
Donald Trump avait promis à ses électeurs qu’une fois élu « il stopperait la guerre en Ukraine en 24 heures », mais ce pari est déjà perdu. Pourtant, le nouveau président américain n’a pas ménagé ses efforts pour déboucher rapidement, son équipe de négociateurs a commencé à discuter depuis au moins fin novembre, soit deux mois avant son investiture (le 20 janvier), afin d’arracher un accord au président russe Vladimir Poutine.
Deux logiques qui rentrent en collision, mais qui ne sont pas forcément incompatibles
Le « deal » que cherchait Trump n’a pas fonctionné à ce stade, mais il est probablement atteignable si les deux protagonistes s’adaptent à leur approche différente sans être incompatible. D’un côté, le nouveau président américain est un homme d’affaires dénué de tout scrupules mais convaincu que la guerre est un « bad business », ce qui signifie dans son esprit qu’un conflit militaire est mauvais pour les affaires et constitue aussi une mauvaise affaire en soi. Il se présente donc comme un féroce opposant à la guerre, même si la question d’une paix durable n’est pas son affaire…
Trump n’est pas un stratège rompu à la géopolitique, c’est un promoteur immobilier spécialisé dans l’hôtellerie internationale qui a besoin de passer des « deals » favorables à ses affaires. Les conséquences de ces accords d’opportunité, en particulier pour les autres et pour leur environnement, n’ont aucune importance à ses yeux pourvu qu’ils nourrissent son business. Il ne faut attendre de lui aucun altruisme ou stratégie durable, mais des deals aussi opportunistes que momentanés.
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Vladimir Poutine en est le miroir inversé : il n’a aucun scrupules comme Trump, mais il est un chef mafieux qui règne sur la Russie où il se vit comme un tsar régnant pour la plus grande chance de ses concitoyens qui n’ont qu’un seul droit, celui de se féliciter que le Kremlin soit ainsi maîtrisé. Sa guerre contre l’Ukraine n’avait aucune autre justification que d’étendre sa mainmise sur des territoires qu’il estime lui revenir, tout comme il le fait pour la Biélorussie ou la Géorgie.
Poutine est globalement étanche aux arguments économiques et financiers que les négociateurs de Trump ont voulu avancer. Ceux-ci cherchaient à le convaincre qu’il « menait son pays à la ruine » et qu’un deal était tout à son avantage, alors que la situation economique et financière de son pays n’est manifestement pas la préoccupation du maître du Kremlin puisqu’il décide lui-même du niveau de satisfaction de sa population…
Un échec de Trump sur l’Ukraine… relatif et temporaire
Cette négociation est un échec à ce stade, parce que l’affairiste ne pouvait pas se comprendre sur le terrain de l’Ukraine avec le chef mafieux qui se prend pour un joueur d’échecs. Un échec d’autant plus difficile pour Trump qu’il a imposé assez facilement à son ami Benyamin Netanyahou de stopper sa guerre au Proche-Orient. Et pourtant, celui-ci fait tout pour se maintenir au pouvoir en gardant une activité guerrière – aujourd’hui en Cisjordanie – tandis que les armes se taisent (relativement) à Gaza. Trump a probablement dealé un arrêt de cette guerre de dévastation sur Gaza contre une accélération de la colonisation israélienne, par tous les moyens tant que facialement ces derniers ne soient pas qualifiés de guerre.
En réalité, malgré ses talonnades, Netanyahou n’a pas le choix car il sait que si d’aventure il se risquait à humilier Donald Trump, comme il l’a fait consciencieusement avec son prédécesseur Joe Biden pendant ces 15 mois de guerre, il s’exposerait à des réactions immédiates alors qu’il est totalement dépendant de l’aide américaine, en premier lieu dans l’approvisionnement en munitions pour conduire ses guerres. Si Trump fermait le robinet des armes – ce dont il est parfaitement capable contrairement à Joe Biden –, la guerre s’arrêterait en quelques jours et Netanyahou se retrouverait dans une situation de fragilité qu’Israël n’a jamais connue jusqu’ici.
Des négociateurs déterminés à réussir
Aussi, malgré les réticences et les coups fourrés égrenés jusqu’à la dernière minute, l’accord de cessez-le-feu sur Gaza est rentré en vigueur comme prévu la veille de l’investiture de Donald Trump, permettant à ce dernier d’afficher sa capacité à stopper un conflit… et à faire oublier qu’il n’y était pas arrivé pour l’Ukraine. Mais cette possibilité de « deal » est-elle perdue pour autant ? Je ne le crois pas, car ces deux protagonistes ont intérêt à « faire affaire »
Pour Poutine, la question essentielle est de déterminer jusqu’où il peut pousser son avantage. Aujourd’hui, son armée avance sur le terrain – au prix de pertes effrayantes dont il n’a rien à faire – mais à un rythme très lent qui ne peut lui laisser espérer de pouvoir soumettre l’Ukraine dans sa globalité. « Raisonnablement », il pourrait essayer de finir de conquérir les régions (oblasts) ukrainiennes qu’il a formellement rattachées à la Russie.
