
À tous ceux qui seraient tentés de m’opposer que je ne suis pas un spécialiste de la Nouvelle-Calédonie, comme ils ont d’ailleurs essayé de le faire pour la guerre en Ukraine ou en Israël, je rappelle que j’interviens sur ces sujets parce qu’ils ne connaissent pas grand-chose à la guerre et je leur recommande de me lire avant de dire…
A défaut d’avoir eu la chance d’aller en Nouvelle-Calédonie, j’ai beaucoup travaillé et échangé avec des « Caldoches », des Kanaks et des Métropolitains – en particulier des officiers de l’armée de terre, de la Marine et de la Gendarmerie – qui ont servi « là-bas », aux antipodes de Paris, à l’autre bout de notre planète.
Que la situation soit difficile et complexe en Nouvelle-Calédonie, qui pourrait en douter ? Mais que soit si peu nommé le drame qu’il faut craindre à son sujet ne cesse de m’inquiéter.
J’étais encore à Saint-Cyr en 1988 lorsque des événements comparables en termes de gravité se produisirent, et je suis effrayé de leur actualité, plus encore de notre capacité collective à les oublier. Voilà comment je les ai rapportés dans mon dernier livre sur Saint-Cyr :
[Extrait]
De la responsabilité politique
d’une opération militaireLa grotte d’Ouvéa, Nouvelle-Calédonie
En ce printemps 1988, l’attention est focalisée sur les élections présidentielles, où le premier ministre Jacques Chirac compte bien l’emporter, après avoir inauguré cette étrange forme de gouvernement de cohabitation avec le président François Mitterrand. Mais, pendant que les candidats comptent leurs voix et recherchent à tout prix le soutien des électeurs, la situation dégénère en Nouvelle-Calédonie. A l’autre bout de la planète, des indépendantistes usent de violences pour obtenir ce qu’ils estiment leur revenir de droit. Certains ont attaqué un poste de gendarmerie en faisant plusieurs morts, avant de se retrancher avec des otages dans la grotte d’Ouvéa. Le gouvernement semble hésiter entre la négociation et la prise d’assaut.
Que va décider Jacques Chirac, alors chef du gouvernement ? Les convives de ce dîner sont tellement persuadés que je vais défendre l’option militaire qu’ils l’avancent comme une évidence. Elle ne l’est pourtant pas pour moi, bien que je ne connaisse pas plus qu’eux la situation forcément compliquée sur le terrain calédonien. Cependant, j’ai conscience que la solution militaire nous emmènerait tout droit vers une guerre civile, la pire forme d’un conflit, celle que personne ne peut gagner et que tout le monde veut oublier, comme ces massacres de la Commune en France.
A la grande surprise de mon auditoire, je défends – avec véhémence – qu’une action de guerre serait une impasse à l’instar de l’Algérie, ce conflit qui les avait frappés d’amnésie. Vingt-cinq années après, les mêmes réflexes dramatiques resurgissaient parce que nous n’avions rien appris. Comme si une opération de guerre pouvait régler un conflit relevant de la politique interne, dans une société où nous espérions vivre ensemble.
C’est pourtant bien cette solution que Jacques Chirac choisira quelques jours plus tard, en envoyant des parachutistes liquider la plupart des preneurs d’otages, entre les deux tours de l’élection. Il faudra ensuite toute l’habileté et la clairvoyance de Michel Rocard pour empêcher que cette île, à l’autre bout du monde, ne sombre dans un affrontement désastreux, ruineux et sans issue.
Je comprends, avec l’enseignement prodigué à Saint-Cyr et ce début de culture militaire, que le choix de la guerre ne peut être pris à la légère. Cette décision est une arme à double tranchant qui peut aussi bien ouvrir les portes de l’enfer. J’entrevois dès lors la complexité et la duplicité du contrat passé entre les décideurs politiques de ces interventions armées et les officiers chargés de mener ces guerres, mais aussi de se taire.
