
J’espère que cette question vous choque, car personnellement elle me heurte : comment un État comme Israël, rare démocratie au Proche-Orient et nation menacée par l’hostilité de son voisinage a pu se retrouver avec un dirigeant d’extrême-droite dont l’essentiel de la politique repose sur la violence faite aux autres ?
« Délivrer les Palestiniens du Hamas » en détruisant tout sur son passage
Bien que Netanyahou ait fait beaucoup pour que le Hamas prospère à Gaza, il était légitime de vouloir lui faire la guerre dès lors que ce dernier a lancé une attaque terroriste contre Israël le 7 octobre 2023 (1,400 morts et disparus, essentiellement des civils sans défense).
Mais le 07 septembre 2024 marque le début du douzième mois d’une « guerre » démesurée et infâme. Netanyahou n’a jamais eu le droit de ravager la bande de Gaza ou des camps de réfugiés en Cisjordanie au prétexte de s’attaquer à des « terroristes » qu’il assimile en réalité à la population palestinienne.
Comme Poutine dans sa guerre « de libération » de l’Ukraine, Netanyahou provoque des pertes civiles massives et répétées dans des proportions qui ne font plus douter de l’absence du ciblage de ses frappes. Des crimes de guerre répétés et délibérés même si ces deux dirigeants aiment affirmer le contraire.

Avec plus de 9 victimes collatérales pour 1 cible visée, avec plus de 80% des infrastructures détruites ou endommagées sur Gaza, l’opération Netanyahou est un carnage sans comparaison avec des opérations anti-terroristes comme l’élimination du chef du Hamas à Téhéran qui n’avait fait que deux morts, ce dernier et son garde du corps.
Lire aussi : plutôt que tirer à tort et à travers, Israël frappe enfin la tête du Hamas
Netanyahou commet proportionnellement plus de dégâts en Israël que Poutine en Ukraine
Le bilan de cette opération Netanyahou est catastrophique, et les chiffres annoncés par le ministère de la santé du Hamas (41,000 morts) ne sont qu’une partie des morts infligés par ces bombardements sans fin, probablement de l’ordre de 100,000 morts compte tenu de leur intensité, auxquels il faut rajouter 3,5 fois plus de blessés. Des centaines de milliers de victimes, des dizaines de milliards de dommages, un bilan démesuré, en unités de mesure comparables avec la guerre en Ukraine, mais sur une surface 1,700 fois plus réduite.
Lire aussi : Gaza, le bilan difficile mais essentiel d’un carnage
Netanyahou a beau clamer que ses opérations sont ciblées, son « offensive » est en réalité un carnage, exactement comme les bombardements « stratégiques » de Poutine contre l’Ukraine qui frappent régulièrement les centre-villes et les zones d’habitations civiles.
Lorsque Carl Bildt, ancien premier ministre suédois et éminent diplomate, a comparé Benyamin Netanyahou à Vladimir Poutine, j’ai été choqué… mais, en y réfléchissant, je suis frappé par certains points de comparaison, à commencer par son total mépris du droit international et tout particulièrement du droit humanitaire international.
Sur Gaza, non seulement son armée la dévaste systématiquement, mais Netanyahou a organisé aussi une catastrophe humanitaire en bloquant physiquement l’accès de quasiment toute aide et bien sûr celui des journalistes pour ne pas contredire ses mensonges quotidiens.
Mensonges éhontés et répétés
Les six otages qui ont été retrouvés morts à Gaza le dernier week-end d’août auraient dû être libérés dans l’accord de cessez-le-feu que refuse Netanyahou depuis 9 mois maintenant. Face à l’indignation de sa propre société, Netanyahou s’est senti obligé de donner des explications.
Sa présentation de la situation a le mérite d’être claire : dans son esprit, Israël doit intégrer les territoires palestiniens (la Cisjordanie a disparu de la carte), il nie la co-existence avec la population palestinienne, exactement comme il le décrivait dans son livre Bibi, my story : la solution de Netanyahou pour les Israéliens, s’ils veulent vivre en paix, est de se débarrasser des Palestiniens.
Qu’importe le droit, qu’importe que ces territoires appartiennent aux Palestiniens, Netanyahou les fait siens en accélérant la colonisation de la Cisjordanie et en voulant installer l’armée israélienne dans Gaza, en occupant notamment la frontière avec l’Egypte, le fameux couloir de Philadelphie qui est un défi autant aux Palestiniens qu’à l’Egypte.