Poutine voudrait-il fêter sa victoire le 9 mai 2025 ?
En termes d’agenda, il lui faudrait encore quelques mois pour s’emparer de la plus grande partie de ces oblasts qui forment l’est de la frontière de l’Ukraine. Probablement aussi que Poutine voudra consacrer sa « victoire » au moment de la commémoration du 9 mai 2025, 80 ans après celle de l’URSS sur l’Allemagne nazie. Cela expliquerait la manière dont il ménage Donald Trump alors même que ce dernier est forcément déçu de ne pas avoir débouché sur un deal quand il le voulait.
Dans son concept d’affairiste, Trump comptait d’abord sur les sanctions financières pour obtenir ce deal. En sanctionnant une partie de la « flotte fantôme » russe – en interdisant de fait tout « trafic » avec elle sous peine de lourdes sanctions judiciaires et financières –, il espérait faire plier Poutine rapidement puisque ce commerce d’hydrocarbures lui rapporte les centaines de milliards de dollars dont son économie a besoin pour ne pas sombrer. Il est à noter au passage que l’Europe aurait fort à gagner de pouvoir exercer une telle pression judiciaro-financière quand elle décide de sanctions…
Donald Trump dispose de cartes financières mais aussi militaires pour obliger Poutine
Cela n’a clairement pas été suffisant pour convaincre Poutine de faire aussi vite que Netanyahou, mais il reste à Trump la possibilité d’étendre ce régime de sanctions aux opérateurs russes les plus importants qui les mettraient à genoux en quelques… mois. L’autre volet que n’a pas poussé Trump jusqu’ici est la puissance militaire. Certes, son équipe – en lien avec la future ex-administration Biden – n’a jamais livré autant de munitions à l’armée ukrainienne qui d’ailleurs n’émet plus aucun critique sur le manque d’approvisionnement depuis novembre 2024. Mais Trump pourrait jouer maintenant sur la puissance aérienne dont ne dispose pas l’Ukraine, en deux étapes.
Dans une première étape, Trump pourrait armer l’Ukraine très rapidement d’une nouvelle capacité, celle d’intercepter des avions russes, y compris au-dessus de leur territoire, quand ceux-ci tirent leurs redoutables bombes planantes qui font des ravages sur la ligne de front mais qui n’ont « que » 80 km de portée. Les États-Unis disposent de missiles air-air, que pourraient emporter les F16 déjà livrés par les Européens, avec une capacité d’interception dépassant les 100 km qui interdiraient de fait ces bombardements cruciaux pour l’avancée de l’armée russe.
Contrer la puissance aérienne de l’armée russe
Ce serait bien sûr un choc du côté russe de reconnaître que des avions de combat sont interceptés et s’écrasent en Russie, une montée en tension dont Trump pourrait jouer sachant qu’il a une alternative à proposer au maître du Kremlin. En attendant, les Ukrainiens multiplient les attaques contre des dépôts pétroliers ou des usines d’armement sur le territoire russe, avec l’aval de l’allié américain, pour contribuer à cette pression sur Poutine et accélérer son « intérêt à négocier ».
Les négociateurs de Trump pourraient aussi jouer en deuxième étape sur une « menace » un peu plus longue a mettre en œuvre, mais qui coûterait cher à l’armée russe, en proposant d’équiper l’Ukraine d’une véritable flotte d’avions de combat. En effet, les États-Unis disposent d’une réserve considérable de F16 opérationnels et de la capacité de recruter massivement des « contractuels » pour les piloter et les entretenir parmi les milliers de pilotes et basiers (ceux qui servent les installations au sol) qui sont déjà en retraite à travers le monde et qui reprendraient volontiers du service moyennant un contrat avantageux.
Les Etats-Unis disposent de moyens militaires considérables qui n’ont pas encore été utilisés
En quelques semaines, l’Ukraine pourrait disposer d’une véritable armée de l’air quand elle ne dispose aujourd’hui seulement de quelques avions à l’impact marginal, d’autant que ceux-ci ne sont pas autorisés à intercepter des avions russes en dehors de leur territoire. Cette menace serait évidemment rejetée par le cercle de Poutine qui essayera de convaincre les négociateurs américains que l’aviation russe ne risque pas d’être mise en difficulté par une centaine de F16… ce qui est évidemment tout le contraire de la réalité.