Et je crains que la solution actuelle, consistant à ne plus appeler « guerres » les conflits armés auxquels nous participons, ne soit encore pire pour notre démocratie et pour nos soldats…
[Extrait de Saint-Cyr, à l’école de de la Grande Muette (Flammarion, 2024)]
Depuis plusieurs mois, des signaux remontaient de Nouvelle-Calédonie sur la nécessité de se donner du temps alors que la société kanak supporte mal la pression par le temps imposé d’un agenda trop pressé.
Se donner encore du temps alors que ces discussions durent depuis des décennies ? C’est probablement l’enjeu principal dans la situation actuelle, que le président Macron a du mal à accepter du fait de son tempérament par trop empressé.
J’entends les critiques sur le déchaînement de violence de pillards sans scrupules et souvent sans cervelle. J’entends la peur de tous ceux qui se sentent menacés et voudraient se protéger quand l’Etat peine à le faire. Mais ces violences ne sont que l’avant-goût d’un affrontement qui pourrait s’installer en fracturant la population de Nouvelle-Calédonie et en instaurant un climat de guerre, une vallée de larmes et de sang aux dommages aussi irréparables qu’effrayants.
Ce type de guerre, particulièrement dévastatrice, s’appelle « la guerre civile » et nous avons du mal à la nommer. Au Cambodge comme en Bosnie, la génération concernée par la guerre civile n’a toujours pas fini de panser ses plaies, tandis que celle qui suit nourrit encore un désir de revanche et de violences.
La guerre civile a pour particularité que personne ne peut la gagner
Du temps est indispensable pour éviter tout risque d’une guerre civile, une guerre dont peu de personnes ont l’expérience alors qu’elle a fracturé à nos portes même la société espagnole pendant des décennies (est-ce vraiment fini ?). La guerre civile a pour particularité que personne ne peut la gagner : elle ne fait que des victimes, dont la première est la capacité à vivre ensemble…
Donner du temps à la Nouvelle-Calédonie, ce n’est pas céder aux violences et aux émeutiers, ni bafouer « l’ordre et la loi », mais éviter de se rapprocher inutilement de ce gouffre dans lequel une guerre civile nous emporterait. Michel Rocard l’avait bien compris dans ces années 1980, sommes-nous capables – aujourd’hui comme demain – de nous en souvenir pour agir avec suffisamment de discernement et éviter à tout prix cet abysse pour l’humanité ?
Pour approfondir,
Nouvelle-Calédonie : aux obsèques de la jeune Kanak tuée le 15 mai, « la lutte continue » (Par Nathalie Guibert, dans Le Monde)
Le bateau ivre calédonien (par Henri Weill)
Dossier spécial Kanaky Nouvelle-Calédonie (histoire coloniale et post-coloniale)
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Bonjour, vue de métropole cela ressemble davantage au révolte des banlieux après une bavure policière qu’à une guerre civile. Mais l’incomprehension est forte entre la situation perçu et la situation vécue. Quand Le président de la République évoque un Référundum de la France entière il rapelle avant tout que la Nouvelle-Calédonie est française. Pour les indépendantistes élargir le corps éléctoral peut paraitre une perte de controle de leur destiner mais en réalité ce qui compte ce n’est jamais qui vote mais bien ce qui est voté! Pour avoir discuter par hazard avec un indépendantiste savoyard qui rappeller fierment son droit à prendre les armes si la situation l’exiger, bien qu’évidement il n’en était pas question pour le moment… Il m’apparait qu’en même que dans cette position de spécificité culturel, que l’on soit Kanac ou breton, c’est bien la conservation de sa culture et de ses traditions qui semble le réel enjeu, qui vote n’est que secondaire, convaincre que l’on va mettre en valeur les spécifiçités locales est les intégrès sans les effacer me semble le moyens le plus rapide pour calmer la situation et vivre ensemble, même si au vue du banditisme qu’exercent certains protéger les bien et les gens pour reduire les peurs est inévitable mais doit être raisonner, la priorité est à l’apaisement, cela signifie donc le recours limité à la force et si possible trouver des points d’entente qui permettent d’arriver à une vie épanouissante pour tous. Salutation, ludovic Melin.