C’est le Hamas qui a déclenché cette guerre et désormais c’est Netanyahou qui l’entretient, contre l’avis même de son ministre de la défense, Yoav Gallant, qui a bien compris que les exigences du Premier ministre israélien n’avaient pas d’autres objectifs que d’empêcher la signature d’un accord de cessez-le-feu pour continuer cette guerre et sa « politique de libération » des territoires palestiniens.
Dans ce cadre, Netanyahou n’a aucun scrupule à expliquer à ses concitoyens – consternés de récupérer leurs otages dans des sacs mortuaires – qu’il doit aller plus loin dans sa guerre contre le Hamas pour « libérer aussi les otages », alors que la plupart sont déjà morts dans cette offensive qui est une impasse.
Non seulement une organisation terroriste comme le Hamas ne se détruit pas par une offensive seulement militaire, mais le déchaînement de dévastations que Netanyahou a déclenché crée une génération de Palestiniens qui n’aspirera qu’à la vengeance contre Israël, un futur d’attentats et de violences permanentes.
Le temps des sanctions
Au lieu de préparer une solution viable pour la région, au lieu de construire l’avenir d’Israël, Netanyahou va lui faire porter pendant des décennies un héritage sanglant. C’est dans ce contexte que la Grande-Bretagne vient de décider de suspendre une trentaine de licence d’exportation d’armes vers Israël (sur 350) dans le cadre de « sérieuses violations du droit humanitaire international ».

Ce n’est certes qu’une mesure symbolique contre la politique de Netanyahou – un millième des importations d’armes de l’Etat hébreu –, mais il s’agit bien d’une sanction contre ce carnage conduit depuis 11 mois sur la bande de Gaza, contre la colonisation illégale de la Cisjordanie et le sacrifice des otages israéliens au nom de la continuation d’une guerre qui permet d’abord à Netanyahou de se maintenir au pouvoir.
Et cette sanction ressemble à celles prises en grand nombre contre la Russie de Poutine pour des raisons similaires, de « sérieuses violations du droit humanitaire international ». En fait, Netanyahou se comporte sur ces points comme Poutine, mais Israël étant soutenu par le camp occidental, ce dernier serait incapable de s’opposer à une telle dérive du pouvoir ?
Lire aussi : « Quels liens entre la guerre russe en Ukraine depuis 2022 et la relance du conflit israélo-palestinien depuis le 7 octobre 2023 ? » dans Diploweb
Tout le monde a bien compris que seuls les Etats-Unis – qui fournissent 90% de l’armement utilisé par l’armée israélienne et surtout la garantie de sécurité dans la région sans laquelle Israël aurait disparu –, peuvent imposer de fait un changement de politique au pouvoir israélien quel qu’il soit. Mais en pleine campagne présidentielle, aucun candidat américain ne commettra l’erreur face à son adversaire de mettre en cause le pacte originel qui est pourtant devenu un piège pour les Etats-Unis.
En cela, l’initiative de la Grande-Bretagne est remarquable, elle éclaire l’absence de courage de l’Union européenne et de la plupart de ses membres de faire réellement pression pour cesser ce conflit qui nourrit le Hamas et un avenir de violence, quand il faudrait tout au contraire chercher une paix durable dans une région qui ne la connaît guère.
Quels autres pays oseront maintenant dire à Netanyahou que sa politique est infâme, tout comme celle de Poutine, et qu’elle mérite d’être sanctionnée par tous ceux qui pensent que la paix ne se construit pas dans une politique de violence et de brutalité ?
PS : L’actualité politique en France, avec la nomination tardive d’un Premier ministre inattendu nous ferait (presque) oublier que les conflits militaires qui nous concernent directement ne connaissent ni trêve, ni ralentissements. Nous verrons si Michel Barnier, en s’intéressant de près à l’Europe, se préoccupera de l’Ukraine ainsi que du carnage que commet actuellement Benyamin Netanyahou en Israël. Ou bien s’il laissera au président de la République la politique internationale de la France et le rôle qu’elle devrait jouer au sein de l’Union européenne.
En savoir plus sur Guillaume Ancel - Ne pas subir
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

wow!! 22Après avoir ravagé la bande de Gaza, Netanyahou est-il sur le point de déclencher une nouvelle guerre ?
