Israël : Netanyahou s’installe dans la guerre. Ukraine : face aux défis de Zelensky, Poutine s’inscrit dans le déni


Le Hamas comme Netanyahou font de leur mieux pour ne pas sortir de la guerre

Un mot pour commencer sur la situation à Gaza et en Israël : alors que nous espérions tous que les protagonistes allaient enfin trouver un accord dans ce conflit tragique…

Lire aussi :  Guerres en Ukraine et en Israël, (enfin) des voies de sortie en perspective ?

Le Hamas et Benyamin Netanyahou ont manifestement fait de leur mieux pour torpiller cette énième négociation, le premier en refusant de discuter directement avec les négociateurs, et le chef du gouvernement israélien en rajoutant des conditions sur un accord qui avait déjà été discuté (Netanyahou veut imposer de contrôler la frontière de la bande de Gaza avec l’Egypte).

La guerre continue donc, avec ces morts et blessés au quotidien qui nourrissent le Hamas et la dévastation de la bande de Gaza. Pourtant il ne reste plus grand-chose à détruire sur ce territoire que Netanyahou a honteusement assimilé au Hamas et réciproquement.


Dimanche 25 août, Netanyahou déclenche des « frappes préventives » contre le Hezbollah au Sud-Liban, celui-ci riposte par une vague de tirs contre Israël qui décrète l’état d’urgence. Le risque d’embrasement pèse sur toute la région, c’est l’échec d’une sortie de crise que Netanyahou n’a jamais cherché à éteindre et dont Gaza est la clef.



En guise de riposte contre l’incursion prolongée de l’Ukraine en Russie, Poutine minimise et continue à avancer dans le Donbass

La situation en Ukraine évolue très différemment de celle de Gaza : alors que l’offensive surprise lancée le 6 août dernier par l’armée ukrainienne contre la région russe de Koursk appelait « normalement » une réponse rapide, massive et brutale de la Russie, Poutine a choisi une toute autre stratégie : le déni.

Refusant probablement d’aller dans ce qu’il craint être un piège tendu par l’Ukraine, le président russe n’a surtout pas diminué son offensive contre le Donbass au centre du front, où se concentrent les meilleures unités militaires du Kremlin.

Situation générale en Ukraine au 22 août 2024 par War Mapper

Et pourtant, avec déjà trois semaines d’occupation et plus de 1000 km² de territoire russe occupés dans la région de Koursk, l’échec de la riposte russe est patent et la confusion règne sur son propre territoire. La ligne de contact est en continuelle évolution dans un espace où chaque faille est exploitée par des unités ukrainiennes rapides et mobiles, ce qui perturbe toute réponse coordonnée et cohérente de l’armée russe.


Poutine fait le choix de circonscrire l’incendie plutôt que de consacrer les moyens nécessaires pour l’éteindre

Alors que Poutine aurait dû logiquement se rendre dans la région pour montrer l’importance qu’il accorde à une riposte efficace, il a tout au contraire décidé d’aller visiter des républiques « périphériques », comme la Tchétchénie où il n’avait pas mis les pieds depuis 13 ans, comme s’il voulait montrer à sa population le peu d’intérêt qu’il portait au sujet, et à l’Ukraine qu’il partait exactement en sens inverse du piège qui lui était tendu.

L’Ukraine ne donne toujours aucun détail sur son opération militaire, et le président Zelensky se contente de commentaires politiques qui habillent une situation faite d’opportunités plus que d’objectifs ciblés…


En tout état de cause, l’Ukraine déplace cette guerre sur le territoire russe et Poutine essaye de ne pas le voir ou plutôt de ne pas le montrer. Le « maître du Kremlin » limite autant que possible ses commentaires sur l’opération ukrainienne contre la région de Koursk, en ne parlant que d’une « opération terroriste » à laquelle il convient de ne pas consacrer trop de temps.


Poutine cherche probablement à transformer cette provocation de l’Ukraine – la première incursion d’une puissance étrangère sur le territoire russe depuis la seconde Guerre mondiale – en une forme de normalité dont il ne faut pas s’inquiéter. Une situation à laquelle il convient de s’habituer, simple épiphénomène de son opération de « libération des nazis » en Ukraine.

Une indifférence affichée par Poutine qui masque mal la réalité

Pour autant, l’Ukraine multiplie les attaques surprises sur le territoire russe, qui touchent tout azimut des cibles militaires comme la base aérienne de Marinovka dans la région de Volgorod à plus de 300 km de sa frontière ou un dépôt de munitions dans la région de Voronej (+ de 100 km).

