéral).
La menace existentielle portée par le régime des mollahs iraniens concerne le nucléaire
De fait, la menace existentielle exercée par le régime des mollahs, régime détenu depuis longtemps par les « gardiens de la révolution », porte sur le nucléaire : des décennies d’investissement pour arriver à fabriquer une bombe nucléaire tout en proclamant vouloir détruire Israël, difficile de ne pas y voir une menace existentielle. La difficulté avec ce type de menace est qu’il vaut mieux ne pas attendre d’en avoir la preuve pour agir. Cela ne légitime pas pour autant cette opération militaire lancée contre l’Iran, mais explique la détermination d’Israël d’en finir avec ce gouvernement iranien.

En effet, le seul moyen de garantir que cette menace nucléaire s’éteigne et ne soit pas reproduite dans des laboratoires souterrains, dont chaque intervention militaire en révèle de nouveaux en Iran, est d’arriver à un changement de gouvernement et d’en finir avec cette politique affichée de destruction de l’État hébreu.
Et pour autant, c’est bien cet objectif de renversement du pouvoir que Trump a oublié de citer en expliquant qu’il avait quasiment atteint tous ses buts de guerre, que lui-même n’arrive pas à définir. D’ailleurs, depuis dix jours maintenant, l’opération de propagande visant à légitimer le fils du dictateur iranien comme alternative aux mollahs s’est dissipée. Elle venait pour l’essentiel des Etats-Unis et d’Israël, avec un effort en France mené par les exilés monarchistes « réfugiés » à Paris qui financent une agence de communication pour saturer les médias de cette propagande pour le petit Shah.
Quand Trump qualifie son opération de simple « excursion »
Les conséquences premières de cette opération contre l’Iran sont d’abord des milliers de victimes du côté iranien et libanais, puisque l’Iran a ordonné au Hezbollah de suicider ce petit pays voisin d’Israël pour faire diversion et internationaliser le conflit.

La deuxième conséquence de cette aventure militaire est l’insécurité totale qui règne désormais non pas sur le détroit d’Ormuz, mais bien sur l’intégralité du Golfe persique et notamment sur ces 1100 km de navigation indispensables pour acheminer les 20 % de gaz et de pétrole produits dans le monde.
Crise de l’énergie, insécurité des pays du Golfe, fermeture de la navigation, Donald Trump a beau essayé de créer des diversions, ce sont bien là des conséquences de son opération furieuse contre l’Iran dont il ne maîtrise pas les dommages collatéraux et qu’il préfère traiter par le mépris en repartant chaque week-end jouer au « golf » dans sa résidence de Floride…
La question des drones fait peser une menace fantôme sur l’ensemble de la région
La question des drones met en difficulté toutes les armées pour arriver à les détecter et à les détruire à un prix acceptable. Les pilotes, qui dirigent « en général » les armées de l’air, se sont inscrits dans le déni alors que l’Ukraine démontre depuis plus de quatre ans l’importance du rôle de ces drones qui font aujourd’hui les 2/3 des victimes dans ce conflit. Cependant, ces mêmes armées, sous la pression de cette guerre, trouvent rapidement aussi des solutions d’adaptation.
D’une part, les Ukrainiens viennent offrir leurs services et leurs conseils dans ce domaine où ils ont acquis une expérience incomparable. Leur solution « anti-drone » repose essentiellement sur des drones intercepteurs, qui emploient finalement le même type de technologie, et donc de coût, que les drones qu’ils cherchent à abattre…
Le Golfe persique ne pourra se réouvrir à la navigation maritime qu’après l’arrêt de cette opération contre l’Iran
Par ailleurs, les Américains ont déployé sur plusieurs de leurs bases du Golfe des appareils que l’on croyait un peu déclassés, des avions d’attaque au sol (chasseurs de chars A10) et des hélicoptères blindés Apache, dont les cibles ne sont pas ici des blindés iraniens, mais bien des drones, aériens ou navals, qu’ils peuvent détruire « simplement » au canon avec une rafale peu coûteuse d’obus explosifs.