J’aimeJ’aime
Merci
J’aimeAimé par 1 personne
Pourtant, un mandat d’arrêt a été délivré contre celui qui a juste délocalisé les enfants pour leur sécurité pendant que l’autre avance le nez en l’air et les cheveux au vent, salissant l’image des juifs en y adossant la raison de ses massacres.
On ne peut pas comparer Israël qui bombarde les hôpitaux, lieux de prière et tue impunément les journalistes et autres humanitaires à la Russie qui cible les objectifs militaires, bien qu’il ne manque pas de dommages collatéraux.
Par contre, avec les bombardements des objectifs purement civils de l’Ukraine en Russie, Israel ressemble clairement à l’Ukraine qui, dépité par une opération russe sur son territoire et incapable de rivaliser avec l’armée qui l’attaque, surréagit en s’en prenant directement aux civils. C’est le cas pour Israël qui, prétextant une incapacité à mettre la main sur le Hamas qu’il contrôle pourtant, s’en prend littéralement à tout ce qui bouge sur la bande de Gaza.
N’osons pas oublier qu’il y a d’un coté la Russie qui demande à son voisin de FRÈRES l’Ukraine de ne pas abriter organisation connu de tous lui être hostile qu’est l’OTAN, donc ne fait que lui imposer un rappel à l’ardre comme un bon frère. Et de l’autre côté Israël qui tue impunément ceux qu’il considère comme des imposteurs depuis des décennies, détruisant tout sur son passage dans un génocide qui n’est plus à démontrer, avec le soutien de l’OTAN et des capitales européennes.
Sachons bien que les vrais juifs qui vivent très heureux à travers le monde, ne soutiendrons jamais que soit fait aux autres ce qui a failli les faire disparaître. Netanyahou est un imposteur.
Je termine en rappelant à ceux qui font du deux poids deux mesures ou qui compare deux situations complètement différentes pour justifier la moins légitime, que depuis que le monde est monde, et ceci dans toutes les classes sociales, ceux qui utilisent le mensonge pour anéantir les autres finissent par perdre leurs descendants. à ceux là je dis : « Vivez donc pour vous et votre postérité ».
J’aimeJ’aime
Votre tissu de contre-vérités ne m’a guère impressionné.
Dût votre commentaire mal orthographié faire recette parmi les collaborationnistes russophiles, ce post qui a suscité votre réaction, néanmoins très intéressant et documenté, qui mélange les problématiques relatives d’une part à la situation en Palestine et d’autre part à ce qui se passe aux portes de notre Europe Occidentale, me paraît non seulement spécieux, mais totalement inapproprié, du fait de cette comparaison, laquelle, de mon point de vue, n’a pas lieu d’être, sinon en terme de comptage de morts, de destructions, massacres et autres exactions.
Compter les morts ne me paraît pas suffire à condamner un camp ou l’autre. Fallait-il s’apitoyer sur les femmes, enfants et personnes âgées qui furent victimes des tapis de bombes, parfois au phosphore, qui terrassèrent l’Allemagne nazie et le Japon impérialiste en 1945 ? Qui s’en soucia à l’époque, alors qu’il était urgent d’en finir avec ces turbulents ennemis de nos démocraties ?
La Russie ne cible pas seulement les objectifs militaires, et si vous vous plaisez à le croire, c’est l’indice que vous vivez dans une bulle de savon.
Par ailleurs, bien qu’étant « raccord » sur le fait que les juifs de la diaspora ne soutiennent pas le carnage que Netanyahou inflige au peuple de Gaza, il reste que celui-ci est devenu, bon gré mal gré, complice des islamistes du Hamas. Aussi, reste-t-il à ce peuple de s’en désolidariser et de le clamer haut et fort, ce qui à ce jour n’est jamais advenu.
Quant à votre conclusion qui invoque la permanence d’un monde qui depuis reste le monde, je vous cite, « depuis que le monde est monde », elle m’indique que dans le fond, vous semblez confiné dans votre indignation, ce que je peux parfaitement comprendre, à ceci près que cela indique aussi qu’il est nécessaire que vous approfondissiez votre réflexion à l’endroit de ce « monde » dont vous invoquez une permanence indéfinie, et qui manifestement, vous abandonne dans une catastrophe intellectuelle, et probablement aussi affective.
Vous concluez par : « Vivez donc pour vous et votre postérité. » Vous pouvez développer ?