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D’autres livraisons, notamment de chars lourds, nécessiteraient beaucoup plus de temps et ne résoudraient pas les problèmes de sous-effectif de l’armée ukrainienne liés à la volonté politique de leurs dirigeants de ne pas mobiliser toute leur jeunesse.
Combinés aux arguments financiers, en particulier le renforcement des sanctions contre les pétroliers « fantômes » de la Russie, ces menaces militaires seraient importantes, insuffisamment pour faire flancher Poutine (qui risque son pouvoir autant que sa vie), mais largement assez pour l’inviter à trouver un accord, même s’il n’était qu’à son demi-avantage.
La problématique absence des Ukrainiens et des Européens dans ces négociations
Si Trump et Poutine ont la possibilité de dealer sur cette guerre, il faut noter dans cette situation l’absence criante de deux acteurs qui devraient pourtant être clefs dans ces discussions, ce sont évidemment l’Ukraine et les Européens… Volodymyr Zelensky a bien compris qu’il n’avait pas les moyens de se révolter contre la volonté et la manière de faire de Donald Trump. Tout au plus, peut-il espérer influencer ces discussions en proposant des arguments que les négociateurs américains pourraient utiliser.
Quant aux Européens, c’est bien évidemment leur avenir qu’ils jouent, bien au-delà du sort de la courageuse résistance ukrainienne face à l’agression de cet empire menaçant qu’est devenu la Russie. Une question essentielle se pose désormais : les pays européens peuvent-ils continuer à avancer en ordre dispersé du fait d’une « Union » inadaptée ou vont-ils enfin franchir le pas pour constituer les « Etats-Unis d’Europe » et devenir ainsi les acteurs de leur propre destinée ?

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L’ UE à aussi un grand besoin des ressources que le sous sol de l’ Ukraine possède. Alors pourquoi pas un DEAL entre eux ? Cela obligerait Trump à devoir reconsidérer la relation UE/USA. Cela permettrait d’envoyer des troupes non sous l’angle de la guerre mais pour sécuriser ce DEAL.
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Trump et Poutine sont deux personnages qui se croient maîtres de leur pays et du monde, qui ne pensent qu’à leurs propres intérêts et qui se foutent de tout le reste, à commencer par l’ordre mondial et le droit international.
L’avenir ne s’annonce pas rose, mais pas du tout.
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Un « deal » entre Trump et poutine est certainement envisageable – dans leur tête – par le président américain qui n’en est pas à une outrance près ( Gaza » côte d’Azur du moyen Orient ).
Dans cet arrangement Est Ouest, l’Ukraine et l’Europe seront oubliées, et méprisées par ces 2 dirigeants très dangereux.
Poutine souhaite reconstituer la Grande Russie des tsars, éliminer le président Zelensky et étouffer l’Ukraine en bloquant son accès à la mer Noire au Sud, en donnant des ordres d’infiltrations à la Biélorussie au nord et en continuant sa progression à l’Est.
L’Europe n’a ni l’envie ni la puissance nécessaire pour s’opposer à ce despote sanguinaire et ce ne sont plus les USA qui nous aideront en cas de danger imminent.
Nous sommes seuls et impuissants face à ces 2 mastodontes dont les cerveaux sont inversement proportionnels à leur taille.
S Cazeneuve
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Si l’on considère le profil très « yankee » de Trump et de Musk – deux figures emblématiques du monde des affaires –, il est facile de comprendre que la nouvelle administration trumpienne mettra tout en œuvre pour favoriser les intérêts exclusivement américains.
Trump n’est pas le sauveur de la droite française (ni européenne), et Musk incarne le nouvel agent d’une NASA qui cherche urgemment à retrouver sa puissance et son prestige. Le personnage de Musk, souvent perçu comme un génie excentrique, colle parfaitement aux attentes dans ce domaine. Il incarne également le soutien aux nouvelles armes américaines, conçues pour maintenir leur rôle de gendarme mondial.
Trump continuera d’utiliser la vieille Europe – comme il le fait depuis 1945 –, non plus pour affaiblir directement la Russie, mais pour contrer la Chine. Il remplace progressivement les conflits armés par des guerres commerciales acharnées. Son objectif est clair : freiner l’ascension de la puissance commerciale chinoise, en passe de devenir dominante à l’échelle mondiale.