Les frappes ukrainiennes visent aussi d’importantes installations énergétiques, comme ce dépôt pétrolier dans la région de Rostov qui n’en finit pas de brûler et où même l’église orthodoxe, vassalisée par le pouvoir, se croit obligée d’apporter son soutien en bénissant les camions de pompiers…

L’Ukraine a même envoyé une vague de drones contre la capitale Moscou, que le maire a bien essayé de présenter comme un échec, mais en reconnaissant de fait que des bombes ukrainiennes volent au-dessus de la tête de ses concitoyens… Par ailleurs L’Ukraine a aussi frappé une barge transportant des citernes de carburant qui brûle à proximité du pont de Kertch, reliant la Crimée à la Russie.

Les Ukrainiens mettent ainsi en difficulté le discours de normalisation de Poutine, et ils montrent aussi à leurs propres alliés que la limite que ces derniers leur ont imposée de ne pas frapper trop profondément à l’intérieur du territoire russe n’a pas de sens. Des frappes, menées avec des moyens strictement ukrainiens, ont touché des cibles à plus de 1,000 km de la frontière, comme le fait la Russie avec l’Ukraine.

Une opinion publique impassible, mais un régime qui craint l’affaiblissement de Poutine

Il est compliqué de mesurer les effets réels de ces opérations ukrainiennes sur l’opinion publique russe. Même si personne ne doute que la population ne se révoltera pas contre le maître du Kremlin, il est de plus en plus difficile pour Poutine de faire croire à sa puissance quand les faits mettent en lumière sa fragilité et ses faiblesses : Il est incapable de défendre la frontière russe, alors qu’il prétendait soumettre un pays voisin en quelques semaines.

Plusieurs officiels russes, dont le vice-président du conseil de sécurité, Dmitri Medvedev, déclarent refuser toute négociation dans ce contexte, reconnaissant de fait que l’idée les questionne et ne pourra être évitée longtemps. Poutine a probablement conscience, qu’en l’état, ses troupes ne peuvent pas s’emparer beaucoup plus que du Donbass, tandis que les Ukrainiens se constituent des cartes intéressantes pour une négociation avec Moscou qui ne soit pas une capitulation. Ils ont ainsi capturé des centaines de prisonniers que la Russie a déjà commencé à échanger dans une discussion qui peut aller plus loin.


Les semaines qui viennent devraient voir logiquement se multiplier des coups d’éclat de l’Ukraine, conformément à cette stratégie de « David contre Goliath », pour ne surtout pas s’opposer frontalement à la puissance de destruction russe, mais pour utiliser au mieux toutes les faiblesses de son régime autocratique aussi puissant en apparence qu’il est fragile en réalité.

La guerre en Ukraine, que Poutine a déclenchée depuis 30 mois maintenant, devient progressivement une menace contre le « maître du Kremlin », elle pourrait lui être fatale.

Incendie en Russie lié à une frappe ukrainienne, l’affiche de propagande au premier plan associe « stabilité » à l’image de Poutine…



Suivre la situation sur le front avec Macette @Escortert


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15 commentaires sur “Israël : Netanyahou s’installe dans la guerre. Ukraine : face aux défis de Zelensky, Poutine s’inscrit dans le déni

  1. Je suis soit naïf soit ignorant, mais les questions ne cessent d’occuper mon esprit : les Israéliens et les Russes n’ont-ils pas encore compris que leurs dirigeants les menaient à leur perte en tant que sociétés? Qu’attendent-ils pour réagir et se débarasser d’eux?

    Les deux pays se dirigent vers l’abîme et risquent d’entraîner le monde entier avec eux. Et, pendant ce temps, c’est « business as usual » dans les capitales européennes et nord-americaines.

    L’ONU, le droit international, etc., nous sommes en droit de nous interroger sur leur pertinence, et ce, plus que jamais.

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  2. Bonjour Monsieur Ancel,

    Aujourd’hui, le président français se rend en Serbie pour concrétiser la vente de 12 avions Rafale.

    Or ce pays gouverné par des nationalistes grand-serbes, proches de la Russie, a déjà berné la France. Il n’est que de se remémorer les duperies de Slobodan Milosevic à partir de 1989. Il a enfumé tout le corps diplomatique français, Roland Dumas en tête. Cela a conduit Mitterrand a un aveuglement coupable, alors que les pires atrocités étaient commises par les serbes durant l’éclatement de l’ex-Yougoslavie.