J’aimeJ’aime
Sanctionner Netanyahou et Poutine ?
Ce ne sont pas les dirigeants qui subissent les sanctions mais leurs peuples. Eux sont bien protégés, ne manquent de rien et mangent à leur faim.
Pour Israël, le 1er ministre a décidé de supprimer tous les Gazaouis de tous âges capables de prendre les armes contre leur voisin.
Cette guerre est sans fin et sans solution tout comme en Ukraine.
S Cazeneuve
J’aimeAimé par 1 personne
Ne pas exclure que des décideurs aient certaines « solutions » en tête. Depuis la déportation stalinienne des Tatars de Crimée, qui se soucie de leur avenir sur ce territoire. Idem désormais pour les Arméniens du plateau anatolien après 1915, et désormais sur le territoire du Haut-Karabagh.
Qui même connaît l’existence des Dzongars après leur génocide, cf. https://fr.m.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9nocide_des_Dzoungars
Fabrice
J’aimeJ’aime
Bonjour M. Ancel!
Merci pour vos analyses franches et pédagogues, ainsi que les réponses apportées par vos lecteurs qui, je trouve, complètent parfaitement votre travail.
Je viens de voir les images des cratères formés sur la plage à Khan Younès où ont été tuées des dizaines de familles gazaouies. Des tentes et des corps encore introuvables. Je n’ai jamais vu autant de violence et d’inhumanité.
J’ai l’impression que c’est la gradation dans l’horreur.
Que faire quand on est une simple civile qui voit sur écran tout un peuple se faire exterminer?
J’aimeJ’aime
On peut déjà ne pas se taire, surtout quand ce cratère indique qu’il s’agit une fois encore d’une frappe non ciblée…
J’aimeAimé par 1 personne
Merci infiniment pour votre réponse.
Continuons donc de dénoncer cette barbarie dans nos réseaux et sur les diverses ( et modestes) plateformes dont nous disposons.
J’aimeJ’aime
Guillaume Ancel m’a invité à publié le message que je lui avais adressé et qu’il a trouvé « extrêmement intéressant », donc :
Cher Monsieur, j’apprécie beaucoup les ouvertures que vous apportez à la réflexion. Je me permets d’évoquer un ouvrage récent que j’ai écrit : La Malédiction de la violence, La démocratie en danger, Vérone 2024. Votre question sur la proximité structurelle entre Poutine et Netanyahou est extrêmement importante. Eux, et d’autres, en deçà des apparences, fonctionnent sur une même trame logique, trop rarement évoquée, paranoïaque. Il faut oser utiliser ce concept qui n’appartient pas à la psychiatrie. Le fait est plus répandu qu’on ne l’imagine, et grave, Chine, Iran, Venezuela, Inde, Turquie, Nicaragua, Égypte… D’autant que des millions d’humains assurent la pérennité de ces systèmes plus ou moins autocratiques, dangereux. J’en dû, aux termes d’une démonstration logique, et très étonnamment, en conclure qu’il existe, globalement, chez l’humain une commune composante paranoïaque, activée ou non, mais surtout activable. Ce qui permet de rendre intelligibles les brusques basculements de populations vers des massacres de masse, ou la montée rapide de l’extrême-droite. Je ne me suis pas tant appuyé sur des données de la psychanalyse que sur une approche anthropologique. Si bien que j’ai repris ces questions à partir de nos potentialités constitutives et du fonctionnement de nos systèmes fondateurs. Si la démocratie signifie « Ne pas subir » et que l’on observe ce qu’il se passe au Moyen-Orient, on peut se demander si l’État israélien est encore une démocratie pérenne reposant sur le respect de la citoyenneté adossée à la Déclaration universelle des droits des humains ? D’où l’importance, négligée, de reprendre ces questions à partir des fondements des régimes de gouvernance, derrière le décor. Parce que cela n’a pas la même portée de dire qu’un système est autocratique que de signifier qu’il repose sur une logique paranoïaque (concept à : dépsychiatriser), toujours totalitaire. La logique paranoïaque implique toute une série de conséquences liées entre elles, prévisibles : conviction absolue et mégalomaniaque de détenir La-vérité sur toutes les choses du monde : d’où le recours systématique au rapport de force en guise de négociations, concentration des pouvoirs, persécution des opposants définis comme « ennemis », certitude d’être des victimes de ces « ennemis », pas d’autres lois que la sienne, négation des droits humains, la vengeance comme justice, constance éliminationniste : de la censure à l’exclusion, jusqu’à l’extermination… Corruption… À des degrés différents de prévalence, ces éléments appartiennent à tous les régimes autocratiques ou à tendance totalitaire. En définitive, comment faire vraiment entrer les trente articles de la Déclaration universelle des droits humains dans nos fonctionnements individuels et collectifs ? Vous y contribuez.