Ces aéronefs d’attaque utilisés contre les drones épargnent ainsi les stocks de missiles calibrés pour s’opposer à des avions et des missiles. Ces missiles n’ont été produits qu’en centaines d’exemplaires, et pas en dizaines de milliers comme se comptent les drones beaucoup plus faciles à fabriquer et à produire, au point de si peu intéresser les constructeurs aéronautiques occidentaux, peu friands de ces matériels rustiques et peu coûteux.
Néanmoins, le Golfe persique ne pourra être réouvert à une libre-circulation maritime seulement lorsque cette opération contre l’Iran aura cessé. Il serait illusoire en effet de croire – comme Donald Trump essaye de le raconter – que ces forces militaires sont capables de garantir un libre passage sur l’ensemble du Golfe dans la mesure où cette démultiplication des drones fait peser, comme pour le terrorisme, une menace fantôme quasi impossible à anéantir.
Une autre victime collatérale de ce conflit est probablement l’OTAN
L’OTAN, piller de la sécurité collective des pays européens avec les États-Unis et le Canada, sans compter la Turquie, (une des principales armées de ce club de défense), est régulièrement la cible de Donald Trump. Mais avec la crise dans le détroit d’Ormuz et plus largement dans le Golfe persique, Donald Trump ne se contente plus de critiquer l’OTAN, mais désormais il la fustige avec véhémence et grossièreté, traitant même ses membres de « couards »…

Comme s’il préparait les Européens aux mauvais coups qu’il va leur faire en pliant la guerre en Ukraine. Trump a en effet en tête d’imposer, dès la fin de son opération contre l’Iran, un accord de fin de guerre aux dépens des Européens pour se retirer de cette question, et laisser libre cours à ce qu’il imagine être une forme de relation économique idyllique avec la Russie de Poutine, peut-être aussi un rendu pour un prêté…
Quel deal entre Trump et Poutine ?
Après le Venezuela, avec cette opération contre l’Iran, et peut-être Cuba demain qui serait aussi abandonnée par la Russie, il est difficile de ne pas penser que Trump a « dealé » avec Vladimir Poutine sur le destin de ces différents régimes. Pour l’Ukraine, alors que les pays européens ont fourni un effort financier considérable pour compenser le retrait américain, il reste la question du système de renseignements pour lequel les Américains détiennent aujourd’hui un dispositif incomparable. Sans celui-ci, l’Ukraine et les Européens pourraient être facilement trompés et débordés par les armées russes.
Il est d’ailleurs notable de constater que sous la table, les Américains continuent à fournir des informations cruciales qui permettent aux ukrainiens de cibler des attaques dans la profondeur du territoire russe avec leurs propres drones, et que les Russes – pour faire cesser cela – se comportent à l’identique avec l’Iran qu’ils ont pourtant abandonnée à son destin…
Plus que jamais, les Européens sont face à leur destinée. Leur propre sécurité repose désormais sur leurs capacités à s’unir au-delà de leurs divergences historiques, s’ils veulent éviter réellement d’être au menu de ces empires menaçants que sont devenus la Russie de Poutine et les États-Unis de Donald Trump. Quant à la Chine, elle attend patiemment son heure en commençant par Taiwan…
Lire aussi : Iran et Ukraine, deux guerres « entre les mains » de Donald Trump
Points clefs
Donald Trump décidera seul quand cette opération – qui ressemble de plus en plus à une furie chaotique – s’arrêtera, soit dans les 2 à 3 semaines à venir « seulement »
Le renversement du régime des mollahs ne fait plus partie des objectifs stratégiques déclarés par Trump, qu’il estime tout seul avoir quasiment atteints
Le régime iranien continue, dans cette quatrième semaine de combat, à tire au quotidien des missiles et surtout des drones, et filtre notamment la circulation maritime dans le Golfe persique bien au-delà du détroit d’Ormuz
L’OTAN est une fois encore remise en cause par Trump qui cherchera probablement à imposer aux Européens son accord de fin de guerre en Ukraine, au bénéfice de la Russie de Poutine
Les Européens sont face à leur destinée, leur propre sécurité repose désormais sur leurs capacités à s’unir au-delà de leurs divergences historiques
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