Le Brexit, orchestré par une Grande-Bretagne en déclin social, a surtout permis au Royaume-Uni de renouer des accords commerciaux lucratifs avec la Chine, tandis que l’Europe, engluée dans une collaboration passive, sombre lentement dans un totalitarisme mortifère pour ses membres.
À mon avis, il faut se préparer à une décomposition accélérée de l’UE bruxelloise, qui nous parasite depuis plus de vingt ans. En France, comme ailleurs en Europe de l’Ouest, nous paierons cher cette guerre commerciale. La Chine, mieux préparée à ce type de conflit, ne nous fera aucun cadeau. Sa mentalité, bien plus adaptée à une guerre économique mondiale, contraste avec celle des États-Unis de Trump, qui continueront à jongler entre commerce agressif et maintien des conflits armés, grâce à leur réseau de bases militaires omniprésentes.
Tant que Poutine maintient une certaine modération face à Washington, ce sont les nations européennes, déjà affaiblies, qui en subiront les conséquences. Nous risquons même de nous diluer dans une future Europe fédérale, dont rêve un certain leader européen qui a déjà lancé sa campagne…
Nous payons très cher notre veulerie et le démantèlement orchestré par la gauche au pouvoir. Le réveil des nations est urgent, sous peine de sombrer dans un effondrement définitif.
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Par pure provocation, je vous accuse de jouer le jeu des deux super-mégalos , Trump et Poutine qui croient diriger le monde et pense tout régler par un deal , pourquoi pas sur le zinc du bistro du coin . Je ne suis pas convaincu que Trump , même s’il l’affirme tous les jours puisse décider de tout tout seul. Sa volée de décrets signés au galop et certains retoqués aussi vite, en sont une petite démonstration et je doute que dans les arcanes du gouvernement, personne ne se soucie des intérêts à long terme de leur pays et n’ait les moyens de se faire entendre. Par ailleurs, vous ne dites rien des tensions internes, sociales, politiques, économiques ou militaires que Poutine doit gérer et dominer, pour la simple raison que personne n’en sait rien, en tout cas rien de crédible. Ce qui n’empêche pas ces tensions d’exister. Le nombre de personnes de haut rang sautant par la fenêtre est un indicateur. Que tout ne se passe pas comme le plan (qu’on ne connait pas ) en est un autre.
Exclure l’Europe et l’Ukraine de la table des négiciations, c’est le rêve des deux mégalos mais il n’est pas gagné qu’ils y arrivent. Si la guerre dure depuis 3 ans, c’est d’abord par la volonté du peuple ukrainien qui la fait et en paie le prix. Poutine leur a pourtant longuement expliqué que c’était inutile et pas bien ! Enfin, il faut se résoudre à l’idée que l’Europe ne sera jamais une entité étatique unie. Il n’y aura jamais de Général Foch à Bruxelles. Les gouvernements européens marcheront donc en ordre dispersé, ce qui ne signifie pas que leur puissance est nulle. C’est surtout la volonté de certains qui est faible. Est-ce que cela changera face à l’urgence ?
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pour répondre à votre question, franchement, depuis temps que ça dure, c’est pas gagné… Quelle honte…
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Donald Trump semble agir dans la préçipitation, ses decrets ont affaiblit le « softpower » Américain (selon le monde) mais surtout fortement destabiliser les USA qui voit leur institution ouvertement menaçer. Il veut conclure des accords négoçiés en therme d’années en quelques jours en parrallélles, ce qui ajoute au chaos. Sa marge de maneuvre sans voit relativement affaiblie. On note aussi qu’il garde encore un peu les pied sur Terre annonçant 25 pourcent de taxe douanière à c’est voisin mais seulement 10 pourçent pour la Chine, il est donc conscient que taxer par trop l’un des prinçipaux fournisseur US (même si cela c’est un peu diversifié depuis ça dernière éléction) n’est pas forçement une bonne idée… Mais la bride est vraiment très lache, on est passé des taxations ciblées de son premier mandat à ce qui pour le moment apparait comme beaucoup plus global! Il nous à habitué à faire monter ou descendre le cours au grès de ses frasques mais içi c’est toutes l’économie Américaine et par voie de ricochet mondial qui est menaçé. Dans un tel bazard diffiçile de prevoir ne serais-ce que la situation dans deux mois, mais il à tendance à ouvrir les potentiel négatif plutôt que positif… Négotier dans ces conditions avec lui semble se rapprocher d’avantage du dialogue de sourd que d’une dicussion constructive, mais qui sait, l’avenir nous surprendra peut-être. Salutation, Ludovic Melin.
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Donald Trump est un président condamné!
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