J’ai été psychanalyste, membre praticien de l’Association Lacanienne Internationale que j’ai fini par quitter à cause de sa fermeture dogmatique. Je fais partie de l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre. Merci pour votre attention et vos écrits. Bien cordialement. JP Bénard
J’aimeAimé par 2 personnes
Absolument génial ! Merci beaucoup ! Comment les soigner ?
J’aimeAimé par 1 personne
Israel est-il une démocratie? Répondre à cette question c’est répondre à cette autre: un état d’apartheid peut-il être une démocratie?
Israel est aujourd’hui (et depuis des années déja) un état unique « de la rivière à la mer ». Dans cet espace géographique on compte environ 7500000 juifs, 7200000 arabes et 560000 autres. Sur les 7500000 juifs, environ 6700000 vivent en Israel « frontières pré 1967 », 700 à 800000 vivent en Cisjordanie (en incluant Jérusalem Est) soit 10% de la population Juive. Sur les 7200000 arabes, 2100000 vivent en Israel « pré 1967 », autant (sur)vivent à Gaza, le reste environ 3000000 vivent en Cisjordanie occupée (et colonisée).
En Israel il existe les 2 notions – différentes – de citoyenneté et nationalité. A ma connaissance c’est le seul état qui établit ce genre de distinction. Le statut juridique et le système de lois sont les mêmes pour tous les Juifs, qu’ils soient résident en Israel « pré 1967 » ou colons en Cisjordanie: citoyenneté israélienne, nationalité juive.
Le statut juridique des « arabes de l’intérieur » (càd les Palestiniens qui résident en Israel « pré 1967 ») est: citoyenneté israélienne, nationalité arabe (qu’il faut lire musulmane, la notion de nationalité étant religieuse en Israel).
Le statut juridique des Palestiniens de Cisjordanie est: citoyenneté/nationalité néant. Les lois qui s’appliquent sont celles de l’administration militaire d’occupation. Le statut de Gaza est particulier. Israel prétend que le territoire est indépendant depuis que Ariel Sharon a fait évacuer les 8000 colons de Gaza. Mais Gaza ne possède aucun des attributs d’un état indépendant. Israel garde (essaye de garder) le contrôle des frontières terrestres, maritimes et aériennes. Gaza peut être qualifié de prison autogérée par les prisonniers, Israel gardant toutes les clés en main. De ce fait Gaza garde le statut de territoire occupé.
Les « arabes de l’intérieur » sont soumis aux mêmes lois que les juifs: entre autres droit de vote, et loi sur l’état nation du peuple juif de 2018. Sur ces 2 points je ferai remarquer:
1- que le droit de vote en soi ne constitue pas une condition suffisante de démocratie. Les Russes ont le droit de vote, les Iraniens aussi. Tout le monde conviendra avec moi que ni la Fédération de Russie ni la République Islamique d’Iran ne constituent des modèles de régime démocratiques. Ce qui compte c’est ce que le régime fait des votes. En Israel le vote Arabe n’a jamais eu d’effet réel sur la vie politique. Aucun gouvernement n’a été constitué sur la base d’une coalition incluant les partis politiques arabes. Sauf erreur de ma part, le plus haut poste gouvernemental occupé par un Arabe a été celui d’un secrétaire sous la primature de Ehud Olmert. On peut aussi rappeler que la population Arabe de l’intérieur a été soumise à la loi martiale jusqu’en 1966, et qu’elle est depuis considérée comme une ennemie de l’intérieur par la droite israélienne (et probablement une forte proportion de la population juive depuis le 7 Octobre)
2- la loi sur l’état nation du peuple juif de 2018 (votée par 62 députés sur 120) introduit une distinction fondamentale entre juif et non-juif, en restreignant le droit à l’auto-détermination aux seuls juifs. Là il faut bien comprendre que en accord avec la vision sioniste « peuple juif » = les juifs du monde entier, pas seulement les juifs israéliens. Le vote de cette loi avait d’ailleurs provoqué de fortes réactions des membres de la « nationalité » Druze qui est elle intégrée jusqu’au plus haut niveau de l’état d’Israel.