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absolument d accord!
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La majorité des indépandistes et des loyalistes sont pour l’indépendance-association alors oui laissons du temps dans l’espoir que de nouveaux leaders politiques émergent.
C’est ce qui me laisse espérer qu’effectivement ces événements ne se transforment pas un guerre civi tout comme le vivre ensemble qui continue dès qu’on s’éloigne des barrages.
C’est dommage que vous ne souligner pas le travail exceptionnel* des forces de l’ordre qui se font régulièrement tirer dessus à balle réel et qui malgré l’assassinat lâche de l’un de leur collègue conserve leur sang froid pour ne pas transformer les émeutiers en martyrs et limiter également les risques de guerre civile.
*bien que j’habite toujours dans une zone de non droit au moment où j’écris ces lignes.
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Bonjour,
Je suis abonné à votre blog depuis quelques temps. Je vous vois intervenir dans les éditions de « C dans l’air ».J’ai souvent trouvé vos points de vue et vos explications éclairées notamment sur les conflits en Europe de l’Est et au Moyen Orient.
Calédonien d’origine européenne, « caldoche » comme on dit, le premier de mes ancêtres arrivé en Nouvelle-Calédonie était un bagnard sur l’Iphigénie, premier navire qui a débarqué à Fort de France (ancien nom de Nouméa) en 1864. Il n’avait certainement pas demandé à venir ici et je ne saurai dire pour quelles raisons, il a fini par s’installer, mais je l’en remercie.
J’ai grandi dans les quartiers populaires et ma famille représente bien ce que l’on appelle le destin commun : des métisses en tout genre (kanak, polynésien, indonésien, vietnamien dont moi, antillais…). Nous avons toujours été élevés dans la tolérance et le respect de l’autre.
J’ai eu l’occasion de passer des vacances en tribu durant mon adolescence à Lifou et à Maré. Probablement les plus belles vacances de cette époque de ma vie. C’était juste avant les premiers évènements. Auparavant, j’avais eu la chance de voir la Nouvelle-Calédonie dans la paix, du nord au sud. Le respect de soi-même et de l’autre était une valeur commune.
A Nouméa, comme partout ailleurs, les maisons étaient toujours ouvertes et je me souviens même que les voitures étaient garées en centre ville avec les fenêtres ouvertes et les clés sur le contact.
Ni vol, ni violence, seulement du respect et la paix.
Quant à mes amis d’aujourd’hui, je parle de la vraie amitié, pas celle définie par les réseaux sociaux, ils sont de toutes les ethnies, de tous les bords politiques, de toutes confessions religieuses. Car ce qui m’importe, ce sont les valeurs que l’on partage (respect et travail). Et peu importe nos convictions, ces valeurs peuvent être communes. Nous pouvons en débattre, de manière pacifique, sans chercher à convaincre l’autre. Juste en discuter. Ce qui finit par nous rassembler à la fin, c’est notre voeux de voir nos enfants s’instruire et s’épanouir dans un pays en paix.
Certes, il y a eu des erreurs de la part de gouvernements français successifs, ce qui a fait qu’une demande de reconnaissance culturelle est devenue petit à petit une demande d’indépendance. C’est un droit constitutionnel, le droit à l’autodétermination. Depuis plus de 30 ans au moins, ce droit est respecté par l’Etat français. Rappelons ici l’alinéa 3 du préambule de l’Accord de Nouméa : « Le moment est venu de reconnaître les ombres de la période coloniale, même si elle ne fut pas dépourvue de lumière. »
Nous qui vivons ici, je veux parler de l’écrasante majorité, n’aspirons qu’à une chose : la paix et la prospérité (et ce terme peut avoir plusieurs significations selon nos repères). La Nouvelle-Calédonie fait partie de ces rares endroits du monde où c’est encore envisageable. Pour ce faire, il faut avoir des perspectives, de la visibilité, des conditions de vie correctes (accès aux soins et à l’instruction pour tous). L’issue de l’Accord de Nouméa, c’est que les parties prenantes, après le(s) référendum(s) d’autodétermination, prennent acte des résultats des urnes et examinent la situation ainsi créée pour entrer dans une nouvelle ère institutionnelle.Bien que les calédoniens aient dit non à l’indépendance par 3 fois (avec un corps électoral gelé unilatéralement par le Président Jacques Chirac en 2007), cette revendication d’indépendance existera toujours et je la considère comme légitime.
