Dictionnaire amoureux des mensonges et omissions d’Hubert Védrine sur le soutien de l’Elysée aux génocidaires rwandais

Hubert Védrine est un des derniers responsables politiques français qui a un lien direct avec l’affaire du soutien apporté aux génocidaires rwandais. Depuis que l’Elysée a piloté cet épisode dramatique, son ancien secrétaire général ne perd jamais une occasion de propager une réalité alternative sur le sujet, au point qu’il aurait mérité de conseiller Donald Trump en personne.
D’autres ont fait le choix de la discrétion sur cette affaire, mais Hubert Védrine a préféré continuer à prendre les Français pour des idiots, convaincu de son impunité et fort de son mépris pour la vérité.

Aussi quelques articles semblent utiles pour rappeler ses pires mensonges et omissions sur la question rwandaise, en complément de son dictionnaire amoureux de la géopolitique qui lui vaut de faire de nombreux plateaux média tout en exigeant de ne pas aborder cette question.
La liste est bien incomplète, j’en conviens, mais il aurait fallu plusieurs tomes pour les recenser tous…

Accords de paix d’Arusha, présentés par Hubert Védrine comme l’objectif de la politique poursuivie par l’Elysée, mais dont un conseiller du président Mitterrand disait pourtant « Arusha, c’est Munich ». Aucun diplomate de premier rang n’accompagnait ces discussions, l’Elysée était plus qu’ambigu au sujet de ces accords surtout quand il apparut que le président Habyarimana s’était résigné à les appliquer et à partager le pouvoir avec son opposant Paul Kagamé. Bien pire, le processus d’Arusha exigeait la suspension des approvisionnements en matériel de guerre sur le terrain. Or, la France a continué à fournir entraînement, armes et munitions à l’armée rwandaise, elle persévérait à appuyer les plus extrémistes. Était-ce pour attiser le feu ?

Arrogance, « L’arrogance de l’engagement néocolonial du président Mitterrand au Rwanda s’est exprimée par la promotion des intérêts géopolitiques de l’Etat français en se moquant des conséquences que cela pouvait avoir pour les Tutsis du #Rwanda ». Rapport Muse, avril 2021.

Attentat, qui détruisit l’avion du président Habyarimana alors que celui-ci venait de signer les conditions d’application des accords de paix d’Arusha, au retour de Dar-es Salam. Son avion a été abattu par des missiles portables SAM-16 tirés depuis le camp de Kanombe occupé par des unités d’élite de l’armée gouvernementale rwandaise. Alors qu’une expertise judiciaire française a clairement établi ces faits, Hubert Védrine continue d’insinuer que « les Tutsi » auraient commis cet attentat pour déclencher le génocide contre leur groupe. C’est aussi ce que disaient les négationnistes de la Shoah en affirmant que « les Juifs » étaient à l’origine des premières vagues de terreur du nazisme.

Désastre, le rôle de la France au Rwanda est un « désastre français » d’après le rapport Duclert qui conclut par « la responsabilité accablante de l’Elysée ». Mais son ancien secrétaire général, Hubert Védrine, ne se sent pas concerné. Dans son esprit, il est au-dessus de toute critique et plus encore de la moindre remise en cause.

Détails, alors que j’interrogeai Hubert Védrine sur la livraison d’armes aux génocidaires à laquelle j’avais personnellement assisté pendant l’opération Turquoise en juillet 1994, il m’a répondu qu’il « n’était pas au courant des détails ». Détails d’un génocide, qui ne devait pas avoir trop d’importance à ses yeux. Détails de livraisons d’armes pendant une opération « humanitaire » qui violaient aussi l’embargo international de l’ONU. Je ne sais toujours pas si l’expression « détails » était réellement inconsciente…

Double génocide, théorie complotiste méthodiquement propagée par Hubert Védrine sur une idée originale du président Mitterrand. Il s’agit en effet contrebalancer le génocide contre les Tutsi par un autre génocide, qui aurait l’avantage de transformer les bourreaux en victimes, de confronter « des salauds à d’autres salauds ». L’enquête de Patrick de Saint-Exupéry, relatée dans La Traversée, montre que cette théorie a été inventée de toute pièce et que ce « double génocide » n’a jamais existé que dans l’esprit des négationnistes qui se révèlent souvent d’incroyables conspirationnistes…

Ethnie, les Tutsi, – comme les Hutu –, ne constituent pas une ethnie mais un groupe social. La vision ethniciste d’Hubert Védrine, appelant à la constitution d’un « Hutuland » en contrepartie du « Tutsiland » que serait devenu dans son esprit le Rwanda, est une belle illustration de sa vision toute particulière de la ségrégation, alors qu’il s’agit d’un même peuple. Il est vrai qu’Hubert Védrine confond encore les Tutsi avec les « ennemis » de sa France.