Le critère principal qui permet de qualifier un état comme étant d’apartheid est: l’existence dans une même zone géographique controlée par cet état de 2 systèmes juridiques qui s’appliquent pour l’un à une partie de la population (ici les juifs), et pour l’autre au reste de la population (arabe). Ce critère est satisfait à la virgule près pour la Cisjordanie, idem pour Gaza. La caractérisation du statut de a population arabe de l’intérieur est – à mon avis – dans une zone grise entre discrimination sociale et politique et apartheid pur et dur.
Ma conclusion après ce long argumentaire c’est que l’état juif unique de la rivière à la mer est un état d’apartheid et qu’il ne peut donc pas être qualifié de démocratie. En fait c’est le seul état d’apartheid au monde aujourd’hui.
J’aimeAimé par 1 personne
C’est une bonne analyse (à quelques détails près) qui complète bien celle de GA et que j’expliquerais effectivement par les régimes d’acquisition de citoyenneté ou de nationalité des différents pays même démocratiques et que devrait nous éviter le droit strict du sol (remis en cause pour Mayotte, voire en Guyane, où l’on bricole par défaut d’autorité ou par trop grande perméabilité géographique).
Dès l’instant où le droit du sang, de l’ethnie ou de la religion s’ancre dans la sphère politique, avec des communautés distinctes et regroupées par affinité ou intérêt sur le principe pourtant fondamental de liberté, le pire est à craindre car c’est bien sûr d’abord l’égalité qui est remise en cause et que dire de la fraternité, voire de la laïcité ?
La liberté peut être invoquée pour refuser toute fraternité (qu’il vaudrait mieux d’ailleurs limiter à la solidarité) et elle est invoquée chaque fois que la laïcité est mise en cause avec des signes ou vêtements ethnoreligieux déclinés par âge, lieu ou circonstances. De même l’éducation nationale (qui se disqualifie ou ne mérite plus le singulier dès qu’elle est confessionnelle ou privée) ferait mieux de s’en tenir au qualificatif de publique puisque s’il y a un peuple français, il se décline en tant de nuances ethnoreligieuses ou même sociologiques.
Sans remettre en cause votre raisonnement, il y a de nombreux pays où des populations n’ont pas les mêmes droits de facto ou de jure comme les prétendues démocraties russe (et ses républiques caucasiennes ou orientales), chinoise (avec en particulier le peuple ouïghour), indienne (selon votre caste ou religion), voire arabo-musulmans entre chiites ou sunnites, druzes ou chrétiens…etc .
Même l’Allemagne avec la déclaration fiscale de sa religion et surtout son droit du sang n’écarte pas les extrémismes politiques comme on le constate actuellement mais peut-être du fait et des origines de sa grande immigration récente. Après que dire des régimes pourtant bienveillants comme en Suisse où l’invocation de Dieu en préambule de Constitution ne peut laisser indifférent, sans évoquer les États-Unis et la Bible ?
Bref votre conclusion est trop définitive pour être exacte et le droit strict du sol avec probablement la suppression à la majorité de la double nationalité (qui introduit la notion d’un patriotisme ambigu et donc suspect) me parait seul à même de clarifier la situation et d’éviter un des apartheid, y compris ici, même si des relents de racisme ou de xénophobie s’élèvent actuellement pour le remettre en question.
J’aimeAimé par 1 personne
Ma conclusion est en deux temps:
1- Israel (le Grand, de la rivière à la mer) est un état d’apartheid,
2- et donc on ne peut pas qualifier Israel de démocratie.
C’est quoi qui est « trop définitif pour être exact »? Le 1, le 2, le 1 et 2?
Je ne suis pas sur de bien comprendre ce que vous voulez exprimer dans votre contribution. Qu’il existe partout dans le monde des systèmes qui sont inégalitaires? Que l’apartheid serait un système inégalitaire parmi d’autres?