Ce qui est tout aussi légitime à mes yeux, c’est que la démocratie dicte les décisions qui sont prises. Les urnes ont parlé, l’indépendance ce n’est pas pour tout de suite. Peut-être plus tard, allez savoir.
En attendant, que proposent les insurgés de la CCAT (Cellule de Coordination d’Actions de Terrain), émanation (ou bras armé devrait on dire) de parties indépendantistes ? Le Chao.
Après avoir saccagé, pillé et brûlé plus de 300 entreprises, causant au moins 5000 pertes d’emplois sur un territoire de 270 000 habitants à peine, que souhaite faire la CCAT ? Continuer son action jusqu’à l’obtention de l’indépendance… par la force et non pas par les urnes.
Celles et ceux qui pâtissent le plus aujourd’hui de cette insurrection sont les plus vulnérables. Les personnes âgées, malades et les plus démunies. Et ce ne sont pas que des « caldoches », mais bien toute la population, et peut-être encore plus la population kanak. Je souhaite d’ailleurs préciser que je différencie kanak et indépendantiste, car tous les kanaks ne sont pas indépendantistes et il existe des indépendantistes de toutes les ethnies présentes sur la Nouvelle-Calédonie.
Le dernier et 3ème référendum a eu lieu en décembre 2021. N’est-il pas temps de considérer cette fameuse « situation ainsi créée » pour prendre des décisions sur l’avenir ? N’est-il pas temps de construire enfin ce « destin commun » qui pourrait être une exception et un exemple dans le monde ?
Comment construire un destin commun lorsqu’une partie non négligeable de la population, toutes ethnies confondues, ne peut avoir ce droit universel que celui de voter ? Comment construire un destin commun si une partie de la population n’a pas les mêmes droits ?
Ce que propose l’Etat français, c’est que le droit de vote soit attribuer à des personnes résidant depuis 10 ans au moins en Nouvelle-Calédonie. L’article 2 de cette loi adoptée par le Parlement prévoit que tout accord issu des parties prenantes locales, quelles qu’en soient les conditions et jusqu’à 15 jours avant les prochaines élections prévues en décembre 2024, annulerait cette loi.
Le Président Macron a annoncé ne pas convoqué le Congrès de Versailles pour le moment et a donné du temps aux responsables politiques locaux de trouver cet accord. Ce temps n’est pas « limité » dans le sens où il (Emmanuel Macron) déclare qu’il souhaite voir des avancées sur les discussions d’ici un mois. Il ne demande pas la signature d’un accord d’ici un mois, il demande simplement que les discussions reprennent. Où est le passage en force ? N’est-ce pas le rôle d’un chef d’état que de prendre des décisions, si rien n’avance en local ? D’autant plus si ces décisions respectent ce qui s’est exprimé démocratiquement ?
Revenons sur cette période de 10 ans pour avoir le droit de vote. Combien de français de l’Hexagone seraient prêts à accepter de pouvoir s’exprimer sur les décisions politiques locales qui les concernent, au bout de 10 ans seulement ? Combien de français de l’Hexagone seraient prêts à faire la queue pendant des heures pour faire ses courses tout en étant rationnés sur les quantités ? Combien accepteraient de pas pouvoir se faire soigner ? de ne pas pouvoir aller travailler ? de ne pas pouvoir se déplacer librement ? de voir leurs enfants privés d’enseignement ?