Excuses, inutiles, inappropriées, insupportables, des excuses pourraient en effet laisser penser que la géopolitique d’Hubert Védrine est faillible, et qu’il aurait menti pendant 30 ans aux Français sur la réalité de l’engagement de l’Elysée au Rwanda.
« le rapport [Duclert] nous dit qu’il n’y a pas de complicité de génocide, il faut s’excuser sur quoi ? Le rapport nous dit que Turquoise n’est pas critiquable, faut s’excuser sur quoi ? Et toute la politique française… Excuses de quoi, je ne comprends pas ? » [Hubert Védrine, De quoi devrions-nous nous excuser ?, TV5 Monde le 29 mars 2021]

Humanitaire, c’est ainsi qu’Hubert Védrine présente l’intervention de la France et en particulier l’opération Turquoise de juillet à août 1994, dont les archives sont pourtant classifiées. Normal, puisque cette opération était aussi destinée à remettre au pouvoir le gouvernement génocidaire, puis à les protéger dans leur déroute, avant de faciliter leur réinstallation et leur réarmement dans des camps de « réfugiés » au Congo. C’est une conception toute personnelle de l’humanitaire, que même Bernard Kouchner n’a pas réussi à faire évoluer…

Indignation, Hubert Védrine s’indigne volontiers, mais rarement pour les bonnes raisons. Il est effaré que des comptes puissent lui être demandés sur l’affaire du soutien apporté aux génocidaires rwandais. Il est stupéfait qu’on puisse imaginer qu’il se soit trompé et n’hésite pas à vanter que « la France » a pris les bonnes décisions au Rwanda. Mais il n’est pas la France, il n’est pas au-dessus des lois, et encore moins au-dessus des soupçons d’avoir menti et trompé les Français qui, eux, sont la France. Ce serait plutôt à ceux-ci de s’indigner.

Information, Hubert Védrine est souvent mal informé, même s’il prétend volontiers le contraire. Il ne savait pas qu’un génocide était en préparation depuis plusieurs années dans ce pays que l’Elysée soutenait sans limites. Il ne savait pas que le « Gouvernement intérimaire rwandais », constitué dans les locaux de l’ambassade de France après l’attentat contre le président Habyarimana, était l’organisateur du génocide. Il ne connaissait pas leur effrayante responsabilité lorsqu’il leur a permis de s’enfuir au Zaïre en juillet 1994 et de continuer à nuire. Pourtant il existe un service de renseignement plutôt sérieux, appelé DGSE, qui n’a cessé de décrire cette situation avec clairvoyance et exactitude, tout comme les envoyés de la France sur place qui réclamaient de neutraliser ces génocidaires.

Livraison d’armes, elles ont continué pendant le génocide, tandis qu’elles ne pouvaient être autorisées que par l’Elysée. Elles ont même perduré ensuite, pour permettre à « ses alliés », – les génocidaires –, de continuer leur « résistance ». Hubert Védrine explique dans une audition au Parlement que ces armes livrées par la France n’avaient pas de rapport avec le génocide. Il invente ainsi une notion nouvelle d’armes fournies à des génocidaires mais heureusement utilisées à d’autres fins… Peut-être même pensait-il à des fins humanitaires ?

Missiles, ces fameuses armes, des SAM16 qui ont abattu l’avion du président Habyarimana le 6 avril 1994. Hubert Védrine affirme qu’ils venaient d’Ouganda, conformément aux « preuves » fournies par un des organisateurs du génocide, le colonel Bagosora. Cela pour démontrer à tout prix l’implication des soldats de Paul Kagamé que ce pays soutenait à l’époque, et alimenter sa thèse de l’attentat organisé par les futures victimes du génocide. Il s’avère que les « preuves », dignes des Irlandais de Vincennes, sont des photos de missiles qui n’avaient pas encore tirés… Ces troublantes photos ont été diffusées par la direction du renseignement militaire français, qui n’agit jamais sans ordres.