Je ne connais que des systèmes inégalitaires dans le monde. Peut-on pour autant en conclure qu’il n’y a pas de différence qualitative entre – par exemple – les inégalités dues à la place de chacun dans l’économie. Votre statut va de pauvre à riche selon vos revenus, mais cette inégalité ne réduit pas vos droits constitutionnels, légaux, etc… En revanche elle joue sur votre capacité à influer plus ou moins sur l’état de la société. Aux USA les campagne sont financées par les dons, et les gros donateurs ont à priori une grande influence sur le discours de leur candidat. Dans un système d’apartheid vos droits constitutionnels/légaux sont définis par le groupe dans lequel vous vous retrouvez malgré vous, sur la base de critères raciaux (Afrique du Sud, noir/blanc), ou ethnico-religieux (Grand Israel, juif/arabe), ou de genre (l’Afghanistan des Talibans, homme/femme). Je crois que la différence entre nos systèmes inégalitaires (en France, en Allemagne, aux USA, etc…) et les exemples d’apartheid que j’ai cité n’est pas que quantitative, mais fondamentale, qualitative.
Je suis moi aussi partisan du droit du sol, mais je n’ai pas de problème avec la double nationalité. Certes, un bi-national peut être un jour placé devant un dilemme de double loyautés contradictoires. Mais de telles circonstances sont rares, et elles ne sont pas nécessairement liées à la double-nationalité. Par exemple, les mono-nationaux Français ont eu à choisir entre la loyauté vis à vis de l’état Français représenté par Pétain, ou la France de la résistance derrière De Gaulle.
Quand au choix fiscaux de l’Allemagne en matière de religion, je n’y vois aucune inégalité. L’Allemagne est un état laïc, pas de religion d’état, pas différences de droits liés à la religion. Mais c’est une laïcité différente de la notre en France. Notre état s’est séparé des églises (loi 1905), celles-ci s’auto-financent sans participation de l’état. L’Allemagne a choisi de faire financer les institutions religieuses par des prélèvements fiscaux volontaires. Si vous déclarez une religion, alors l’état vous prélève un impôt spécifique. Sinon pas d’impôt spécifique. En France les écoles privées peuvent souscrire un contrat d’association qui conduit à ce que le salaire des enseignants soient pris en charge par l’état, en contrepartie ces écoles doivent inclure les programmes définis par l’Education Nationale dans leur propre cursus.
J’aimeJ’aime
Je contestais surtout votre dernière phrase de conclusion : « En fait c’est le seul état d’apartheid au monde aujourd’hui » car je crois qu’il y a encore de nombreux pays où la ségrégation dépend de critères ethniques, voire religieux et pas seulement politiques (voir en particulier la Chine avec tibétains ou ouïghours ou la Birmanie envers les rohingyas).
Concernant la binationalité, je considère qu’elle est un facteur de division qui peut paraître anecdotique quand elle se manifeste dans une enceinte sportive mais plus prégnante dans certains commerces où l’on rencontre des enseignes, des affiches et parfois beaucoup de produits libellés seulement en arabe, turc ou en diverses langues extrême-orientales (avec des exemples peu médiatisés de racismes inter-asiatiques). Les exemples arméniens, hébreux ou russes se font plus rares mais ont existé. A cet égard, votre exemple de loyauté envers le régime de l’état français ne m’apparaissait que politique, sauf bien sûr si l’on occultait la ségrégation des juifs (d’abord étrangers puis nationaux).
Pour conclure sur l’éducation nationale, alors qu’on peut déjà enseigner soi-même à ses enfants (avec les omissions ou compléments qu’on peut imaginer), il y a assez d’écoles privées sans contrat d’association et, comme en témoignent de nombreux exemples de retraits d’agrément, il y a de nombreux écarts entre la théorie et la réalité.
J’aimeJ’aime
Bonjour,
Encore une fois, merci beaucoup, Monsieur Ancel, d’exposer, comme peu de gens le font, une analyse claire et réaliste de la situation.
Une expression employée en politique ici, au Canada, s’applique très bien : Netanyahou, tout comme Poutine, « vit sur du temps emprunté ». Le problème demeure quand même que, pour le moment, malheureusement, tous les deux sont dommageables pour leur pays respectif et pour le monde entier.
Il est désolant de constater qu’ils jouissent d’une impunité totale, en particulier l’Israélien. Il reste qu’ils profitent tous deux d’un manque de volonté et de vision, ce qui, il faut encore une fois le répéter, rappelle Munich 1938.
Le monde a payé pour les erreurs de ses dirigeants il y a 85 ans et dans les années qui ont suivi. Pourtant, on n’apprend pas de l’histoire; on n’en tire pas de leçons.