Là où je vous rejoins, c’est que la violence et la guerre (civile ou pas) ne sont pas des solutions. Dans aucun conflit. Trop de victimes innocentes, trop de souffrances et de cicatrices qui ne se refermeront jamais.
Qui a lancé les premières attaques ? N’est-ce pas un droit pour les habitants de pouvoir accéder aux soins ? à la nourriture ? au carburant ? à l’enseignement pour les jeunes ? de pouvoir circuler en toute sécurité ? de pouvoir travailler et entreprendre ? N’est-ce pas cela l’état de droit ?
Le dégel du corps électoral n’est qu’un prétexte. La CCAT veut obtenir par la rue ce que les indépendantistes n’ont pas réussi à obtenir par les urnes. Problème pour les élus indépendantistes : ils ne sont plus légitimes dans leurs propres rangs.
Alors, en tant que citoyen calédonien et français, je réclame que l’état de droit soit retrouvé. Que mes enfants puissent reprendre les cours. Que mes parents puissent se déplacer en sécurité, qu’ils puissent avoir accès aux soins. Et je réclame ce droit pour tous les habitants de la Nouvelle-Calédonie.
Vous avez l’humilité de reconnaitre que vous ne connaissez pas la Nouvelle-Calédonie. Seriez-vous prêt à reconnaitre, comme vous le déclarez d’ailleurs pour le conflit en Ukraine (même si la situation n’est heureusement pas aussi dramatique), que c’est à l’assaillant de demander à ses troupes de se retirer pour que le dialogue reprenne et que l’on trouve enfin une solution ?
Bien cordialement.
Jean-Marc BRECARD
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Merci pour cet article pourvu d’une sensibilité qu’on aimerait voir plus souvent chez d’autres, je reprends quelques passages que vous avez pris le temps d’écrire et qui me paraissent capitaux.
Car cela me rappelle l’histoire des amérindiens quelque part, évidemment du Cambodge, et de tant de pays d’Afrique en ce moment même. On a l’impression pénible de situations qui se reproduisent selon le calque d’une mauvaise partition d’un vieil orgue de barbarie, et l’envie de dire « stop aux massacres! », en équilibre avant un basculement. Je me souviens du meurtre de Jean-Marie Tjibaou lorsque j’étais enfant…il a été tué le 04 mai 1989 par un indépendantiste kanak qui considérait comme une trahison la signature d’un accord de paix par processus graduel. Le 13 mai 2024, les émeutes commencent en Nouvelle-Calédonie. Quel timing…lequel a réglé le chrono de cette bombe, je vous le demande.
Qu’arriverait-t-il au patrimoine culturel kanak intangible et ses habitants sans la protection de la France et de l’Europe? Conserveraient-ils la capacité de vivre avec le drapeau kanaky -vraiment très beau? Je revois un jeune homme m’annoncer qu’il plaquait tout pour aller s’installer en Nouvelle-Calédonie en 2017, il avait préparé son départ pendant cinq ans pour cet endroit qui lui apportait la paix, cela se voyait dans ses yeux, il était heureux d’y aller.
« Depuis plusieurs mois, des signaux remontaient de Nouvelle-Calédonie sur la nécessité de se donner du temps alors que la société kanak supporte mal la pression par le temps imposé d’un agenda trop pressé.
Donner du temps à la Nouvelle-Calédonie, ce n’est pas céder aux violences et aux émeutiers, ni bafouer « l’ordre et la loi », mais éviter de se rapprocher inutilement de ce gouffre dans lequel une guerre civile nous emporterait. »
Tandis que » le choix de la guerre ne peut être pris à la légère, une guerre civile étant la pire forme d’un conflit, celle que personne ne peut gagner et que tout le monde veut oublier. Ne laissons pas vingt-cinq années après, les mêmes réflexes dramatiques resurgir parce que nous n’aurions rien appris. Comme si une opération de guerre pouvait régler un conflit relevant de la politique interne tributaire d’un agenda trop pressé… »
On observe irrémédiablement les deux aspects suivants : dans n’importe quel conflit la capitulation repoussée a toujours entrainé la violence et de fait souvent des décisions trop rapides, radicales, voire barbares, encore plus simples à appliquer lorsque la distance géographique est là (semble-t-on croire…). La Nouvelle-Calédonie ayant besoin de sérénité, la responsabilité du chaos revient donc au « plus pressé »…
[Il ne peut pas sortir de chez lui mais il peut jeter les jouets par dessus son parc!]