Organisateurs du génocide, Hubert Védrine « ne sait toujours pas qui ils étaient », bien qu’ils furent jugés au Tribunal pénal international. Il est vrai qu’il a facilité leur fuite quand l’ambassadeur et les militaires français ont demandé de les arrêter, alors qu’ils étaient « réfugiés » dans la « zone humanitaire sûre » établie par l’opération Turquoise. Grâce à l’intervention de l’Elysée, les organisateurs du génocide ont pu s’enfuir au Zaïre devenu Congo et continuer leur résistance. Ils ont même pu emmener la radio des Mille collines, indispensable pour propager leur haine. Certains d’entre eux ont pu se réfugier en France, comme la femme du président Habyarimana, qui a pourtant joué un rôle clé dans la longue préparation du génocide.

Préparation du génocide, elle a duré au moins quatre ans, elle s’est révélée d’une grande sophistication et son financier présumé est seulement en cours de procès après s’être réfugié en France pendant des années (il a été arrêté en région parisienne en 2019). Le général Varret avait rapporté à l’Elysée que notre soutien au gouvernement rwandais nous impliquait dans un projet de massacres de grande ampleur, mais ce dernier a été immédiatement remercié, « il n’avait pas compris la politique de l’Elysée ».

Rôle de l’Elysée, central dans toute cette affaire du Rwanda, surtout en 1994 du fait d’un gouvernement de cohabitation dirigé par Monsieur Balladur qui était loin de partager ce besoin irrépressible d’intervenir au Rwanda. Les motivations réelles de l’Elysée n’ont pas été totalement analysées par le rapport Duclert, même si cette responsabilité est qualifiée « d’accablante » : Jean-Christophe Mitterrand en fût-il un inspirateur, ou était-ce seulement la volonté de faire perdurer une politique post-coloniale totalement déplacée ? La défense de la Grande France ou d’intérêts financiers qui ne devaient pas être partagés ? Nul ne le sait complètement, sauf Monsieur Védrine…

ZHS, comme « zone humanitaire sûre », créée au cours de l’opération Turquoise. Dans le cadre d’une stratégie géniale, la ZHS permit concrètement de protéger les génocidaires en déroute. Bien à l’abri de l’armée française, alors qu’ils allaient être balayés par l’armée du FPR, ces génocidaires purent organiser l’exode dément de la population après avoir massacré près d’un million de Rwandais parce qu’ils étaient Tutsi. Au vu de ses « effets », la ZHS mériterait plutôt l’appellation de « ZPG », zone de protection des génocidaires.

8 commentaires sur “Dictionnaire amoureux des mensonges et omissions d’Hubert Védrine sur le soutien de l’Elysée aux génocidaires rwandais

  1. Bravo Mr ANCEL pour votre courage,car vous êtes un personnage dangereux pour certains,et pour votre obstination à répéter votre message,depuis des années,pour faire jaillir la vérité.Merci à la librairie l’esperluete,à Chartres de m’avoir conseillé,un jour, votre vent glacial sur Sarajevo.
    La France est admirée dans le monde entier ,mais le serait encore plus en faisant le ménage avec son passé.

    Aimé par 1 personne

  2. Il en faudrait tellement plus, des Guillaume Ancel, pour que la vérité ne soit pas « récupérée » et tordue par des gens qui font du révisionnisme leur religion. Des guillaume Ancel droit dans leurs bottes, qui ne transigent jamais avec la vérité et l’honneur. Qui ne confondent pas servir son pays et mentir à tout prix pour en cacher les dérives. Quel est le pays qui n’a pas sa face sombre ? Aucun. Alors il suffirait juste que ceux qui se sont trompés reconnaissent leurs dérives car les victimes ont besoin de cette reconnaissance pour se reconstruire. Mais cela demande une dignité dont sont dépourvus les Hubert Védrine et autres amis de génocidaires. Encore merci, Guillaume, et chapeau bas pour votre courage et votre humanité.

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  3. Bonjour, je m’interresse tout particulièrement au génocide des tutsis au Rwanda.
    Cependant, dans une interview France Culture (Épisode 3 : Bosnie, Rwanda : les polémiques françaises)*, Hubert Vedrine affirme que la France n’a pas soutenue le génocide expliquant que la France, consciente des risques de massacres, a fait pression sur le système hutu pour imposer les accords d’Arusha.

    *source: https://www.franceculture.fr/emissions/a-voix-nue/hubert-vedrine-la-passion-de-la-diplomatie-35-bosnie-rwanda-les-polemiques-francaises

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    1. C’est à cause d’interview mensongère comme celle que vous citez que j’ai publié ces petits rappels. Sur Arusha en particulier vous noterez que Hubert Védrine affirme une politique qui n’était pas celle conduite en réalité par l’Elysée, comme d’ailleurs pour la plupart des sujets traités. Mais le pire est son déni de la réalité…

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