    Il est à craindre que les tentations hégémoniques de la Serbie dans les Balkans soient ravivées par la proximité des dirigeants avec le dictateur Poutine.

    Alors que le président Macron multiplie les faux pas et les errements, pourquoi fait-il de surcroît preuve d’une telle complaisance à l’égard de la Serbie?

    Il me semble intéressant de lire votre avis sur ce sujet, sur fond de guerre russe en Ukraine.

    Avec mes remercirments

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      1. Beaucoup de nos présidents ont cru ancrer dans la démocratie des pays africains en particulier et même francophones, pour y échouer.

        La Serbie, dont nous étions proches jusqu’à nous engager à ses côtés et ceux de la Russie dans la première guerre mondiale, puis pro-nazis pendant la deuxième jusqu’à la résistance incarnée par Tito (croate et pas serbe) contre les Tchetniks, est responsable de génocide sous le régime de Milosevic et n’a pas hésité à abattre nos Mirage 2000 et détenir comme boucliers humains, contre toutes les lois de la guerre, nos casques bleus et observateurs de l’ONU en région serbe de Pale en Bosnie.

        Le régime d’Aleksandar Vučić (natif de cette région et décoré du plus grand ordre russe d’Alexandre Newski qui ultranationaliste s’était opposé à l’entrée dans l’UE, avait interdit les médias étrangers et fréquente mafieux et criminels de guerre) n’est en rien une démocratie et son propre dirigeant des services secrets Aleksandar Vulin est suspecté de trafic de drogue et d’armes. S’il a condamné l’agression de l’Ukraine, il n’a adopté, contrairement à l’UE à laquelle il prétend maintenant adhérer, aucune sanction contre la Russie.

        Il y a d’autres pays plus menacés que la Serbie, comme la Géorgie ou la Moldavie (sans parler de l’Ukraine) qui ont sûrement plus besoin de Rafales que cet allié historique de la Russie (et pas si éloigné de l’US). Bref, il vaut mieux une longue cuiller quand on se rend dans ce pays et je parierais bien qu’on retrouvera très vite des plans et, dès qu’ils seront livrés, des pièces de nos Rafales chez leur mentor.

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  3. Avec la libération d’un des otages de Gaza, il en resterait maintenant 70 vivants et je pressens qu’après avoir exécuté ou assassiné le chef politique du Hamas en pleine tentative extérieure de négociation, il est clair que BN préfère les récupérer morts comme les 34 autres, sans avoir à s’expliquer sur les causes de leurs morts. Il est aussi clair qu’il cherche les prétextes pour intervenir au Liban, voire même en Iran, en mettant le monde et les États-unis devant le fait accompli. Ira-t-il jusqu’à susciter des incidents de frontière ou téléguider des tirs du Liban, comme l’ont fait tant de régimes de sinistre réputation ?

    Concernant l’Ukraine, il lui est probablement moins coûteux en vies de ralentir une offensive en terrain miné et repéré (rapport d’au moins 3 en pertes) que de pénétrer dans des ventres mous mal défendus (selon l’image du Général Trinquand) et d’y saisir même provisoirement des terrains mais également des prisonniers (presque 600 récemment) que l’ont peut échanger les uns et les autres et dont l’impact politique et numérique pour ces derniers est probablement meilleur que des morts prétendûment glorieuses passées par pertes et profits sans réaction des proches. Ce n’est pas vraiment le retour à une guerre de mouvement mais plutôt des raids ou razzias d’opportunité bien plus rentables qu’une défense ferme d’attrition (relire Liddell Hart et ceux qui s’en sont inspiré dans les guerres révolutionnaires asymétriques à l’encontre de la doctrine soviétique qui avait échoué en Afghanistan).

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  4. Merci pour les éclairages proposés à un moment où ces deux conflits, majeurs quant à leurs conséquences pour nous, tendent à disparaître  » de nos écrans » pour ne plus qu’être des images de guerre.

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  5. Aucun dirigeant israélien ou russe ne souhaite des négociations de paix.

    Chacun campe sur ses positions et les entourages de ces 2 dictateurs tiennent les mêmes propos

    A Gaza, il n’y rien plus rien à détruire. C’est un champ de ruines où tentent de suivre quelques malheureux Palestiniens avec un peu d’aide internationale.

    Pour ces 2 personnages qui s’enfoncent dans le déni et le mensonge, la vie humaine n’a pas de prix. Seule compte leur ambition. Tristesse.

    S Cazeneuve

    Aimé par 1 personne

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