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Michel Rocard n’est plus et sa sagesse nous manque.
Il n’était pas dans la hâte, ni la précipitation mais dans l’écoute et la négociation à long terme.
Il avait aussi compris la nécessité pour la France de rester présente dans ce coin du Pacifique pour contrer les vues chinoises sur ce coin de terre qui, à l’époque , était prospère.
Quant à tous ces jeunes « indépendantistes » qui pillent, détruisent, incendient et osent tuer, ils ressemblent comme 2 gouttes d’eau à nos jeunes de banlieues sans foi ni loi qui préfèrent l’affrontement avec les forces de l’ordre et leurs petits trafics juteux à toute forme de travail légal.
Il est donc très difficile , dans ces conditions, d’avoir de vrais dialogues avec eux et les partis qui les soutiennent et les incitent à la rébellion.
Le calme doit revenir pour entamer des pourparlers avec les partis kanaks et autres qui souhaitent l’indépendance mais quel type d’indépendance quand la grande majorité de l’économie dépend de la France à 27 h d’avion et combien de semaines en bateau ? L’économie locale est aussi assurée par des entrepreneurs métropolitains qui n’ont pas l’intention de quitter la Nouvelle Calédonie.
Négocier, toujours mais jamais sous la pression et le couteau sous la gorge et ne rien imposer par des lois ou un quelconque référendum qui jusqu’ à présent n’a offert que plus d’autonomie mais pas d’indépendance.
Patience donc afin que le calme et l’ordre reviennent.
S Cazeneuve
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Il faut ajouter cette fois, comparativement aux guerres civiles du passé, la force de frappe des ingérences étrangères. Même indirectes (par proxys) et sous le seuil du positionnement officiel, l’effet de déstabilisation est démultiplié par rapport à la polarisation initiale entre deux camps internes.
Le désarroi Kanak, sans juger du fond, concerne l’aspect identitaire mais aussi économique dans une zone intéressant
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…dans une zone intéressant des États à long terme. Toute faute stratégique de la France pourrait, à long terme, aiguiser des appétits stratégiques de ce site fort de nickel + ZEE à prendre en compte.
Dans cet esprit, bien que le retour à la sécurité soit nécessaire à très courte échéance, il semble opportun d’impliquer les Kayaks dans les fruits du chiffre d’affaires local, de façon plus appuyée. Mes propos apparaîtront stupides aux yeux d’investisseurs Français dénonçant une vue limitée. Je crois malheureusement que cette non prise en compte pourrait alimenter des manœuvres (Azerbaïdjan, Chine,…) qui coûteront plus cher à la France ensuite, puis définitivement.
Les Kayaks pourraient, si l’on tolère mon propos, disposer d’une petite rente de situation corrélée aux résultats économiques de l’île. Cette petite rente pourrait compenser le déficit quantitatif de Kanaks dans les structures organisant les structures économiques et industrielles de l’île.
En agissant de la sorte, le système électoral désiré par le référendum citoyen (déjà 3 en fait) passerait mieux, puisque l’augmentation de l’activité économique par ceux qui ne sont pas Kanaks intéresserait directement ces derniers. Ça faciliterait l’acceptation des non Kanak par un protocole gagnant-gagnant.
Même si la crise actuelle suggère de retenir les leçons du passé, on pourrait mettre à jour nos logiciels de pensée vers la version « géopolitique compliquée » de 2024. Cette fois, 35 ans après la grotte d’Ouvéa, une gestion de crise « à la papa » ferait sourire d’éventuels intervenants indirects extérieurs, pour rafler la mise après un conflit civil mal jugulé.
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