« Vaut mieux prévenir que guérir », dit l’adage. Décidément, nos décideurs ne l’ont pas compris. Ce sont des gens sans courage, des « pas de colonne », comme on le dit aussi ici.
Le droit international, qui avait évolué dans la bonne direction après 1945, et ce, pendant des dizaines d’années, est maintenant, il faut le constater, en régression, perdant de plus en plus de force et de légitimité.
Je ne peux pas, même si je le voudrais, être du côté des optimistes.
Des peuples souffrent, et personne ne prend les moyens nécessaires pour que ça cesse. Et nous n’avons pas parlé des autres conflits (Soudan, Yémen, Libye, etc.), des affamés d’Afrique, des victimes des changements climatiques, et j’en passe.
Ne nous méprenons pas… Contrairement à ce que d’aucuns peuvent prétendre faussement, ce n’est pas une question de capacité, mais de volonté.
Le monde est malade, et les personnes qui pourraient le guérir s’en foutent éperdument!
J’aimeAimé par 2 personnes
Bonsoir Guillaume, je suis toujours d’accord avec tes opinions. J’ai eu la chance d’aller deux fois en Israël : une fois avec un prêtre et cela s’était très bien passé. Une autre fois avec une Israélienne. Elle nous a dit par exemple, Pâques pour nous c’est un repas familial et pour vous une Crucifixion. Ah bon ! Je ne suis pas du tout antisémite, mais très antiisraelienne . Il est vrai aussi que nous avons hébergé un Palestinien et qu’il nous a ouvert les yeux il y a environ 40 ans. Il habite la France maintenant. Je t’embrasse. Annie
J’aimeJ’aime
Depuis que Netanyahu est arrivé sur le devant de la scène politique israélienne, j’ai eu le sentiment d’un désastre. Au fil des années cela s’est confirmé.
La question posée ne me choque donc pas. Ce qui me choque c’est que les Israéliens, malgré l’histoire douloureuse du peuple juif, lui ont toujours fait confiance jusqu’à l’année dernière. Il a encore aujourd’hui de solides soutiens.
Comment peut-on parler de démocratie quand elle est réservée de fait à une fraction des Israéliens, ceux qui ne sont pas des arabes d’Israël, et qui seuls ont véritablement des pouvoirs ? De plus c’est un apartheid contre les Palestiniens. Enfin le fait qu’il n’y a pas de citoyenneté israélienne empêche Israël d’être une véritable démocratie.
C’est un étrange État de droit divin, car on est Juif par des considérations ethniques plus que par la confession de sa foi. C’est un peuple qui se justifie par son passé ancestral fondé sur la Bible et sa culture et l’émotion incontestable provoquée par la Shoah. mais ce peuple est actuellement autant à la dérive que les autres peuples, et même source de dérives à travers le conflit du moyen orient.
A vrai dire ce n’est pas tant de sa faute que des conditions dans lesquelles la reconnaissance de l’état d’Israël fut faite en 1948, en procédant en quelque sorte à la décolonisation de la Palestine pour les seuls juifs, et en maintenant les Palestiniens de fait en situation de colonisation. Le Conseil de sécurité a gravement failli en ce sens, c’est à dire : les USA, l’URSS, la France et le Royaume Uni, des pays qui à l’époque était encore très imprégnés de racisme colonial et de suprémacisme blanc.
J’aimeAimé par 1 personne
Votre texte est d’une grande lucidité, il décrit la situation avec une clarté et une profondeur saisissantes. Bravo
J’aimeAimé par 1 personne
merci pour vos analyses si sincères vis-à-vis de tous les camps. Difficile d’espérer la paix quand tant d’armes sont depuis si longtemps en circulation.
J’aimeAimé par 1 personne
vous osez ecrire ce que nous sommes nombreux a penser. Sans arriere pensee politique et sans la moindre posture antisemite. Ce barbare n’est qu’un criminel et ne represente absolument pas le peuple juif. Je reve de le voir traine devant la CPI.
J’aimeAimé par 1 personne
Bonjour, Je valide à 100%. Enfin un avis courageux. Merci, ça donne un peu d’espoir. Viviane
J’aimeAimé par 1 personne
Excellente synthèse, comme d’habitude. Oui, il nous faudrait imiter le gouvernement de Keir Starmer.
J’aimeAimé par 1 personne